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05 Avril 2013

Hiromi

The Trio Project - Live in Marciac

par Jean-Philippe Haas
dans

Hiromi a la bougeotte, il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à son blog, pour avoir un édifiant aperçu de ses incessantes allées et venues sur la surface du globe. L’année 2011 a ainsi totalisé un kilométrage particulièrement impressionnant puisque l’inépuisable pianiste aura parcouru trois continents en long, en large et en travers. Le 31 juillet, elle faisait étape dans le sud-ouest de la France, à Jazz In Marciac, un festival où elle se produisit aux commandes de son Trio Project, accompagnée par Anthony Jackson à la basse et Simon Philips à la batterie.

Promotion oblige, c’est Voice, enregistré avec sa toute nouvelle formation, qui phagocyte la première moitié du spectacle, la playlist ne laissant d’espace que pour deux titres emblématiques (« Dancando No Paraiso » et « Joy ») issus de Another Mind (2003), album de la révélation, et une relecture audacieuse de la célébrissime Sonate pathétique de Beethoven. Live in Marciac, c’est un concert d’une heure trois quarts où virtuosité, fougue et bonne humeur se télescopent en un feu d’artifice coloré de toutes les nuances d’un jazz moderne, souvent vigoureux, parfois impertinent, orchestré par une paire de mains ensorcelées. Si son français - phonétique - laisse un peu à désirer, la Japonaise à la coupe de cheveux improbable sait exprimer sa joie sans un mot (si ce n’est quelques pépiements !) à travers des mimiques et un enthousiasme qui l’empêche de tenir en place derrière son piano. Quant à ses deux accompagnateurs, ils ne sont pas là pour faire tapisserie, car miss Uehara, loin de tirer la couverture, a véritablement composé pour le trio. Les vétérans se fendent d’ailleurs chacun de l’inévitable solo… Il est réjouissant de voir évoluer Philips avec une telle aisance dans un registre qui n’est pas celui qui lui a amené la notoriété et le respect de ses pairs. Imperceptiblement, on constate qu’Hiromi a elle-même glissé vers une approche plus rock de la composition. Le surpuissant « Voice » éclaire parfaitement cette tendance irrépressible qui a saisi la jeune prodige depuis ses escapades fusion avec le Sonicbloom.

La mise en image réalisée par une équipe japonaise ne souffre aucune réelle critique, car si elle fait la part belle à la vedette, elle honore la prestigieuse section rythmique dès que cela s’avère nécessaire. Le documentaire fourni en bonus voit la belle déambuler en l’espace de cinq jours d’automne dans cinq villes de cinq pays différents. Une occasion rare de voir la pianiste sous une lumière différente de celle, toute en frénésie et en concentration, de ses concerts. Coulisses, répétitions, gares et aéroports, restaurants et sandwiches, trains et voitures… la vie de l’artiste en tournée.

Voici donc un DVD bien rempli mais dénué de fioritures, qui revalorise quelque peu l’image faussée du jazz comme musique « élitiste » et « guindée ». Car sans tomber dans un pauvre cliché à la Benetton, force est de constater qu’Hiromi est une femme, bridée de surcroît, que l’un de ses musiciens est noir, et l’autre blanc, qu’ils ne sont pas de la même génération ni du même continent, mais qu’ils jouent ensemble avec un enthousiasme capable de toucher n’importe lequel d’entre nous. Un tableau plutôt sympathique, non ?

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