Kayo Dot avait surpris en annoncant en 2013 la sortie de Hubardo, un concept-album d’une durée de cent minutes, un an seulement après Gamma Knife. Depuis son premier album Choirs of the Eye sorti en 2003, le groupe de Boston n’avait cessé d’aller vers une musique plus abstraite et déconstruite, se détournant des influences rock et metal pour aller vers le jazz expérimental et le RIO. Avec Gamma Knife sorti en 2012, Toby Driver, la tête pensante de Kayo Dot, a cessé cette fuite en avant pour revenir vers ses premières influences et Hubardo continue dans cette voie vers des formes plus concrètes.

Passé une introduction pour le moins déroutante, le reste ne tarde pas à dévoiler ses qualités. Le retour à une musique plus directe est marqué tout d’abord par une durée des composition plus courtes, (pour Kayo Dot, du moins) qui ne dépassent pas les treize minutes, ainsi que des mélodies plus présentes. Tout au long de cet album construit comme un voyage, Driver navigue entre les tempêtes déchaînées d’un metal hardocre complexe : « Thief », « Vision Adjustment to Another Wavelength », les flots mouvementés du jazz-rock alambiqué et lumineux de « The Wait of the World » et les eaux calmes d’une musique éthérée et irréelle : « The First Matter (Saturn in the Guise of Sadness) », « The Second Operation (Lunar Water) ».

Mais Hubardo n’est pas seulement un retour à ce qui a fait le succès de Choirs of the Eye. Driver se renouvelle par exemple à travers une concision inattendue, « Zlida Caosgi (To Water the Earth) » combine à lui tout seul toutes les facettes du groupe en seulement cinq minutes d’un climax jouissif. La nouveauté vient aussi du bouleversant « The First Matter (Saturn in the Guise of Sadness) » sur lequel les influences cold wave se marient à merveille avec le style si particulier du groupe. Les compositions ont acquis également une certaine maturité et la voix de Driver atteint parfois une profondeur déconcertante jamais encore entendue.

La subtilité des orchestrations et de la production de Toby Driver (en collaboration avec Randall Dunn) est toujours présente, les saxophones, la clarinette, les cordes, et les différents claviers, dont les textures se marient ou forment un contraste, apportent une grande diversité à l’ensemble. La tonalité de Hubardo ne change pas réellement par rapport aux autres albums, on ne quitte jamais vraiment cette noirceur mélancolique et ce profond désespoir qui affectaient déjà la musique de Driver depuis maudlin of the well. Hubardo est aussi sublimé par des textes symboliques aux accents funèbres écrits par Jason Byron. Ce nouvel album marque moins un retour en arrière qu’un retour en force de Kayo Dot. C’est une oeuvre dense, difficile d’accès, à la beauté saisissante.

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