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01 Juillet 2014

Rusconi

History Sugar Dream

par Jean-Luc Pillac
dans

Rusconi est un trio qui nous vient de la patrie des bonbons Ricola, formé d’un piano, d’une contrebasse et d’une batterie - la formation type des clubs de jazz. Pourtant, il se défend d’être identifié comme tel. Sa musique se veut inventive et à l’inspiration multiple. History Sugar Dream est sa sixième réalisation depuis 2004.

Le groupe nous explique dans la présentation qu’il fait de son dernier album, que le jeu et l’expérimentation est le propre de l’enfance. Qu’il se veut être un retour ou plutôt un regard sur les premières années de la vie, période de l’humain où la conscience ne s’impose aucune limitation, où le petit enfant voyant un poisson volant dans le ciel n’en sera pas plus étonné que s’il le voit dans l’eau : l’extraordinaire devient naturel.
Plus tard, quand l’enfant commence à s’approprier son environnement, il joue en expérimentant : le hochet qui fait du bruit en le secouant ainsi que la cuillère quand on la frappe sur le bois du lit sont ses premiers instruments de musique. De son étonnement issu de son expérimentation naît la création lorsqu’il réédite son expérience.
L’enfant joue par la suite par imitation en imitant ses modèles - parents ou héros de bande dessinées - et finalement l’adulte musicien qu’il est devenu essai de fusionner les deux expériences : expérimenter en détournant les instruments de musique pour en changer la personnalité et imiter en suivant la trace de ses modèles.
Et les modèles de Rusconi sont nombreux, au point que ce serait un véritable tour de force si la formation pouvait en faire transpirer les multiples influences sur un seul disque. Le pari est presque gagné : ici, sans juxtaposition aucune, des parfums du psychédélisme de Pink Floyd côtoient ceux du Post Rock de Tortoise, du Jazz Rock de Miles Davis ; ces mêmes relents côtoient le Jazz de Paul Bley, du Rock Alternatif et avant gardiste de Sonic Youth ils côtoient, bien que de façon lointaine, l’electro d’Aphex Twin. Afin de détailler quelque peu, «  Finally » ouvrant l’album, est une composition au psychédélisme affiché qui marche sur les terres d’un Floyd des premières heures. «  Meditation » quant à lui pourrait être qualifié de Post-Rock Jazz aux harmonies déstructurées. Ici, le jeu instrumental de Fabian Gisler à la guitare possède un touché incertain et fragile comme si un enfant avec maladresse tentait de se poser sur la composition en s’appropriant l’instrument pour la première fois. Peut-être, dans le flash-back de leur existence qu’est cet album, est-ce le petit Fabian d’il y a vingt ans que l’on entend jouer ? « Yogya Trip » nous fait découvrir un piano préparé et à l’utilisation détournée, Stefan Rusconi frappant les cordes de son instrument fétiche à l’aide d’une mailloche, accompagné par des musiciens inspirés.

Piano préparé, ou à l’utilisation détournée, batterie de Claudio Strüby inventive, joie de jouer, tout se permettre et espérer que l’auditeur n’en sera pas choqué. L’expérimentation et l’improvisation règnent en maîtres tout au long de l’album et les sons des instruments classiques se mêlent à ceux contemporains des synthétiseurs ou autres banques sonores. Ce mélange improbable ajoute à ce sentiment d’expérimentation pour le plus grand bonheur de l’auditeur. Car ici, elle va de pair avec une certaine simplicité d’assimilation de la musique. Rusconi ne la réserve pas à une élite, mais à celles et ceux qui voudront bien les suivre dans leurs « rêves, leurs espoirs... quand la fantaisie et l’illusion étaient encore des réalités »... il y a pour chacun d’entre nous seulement quelques dizaines d’années à peine.

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