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10 Mars 2005

Yo Miles !

Upriver

par Djul
« Déjà ? » pourrait-on dire… et on aurait raison. Moins d’un an après avoir sorti leur premier disque sous l’étendard Cuneiform Records, label qui s’ouvre de plus en plus aux nouvelles formes de jazz, le projet Yo Miles enfante à nouveau d’un double album. Le duo à la tête de ce groupe-hommage aux années électriques de Miles Davis reste le même : Henry Kaiser à la guitare et le renommé Wadada Leo Smith à la trompette. Après le double studio Sky Garden déjà vu dans nos pages donc, voici Upriver, dont l’ambition est de proposer un enregistrement dans des conditions proches de l’époque, soit le milieu des années soixante-dix. Ainsi, le procédé DSD a permis de capter chaque souffle des musiciens, lors des prises directes des sessions studio qui composent ce concert sans public. Pour parfaire la clarté du son, les deux disques bénéficient à nouveau du standard SACD, qui profitera aux chanceux disposant d’un lecteur compatible. Il ne fait d’ailleurs pas de doute que la production de ce disque se verra récompenser par la presse audiophile, comme l’avait été Sky Garden aux 2004 Surround Music Awards. Oui, ça existe !

Production parfaite, c’est acquis. Mais quid de la musique ? Si le disque précédent se focalisait beaucoup sur l’improvisation et revisitait en particulier le somptueux In a Silent Way, Upriver se focalise plus sur les disques de Davis, en particulier sur On The Corner, album de jazz en transe. En revanche, on retrouve des extraits du Live Evil du trompettiste sur les deux albums, probablement l’œuvre du maître la plus proche du funk, et celle réunissant la plus belle brochette de musiciens : Keith Jarrett, Chick Corea, John McLaughlin et Wayne Shorter. En piochant dans l’ensemble du répertoire scène et studio des seventies, la formation-hommage caresse les fans dans le sens du poil mais, et cela a toujours été sa force, sait s’affranchir de son pesant modèle.

Et le groove est au rendez-vous, plus que sur les autres disques de Yo Miles. L’illustration flagrante de cet apport d’énergie et de rythmes se trouve sur « On The Corner », où Zakir Hussain s’avère un invité précieux grâce à ses percussions qui enrichissent grandement le titre. De même, la guitare en wah-wah de Kaiser sur le rare « Tatu » (tiré du Live at the Carneggie Hall) et le funk développé sur sa suite « Agharta Funk » feraient taper du pied n’importe quel mélomane. Ce goût du medley, et cette approche plus mélodique et moins expérimental pour ce troisième disque se retrouvent sur « Tune in 5/One Phone Call », où Greg Osby et John Tchicai proposent un duo de saxophones explosif. En réalité, seul « Macero », improvisation collective, est plus difficile d’accès : pour le reste, et malgré des plages de plus de vingt minutes, Upriver est le disque le plus accessible de Yo Miles. Terminons par un chapeau bas au Rova Sax Quartet, pour leur interprétation de « Black Satin », qui rappellera un peu le Masada mélodique et inspiré de John Zorn : une beauté !

Voici donc une forme d’aboutissement d’une quête débutée il y a trente-cinq ans par Miles et sept ans pour le duo Kaiser/Smith. L’équilibre atteint entre complexité des thèmes et fluidité de l’ensemble est parfois déconcertant, et la musique moins rêche que celle du Miles des années soixante-dix. Un très grand moment, tout simplement !
  • Année: 2005
  • Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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