coup de coeur
03 Septembre 2017

Miriodor

Signal 9

par CHFAB

Neuvième parution (comme l'indique son titre et ses neuf morceaux) pour ce désormais quatuor (issu d'une géométrie variable) résidant à Montréal. Miriodor est une référence depuis trente-cinq ans (formé en 1980 !) dans son pays mais aussi au-delà, en matière de RIO. Le Rock In Opposition est un mouvement fondé et éminemment dissout dans les années 70, par Chris Cutler (avec Henry Cow, suivi d'Univers Zero, Présent, Art Zoyd ou Etron Fou Leloublan pour ne citer que les premiers...). Ce mouvement, d'essence rock, puisant dans la musique moderne et contemporaine (sens stylistique du terme), ayant inspiré toute une galaxie d'émules, s'inscrivit explicitement contre l'industrie de la musique, qui déjà à l'époque, et bien que ce soit toujours le cas aujourd'hui chez les majors, refusait de publier des groupes dont l'univers stylistique et harmonique était considéré comme non commercialisable.Tout était dit, et bien que le rock progressif ait connu son heure de gloire (une petite huitaine d'années), son sort a posteriori n'a fait que nous éclairer un peu plus sur la place qu'occupe la musique cinquante ans plus tard... Une affaire d'argent, de norme, et de contre culture. Les amateurs de RIO, à l'instar du mouvement Canterbury, se sont de tous temps limités à une poignée sur la planète, mais dont la ferveur et l'exigence n'ont jamais été démenties. Ce sont en général des intellectuels, parfois musiciens, souvent politiquement engagés à gauche, voire libertaires, bien souvent regardés par leurs confrères prog (au sens large) comme des élites méprisants... C'est parfois vrai, mais la réciproque est tout aussi valable... On leur prêtera davantage un goût prononcé et aventureux pour l'art conceptuel, au-delà de la gamme et des harmonies classiques, avec une certaine vision du monde et de la vie, dont les nuances et la complexité ne seraient qu'une partie des nombreuses facettes. Là où beaucoup recherchent l'évasion, l'oubli et le rêve, le RIOïste (!) s'intéresserait davantage au réel, à ses contradictions, son ironie, ses difficultés, aux possibilités et limites de la pensée, n'envisageant pas tant la musique comme un véhicule de seule beauté ou plaisir, mais plutôt comme une expérience et un champs d'exploration en lui-même... Vous me pardonnerez ce petit raccourci pour préambule, qui nous mène donc au disque ici présent...

Miriodor définit son travail comme une sorte de musique de chambre post moderne, orientée rock, et jalonnée de traits d'humour. On pourra les rapprocher d'un Zappa par exemple, l'outrance et les paroles en moins, ou bien des audaces de King Crimson et Gentle Giant (rythmiques, accords et contrepoints en tête). Il distille depuis ses débuts une musique fascinante, essentiellement instrumentale, alliant pulsation, architecture, harmonie et tension. Cet album ne déroge pas à la règle, et confirme l'extrême qualité, non seulement des musiciens, mais aussi des compositions. On y jouit aussi d'une science délicieuse des arrangements, très largement héritée des groupes pré-cités. Les entrelacs de la guitare de Bernard Falaise sont toujours splendides, et d'une précision d'orfèvre, les sonorités de claviers (Pascal Globensky), parfois aussi très espiègles, évoquent la scène de Canterbury, et la paire rythmique (Leclerc-Lessard) donne au tout une féroce envie de claquer des doigts... Le charme le dispute à l'étrange, et les pièces ont toujours le souci de la concision et de la lisibilité, donc pas de morceaux fleuves ou épiques ici, ni d'agitations absconses, ce qui n'empêche nullement un fourmillement d'idées et d'enluminures... L'élégance est certainement le trait de caractère qui sied le mieux à Miriodor et sa discographie, même si parfois on aborde sur cet album des zones heavy ou free.

Bref, encore un incontournable, pour une carrière décidément exemplaire. Si vous ne connaissez pas ce fleuron québécois, ne passez pas à côté de Signal 9. Une magnifique entrée, dans un style trop souvent boudé, qui pourtant saura démentir votre scepticisme le plus tenace. Superbe.

Distribué par Orkhestrâ.

Commentaires 

#1 _Ancestor_ 04-09-2017 07:20
Chouette chronique ! Et c'est gagné, j'ai très envie d'écouter ce disque :-) .
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