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08 Juin 2006

Paatos

Silence of Another Kind

par Djul
Souvent, notre site assiste à la lente éclosion d’un groupe, depuis un premier album où les qualités musicales semblent naissantes jusqu’à un second ou troisième disque sur lequel celles-ci semblent s’épanouir. Avec Paatos, c’est hélas le processus inverse qui se met en place. Partant d’un solide premier disque s’inscrivant clairement dans le contexte du progressif suédois (Timeloss), Paatos dérivait sur son second album dans un univers musical certes triste, mais indéterminé (Kallocain), même s’il restait encore debout sur le podium des formations nordiques d’intérêt. Sur Silence of Another Kind, Paatos tombe définitivement de celui-ci, et on a envie de dire : «  quel dommage » !

Si Petronella Nettermalm traîne toujours sa misère à longueur de morceaux, à la fin de ce bref album (quarante-deux minutes, dont trente-cinq de « vraie » musique) il faut bien dresser ce constat: est-ce que c’est tout ? C’est en tout cas fort peu. Et si Steven Wilson apportait sa contribution au mixage sur leur second disque, on peut penser que la volonté du groupe de se passer d’un producteur extérieur n’a pas dû les aider à prendre suffisamment de recul sur leur œuvre. On reste cependant étonné du résultat, car Paatos est composé de musiciens expérimentés, et en premier lieu de Stefan Dimle, dont le mythique premier groupe, Landberk, a débuté il y a plus de 15 ans.

Les suédois avaient annoncé un troisième album plus rock. Si l’ambiance embuée de Kallocain est en effet moins présente, il faut néanmoins tendre l’oreille pour le croire. Car la guitare de Peter Nylander est particulièrement en retrait sur ce disque. Le départ de Reine Fiske (pour Dungen) se fait donc plus que sentir. Plutôt qu’une influence générale « rock », il est difficile de passer sous silence celle qui a sans doute beaucoup plus présidé au style de ce Another Kind of Silence, à savoir The Gathering, groupe avec lequel Paatos a tourné dernièrement. Dans ce cadre, seuls trois morceaux méritent d’être cités comme constituant une évolution réussie de Paatos : « Shame », qui ouvre bien l’album avec son rythme entraînant et la belle emphase de son refrain voix/claviers, « Is That All », qui ressemble à du The Provenance au ralenti qui aurait fricoté avec Black Sabbath et « There Will Be No Miracle ». Mais cette dernière composition trahit déjà les limites de l’exercice et on est tiraillé lors de son écoute entre l’envie d’adhérer à une musique plus accessible et l’irrépressible besoin de mettre fin à cette tentative éhonté de séduire le public d’Evanescence. Et le reste ? Néant. Les deuxième, troisième et quatrième morceaux font l’éloge du vide (la palme revenant à « Your Misery », sur lequel il ne se passe presque rien), les refrains étant parfois proche de l’indigence. Quant à « Procession of Fools » et « Silence of Another Kind », il s’agit de plages bruitistes ayant pour seul objet de faire franchir laborieusement la barre des quarante minutes à cet album. Seule trace des origines de Paatos, le long « Not A Sound », où les intonations très Björk de Petronella reprennent le dessus et sur lequel un magnifique final sur un arpège claviers/guitares ne semble là que justifier nos regrets quant à l’évolution du groupe.

A moins qu’une cohorte de simplets ne passe devant le disque, il est hélas probable que ce disque ne rencontrera pas un succès commercial et qu’il amorce au contraire une réflexion au sein du groupe : ne plus faire un bruit ou composer un silence d’un autre genre, autrement plus convaincant. Les railleurs diront qu’il n’y aura pas de miracles. On a au contraire envie de continuer à y croire.
  • Année: 2006
  • Label: InsideOut Music

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