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30 Septembre 2004

The Tangent

II:The World That We Drive Through

par Djul
L’an dernier se formait un nouveau « super-groupe », à l’image de Transatlantic. Incluant les trois-cinquièmes des Flower Kings (encore eux !), les Anglais de Parallel Or 90 Degrees et David Jackson (saxophoniste de Van Der Graaf Generator), The Tangent sortait The Music That Died Alone, un album particulièrement rigoriste et fidèle au progressif des années soixante-dix, au point de lui faire des hommages directs. Ce disque avait néanmoins convaincu par le niveau des compositions et surtout grâce à des mélodies ciselées qui restaient en tête.

Pour The World That We Drive Through, on reprend les mêmes et on recommence, à une notable exception près : David Jackson est parti, remplacé par Theo Travis, le flûtiste/saxophoniste intervenant notamment sur les albums de Porcupine Tree. Un retour si rapide sur le devant de la scène avait de quoi inquiéter : alors que les Flower Kings semblent épuiser leur créativité à force de sorties et de side projects en tous genres, voir à nouveau la majorité des membres du groupe suédois sortir un nouvel album n’était pas forcément bon signe. De fait : ce disque n’atteint pas la qualité de son prédécesseur.

Les influences très VDGG de The Music… sont désormais moins évidentes, ce que l’on peut regretter notamment parce que cet immense groupe n’est que trop rarement perçu comme une influence dans la musique progressive d’aujourd’hui, ce qui rendait l’initiative de The Tangent d’autant plus attachante. En 2004, on a surtout l’impression d’entendre un groupe « contaminé » par les Flower Kings, au sens où Stolt semble avoir pris la main sur la direction musicale des titres dont il assure les vocaux. Malgré une instrumentation plus vieille école, avec les interventions de Travis et des sons de claviers volontairement datés, on ressort de l’écoute de « The Winning Game » et de « Photosynthesis » avec une désagréable sensation de notes débitées au kilomètre et d’une domination sans partage des Rois des Fleurs. En réalité, on pense plus à des jams bien « cadrées » par des musiciens de talent qu’à de réelles compositions. Ainsi, sur ces titres, l’aspect soit sombre soit naïf qui faisait le charme du premier album a en partie disparu.

Les trois autres titres redressent heureusement la barre. « Skipping The Distance » est enlevé et dispose d’un très beau pont final avec chœurs et flûtes du meilleur effet, et « A Gap In The Night » fait retrouver les atmosphères distillées par The Tangent, Andy Tillison y adoptant des intonations à la Peter Hammill, aidé par une rythmique enfin percutante et à l’unisson. De même, Theo Travis y fait feu de tout bois, dans des interventions enfiévrées. The Tangent développe enfin des mélodies percutantes sur ces titres, et la magie opère à nouveau. De même, le morceau-titre clôturant le disque ne tombe pas dans le piège du progressif mou et convenu, et est au contraire la composition la plus énergique du lot. Elle reprend d’ailleurs ces rythmiques à trois instruments (claviers, guitares et saxophones) qui faisaient l’originalité du groupe sur son premier album.

Osera-t-on dire que The World That We Drive Through est un album qui sonne en partie bâclé ? Les titres dominés par la voix et la guitare de Roine Stolt donnent cette impression. Il ne fait aucun doute que l’inflation du nombre de projets dans lesquels les membres de Flower Kings sont impliqués nuit à leur inspiration, et The Tangent ne fait pas exception à la règle. Voici donc un disque qui ne satisfera les fans du premier album qu’aux deux tiers, si l’on prend en compte la durée des titres ! The Tangent devra rectifier le tir dès sa prochaine livraison s’il ne souhaite pas perdre ses supporters.
  • Année: 2004
  • Label: InsideOut Music

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