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25 Décembre 2006

Spock's Beard

Spock's Beard

par Dan Tordjman
Cher lecteur, ton serviteur doit tout d’abord te faire une confidence : il aurait préféré chroniquer un album de Spock’s Beard à l’époque où le Réverend Neal Morse faisait encore partie de la bande. Mais depuis, il est parti prêcher dans une autre paroisse, laissant ses camarades et ses fans livrés à eux-mêmes.

Alors certes Nick D’Virgilio a depuis enfilé en concert la tunique de frontman en lieu et place du Morse, prouvant qu’il y a une vie après le Révérend. En studio, l’histoire n’est pas la même car nombreux sont ceux qui se sont détournés du droit chemin quand Neal Morse a quitté la Barbe. Feel Euphoria et Octane, premiers disques post-Morse ont permis d’effacer l’omniprésence de ce dernier tant sur les compositions que dans la production. Aujourd’hui Spock’s Beard est un groupe sans leader. Que ceci ne soit pas lu dans le mauvais sens du terme, comprenez par là que la démocratie a vraiment pris le pouvoir pour de bon. Le groupe n’hésite pas à faire appel à des musiciens extérieurs pour composer ses titres. Certains trouveront l’idée pertinente car de nouveaux éléments ne peuvent être qu’enrichissants tandis que d’autres, plus mesquins, diront sans doute que le quartet est tellement peu inspiré qu’il fait appel à une aide extérieure. Balivernes !

Chargé d’ouvrir les hostilités, « On A Perfect Day » donne le ton : la folie caractéristique du groupe est de retour. On pense à un « Thoughts » (sur l’album Beware Of Darkness) quelque peu rallongé, ralenti et édulcoré, mais plus heavy, avec un riff d’intro ravageur. Imaginez le Genesis des années 70 qui aurait chipé Brian May à Queen, laissant peu à peu le calme s’emparer d’un morceau sur lequel le chanteur Nick D’Virgilio montre qu’il est en grande forme. Sentiment confirmé avec l’instrumental furieux « Skeletons At The Feast » dont on ne perd pas une seule miette. Quant à « Is This Love », il rappelle un peu la partie « Same Old Story » du titre épique « A Guy Named Sid » (sur l’album Feel Euphoria) : un direct dans la face, un morceau concis, une mélodie accrocheuse façon Beatles (sans pour autant imiter les Scarabées, car sinon les quatre Américains seraient emportés par le vent).

Après cette première salve rythmique, l’accalmie arrive avec « All That’s Left »… et c’est calme… beaucoup trop calme. Le refrain sauve le titre mais le soufflé retombe d’un coup. Et que trouve-t-on après ce titre ? «  With Your Kiss », un pavé de onze minutes ! Chouette, ça va repartir ! Sauf que la mise en route tarde un peu à la manière de « The Great Nothing » (sur l’album V)… mais quel plaisir que cette montée en puissance ! Derrière un tapis mélodique chaloupé et savoureux se placent des chœurs à la King’s X, avant qu’un joli solo d’Alan Morse annonce la couleur de la seconde moitié du morceau : un rythme tribal comme si Frank Zappa s’était acoquiné avec les Stones sur « Sympathy For The Devil »… puis une fin en apothéose avec des chœurs assez imposants.

Parlons-en, du père Morse : non content de s’éclater à la guitare, il pousse la chansonnette sur le « Kravitzien » « Sometimes They Stay, Sometimes They Go » avec une certaine réussite. Tout ceci amène la question : mais alors, ce disque est-il une réussite totale ? Réponse : non, et pour plusieurs raisons. Premièrement, même si l’on connaît depuis longtemps les ingrédients de la musique de Spock’s Beard, ce disque demande une quantité importante d’écoutes pour pouvoir être pleinement apprécié : c’était déjà le cas avec Octane alors que Feel Euphoria passait comme une lettre à la Poste. Deuxièmement, les quatre musiciens sont de remarquables compositeurs, mais les ballades « The Slow Crash Landing Man » ou « Herefater » ont plus tendance à endormir l’auditeur qu’à le maintenir éveillé. Troisièmement, un riche mélange d’influences (Genesis, Hendrix, Queen, Zappa) ne facilite pas l’appréhension du disque et a tendance à semer la confusion chez l’auditeur qui n’aime pas forcément tous ces artistes. Pour finir, le schéma déjà utilisé de l’album (un titre épique, des ballades et des titres péchus) mérite un dépoussiérage. Les perfectionnistes trouveront sans doute d’autres choses à redire sur cet album éponyme. Les autres l’écouteront encore et encore sans y trouver le moindre défaut. Après tout, c’est qu’on est en droit d’attendre d’un disque, non ? Alors pourquoi pinailler ?
  • Année: 2006
  • Label: InsideOut Music

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