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23 Mars 2006

After Genesis

The Cryme Of Selling Lambs

par Jean-Philippe Haas
L’aura et la renommée que possède Genesis dans le microcosme du rock progressif en font la victime toute désignée des « hommageurs » de tout poil. L’œuvre du groupe anglais est donc régulièrement revisitée, réinterprétée, relue, (dés)honorée. Il y a les reprises par d’anciens membres eux-mêmes : Steve Hackett et son Genesis Revisited, par exemple. Il y a aussi les reprises par des groupes de rock progressif actuels : Supper’s Ready chez Magna Carta est sans doute le plus connu et le plus réussi. Il y a ensuite les tribute-band : The Musical Box en est le représentant le plus actif, mais on pourrait citer les italiens de Domino ou les américains de Trespass et de Foxtrot. Il y a enfin les projets plus ou moins originaux et/ou loufoques comme Genesis For Two Grand Pianos. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient The Cryme Of Selling Lambs.

Plus que tout autre, le progressif italien a été influencé par le romantisme de « l’âge d’or » de Genesis. C’est donc sans grand étonnement qu’on retrouve trois italiens aux commandes de ce projet : le pianiste Alessandro Cavicchi, auteur de tous les arrangements, le contrebassiste Alberto Bocini et l’ingénieur du son Andrea Baggio. Leur choix s’est porté sur des titres de Nursey Cryme, Selling England By The Pound et The Lamb Lies Down On Broadway. Concernant l’interprétation, la contrebasse se cale la plupart du temps sur les lignes de chant tandis que le piano reprend la mélodie générale.

Dans une telle entreprise, il semble évident que le choix des morceaux doit être fonction des possibilités d’adaptation aux instruments utilisés. La présence de « Firth Of Fifth » paraît donc naturelle, contrairement à celle de « The Lamb Lies Down on Broadway ». Le groupe n’a heureusement retenu que les parties les plus adaptables de la célèbre suite. De même, le reste des titres - la période Phil Collins est absente de la sélection - bénéficie d’une réécriture adroite, dans le respect des originaux. On peut par contre regretter la voix monocorde et agaçante qui vient de temps à autres scander quelques phrases piochées dans les textes. Cet ajout malheureux – dont le but vraisemblable est de ne pas oublier la poésie si particulière de Peter Gabriel - ne fait en réalité que gâcher grotesquement l’atmosphère et la pureté classique de l’interprétation. Une faute de goût, donc, l’option entièrement instrumentale aurait dû prévaloir ici.

Si l’effort d’adaptation mis en œuvre sur ce disque doit être saluée, la lassitude s’installe tout de même assez vite une fois la première surprise passée, du fait des possibilités somme toute restreintes des instruments. Ce disque ne va donc guère plus loin qu’un talentueux mais vain hommage à un groupe hors normes par des musiciens classiques. Un aficionado écoutera sans doute cet album avec grand plaisir ou le décortiquera pour y traquer les modifications apportées à l’œuvre originale. L’amateur averti, lui, se contentera de l’un ou l’autre titres lorsque l’existence de cet objet se rappellera à son bon souvenir, une fois l’an ou lors de soirées (« Ecoutez, vous n’avez jamais entendu ça »). Quant au novice, il n’est pas certain que ce disque lui donne envie de découvrir les versions électriques de la bande à Gabriel.
  • Année: 2005
  • Label: Musea

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