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31 Mars 2006

Zaar

Zaar

par Jean-Daniel Kleisl
Les jeux sont faits, rien de va plus ! Les zaaricots sont cuits ! Disons-le d’emblée, ce premier album de Zaar est une petite merveille qui ne pourra laisser personne indifférent !
Issu des cendres de Sotos, Zaar n’a pas manqué de se faire remarquer lors de son impressionnant concert au Festival des Tritonales l’an dernier. Zaar est donc formé par les deux anciens fondateurs de Sotos, Michael et Yan Hazera (batterie et guitare) et deux membres de Familha Artús, Romain Baudoin (vielle à roue), alias Cosia, et Romain Colautti (basse et contrebasse), alias Pairborn.

La musique de Zaar, entièrement instrumentale, a été décrite avec une très grande précision dans notre dossier sur les Tritonales 2005 : torturée, dissonante, sombre, éruptive, sans concession. De plus, le groupe est roi pour créer des ambiances bien malsaines avec cette instrumentation si particulière : guitare, basse, batterie et… vielle à roue. Différente de Sotos, la musique de Zaar l’est par ce penchant à sonner plus rock et plus aventureux. Si les descriptifs de Zeuhl, Rock in Opposition (Univers Zero, Present) et rock de chambre recèlent une certaine exactitude pour qualifier la musique de Zaar, il ne serait point usurpé d’y trouver un petit air d’Anekdoten au début de sa carrière de par la puissance et l’agilité de la section rythmique, la noirceur des ambiances ainsi que la violence parfois étonnante qu’elle peut dégager.

Et de cette vielle à roue jouée par Cosia, justement, parlons-en ! Elle est le vecteur sonore de la puissance de Zaar. Mêlée à de la distorsion, le résultat est tout simplement étonnant, en témoigne l’introduction hallucinante de « Sefir ». Cet instrument médiéval pour le moins inhabituel dans ce contexte a été admirablement mis en évidence par la production de Bob Drake, évoquant à la fois les cris gutturaux d’un orgue ivre et la chaleur dionysiaque d’un violoncelle dépravé. La guitare crimsonienne de Yan Hazera, quant à elle, joue plutôt sur les ambiances et des structures rythmiques en perpétuel mouvement. La section rythmique – cela devient une évidence avec ce genre de groupe – est proprement superlative, superbement soutenue par la basse virevoltante de Pairborn et les grondements sournois et inquiétants du très habile batteur Michael Hazera. Enregistré dans le studio de Bob Drake à Caudeval, le son de chaque instrument a été parfaitement intégré à l’ensemble et l’on pourrait croire à un album live in the studio.

L’album est centré autour de deux pièces maîtresses, le très lancinant « Sefir » et le totalement fou « Omk ». « Sefir » met en évidence la vielle à roue dans des improvisations de très haute volée. Le morceau est construit autour de montées et de tensions toutes crimsoniennes. « Omk », quant à lui, apparaît comme une sorte de monstre tentaculaire difficilement accessible, les roulements de toms alternant avec des parties de guitare venues on ne sait d’où, le tout bien sûr enrobé par cette vieille satanique ! Les sept autres morceaux de l’album sont autant de petites piécettes dissonantes tantôt acoustiques tantôt électriques qui rappellent dans une certaine mesure les albums foldingues de Bob Drake. Seul « Scherzo # C », écrit par Michael (les autres morceaux sont tous crédités par Yan), sort de ce registre en proposant un avant-rock très enlevé.

Certes, les protagonistes de cet album ne sont pas des novices. Mais, pour son premier album, Zaar vient de réaliser un coup de maître dont l’originalité ne peut être niée ! Il est à noter que Zaar va participer au tribute album Hamtaï ! en l’honneur de Magma qui verra la participation de vingt-quatre groupes.
C’est certain, la scène avant-prog/rio/zeuhl francophone est au meilleur de sa forme et l’on n’a certainement pas fini d’en entendre parler !
  • Année: 2006
  • Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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