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22 Juillet 2006

Peeping Tom

Peeping Tom

par Aleksandr Lézy
Peeping Tom est l’un des nombreux projets de Mike Patton, ex-leader, entre autres, des très regrettés Faith No More et Mr. Bungle. Peeping Tom, on en entend parler depuis un bon moment sans que rien ne sorte mais c’est désormais chose faite. Patton ne pouvant pas être en même temps au four et au moulin, il est compréhensible qu’il ait tardé à sortir ce disque réunissant les grosses pointures de la scène electro, hip et trip hop voire jazzy internationale : les noms seront évoqués plus loin pour plus de suspens. Peeping Tom, ça signifie « le voyeur », encore le nom d’un film des années soixante comme il avait fait pour et avec Fantômas. L’artwork est une de fois de plus évocateur ! Jetons un coup d’œil …

Coté métal, on se souvient des collaborations de Patton avec The Dillinger Escape Plan, Sepultura. Dans un autre registre avec John Zorn ou bien avec Björk plus récemment. Et c’est plutôt dans cette voie que l’artiste s’engouffre avec son propre son cette fois-ci.
Navigant entre hip-hop et trip hop déjantés, Patton incorpore son délire avec aisance, en proposant ce qu’il admet être un projet format radio, de la musique simple à écouter en somme. Facile à écouter, agréable aussi mais plus dure à réaliser. Un très bon travail d’arrangement est effectué tout au long de ces quarante-quatre minutes. Patton n’est encore une fois pas avare de belles performances vocales, comme à son habitude.

En ce qui concerne les collaborations, le résultat se révèle être particulièrement intéressant. C’est pourquoi l’étude titre par titre paraît de mise. « Five Seconds » introduit cet album de belle manière en mêlant les côtés planant et agressif de Patton dans l’esprit Tomahawk. Le DJ Odd Nosdam participe aux programmations de batterie. Patton s’occupe du reste et fait sonner la basse comme jamais. « Mojo » est le titre du disque pouvant servir de single, chanson entêtante avec un refrain saisissant. Dan the Automator, qu’il connaît très bien – on se souvient de Lovage, album plein d’humour dans la veine trip-hop –, participe à ce titre en usant des programmations et des synthés, quant à Rahzel, le human beatbox de The Roots, il reste légèrement masqué par le reste. « Don’t Even Trip » est dans la même veine que le précédant, un peu plus glamour et la touche Amon Tobin apparaît sous une autre facette, moins électronique, moins break beat. « Getaway », c’est le titre hip-hop étrange et sombre du disque avec le rappeur Kool Keith, plus connu pour son premier groupe Ultramagnetic MC’s que pour Dr. Octogon ou ses albums solo. Son flow sur les couplets s’allie au refrain plus consensuel de Patton. « Your Neighborhood Spaceman », morceau trip hop et tripant avec pas mal d’idées et de successions de thèmes, sonne assez « space » comme son titre le laisser supposer. « Kill the DJ » en collaboration avec Massive Attack est surprenant, inquiétant dans son déroulement et dans ses programmations, grosses guitares électriques, un titre qu’aurait pu écrire Massive Attack tout simplement. « Caipirinha » est une sorte d’hommage plus qu’autre chose à la belle chanteuse brésilienne Bebel Gilberto. Le titre est court, bossa nova easy listening avec un refrain péchu. « Celebrity Death Match » est un morceau où les platines de Kid Koala tiennent une part importante. Kid Koala est présent sur tous les titres du disque mais c’est sur celui-ci que le featuring lui est concédé. Titre assez banal dans l’ensemble malgré un son massif et beat lourd. « How U Feelin ? » résonne robotique et le sample arabisant ajoute à la folie du titre. Doseone, membre fondateur du collectif Anticon dans lequel Jel et Odd Nasdam opèrent, pose ses lyrics simultanément avec Patton. « Sucker » surprendra tout le monde. Norah Jones, la chanteuse « jazz pour tous », murmurant avec Patton des mots obscènes, un véritable régal. Et pour finir, un « We’re not Alone » anecdotique pour conclure ce disque avec Dub Trio, un petit dub façon Patton avec un esprit FNM sur le refrain rock.

Après cette description, essentielle pour donner un aperçu du contenu de ce disque, il suffira de retenir que l’écoute de Peeping Tom apparaît intéressante, un détour de Mike Patton par la collaboration avec des artistes totalement différente du milieu dans lequel il a évolué. Une échappée pour nous surprendre encore une fois. Bon, mais pour quelle durée de vie ?
  • Année: 2006
  • Label: Ipecac Recordings

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