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02 Mai 2004

Marillion

Marbles - double album

par Djul
La version simple de Marbles nous avait déçus, ou à tout le moins, était loin de remplir nos attentes, immenses au vu des effets d’annonce successifs concernant l’œuvre.
Chose promise, chose due : la version intégrale, résultat d’une entière année de composition devait, elle aussi, figurer dans nos pages, ne serait-ce que pour permettre à chacun d’orienter son choix : achat de la version simple – seule disponible en magasin - ou du double-CD, exclusivement distribué par marillion.com. Mais l’essentiel se trouve au-delà de cette raison pragmatique : cette version double lève le voile sur des titres magnifiques, absurdement exclus de la version simple !

Passons rapidement sur le packaging de la version collector : sans aucun doute possible, les cent vingt-huit pages de ce livre cartonné au design moderne font – sans jeu de mots – forte impression ! Superbement illustrées (cf. « Angelina » et ses impressions psychédéliques), les paroles sont parfois même intégrées aux photos elles-mêmes (« The Only Unforgivable Thing »).
Quid de la musique elle-même ? Autant le dire d’emblée, le premier disque risque de décevoir… les partisans des albums doubles, tant il se distingue qualitativement du second ! Les trois titres laissés de côté sur la version commercialisée surclassent largement la plupart des morceaux courts découverts le mois dernier. À tout seigneur, tout honneur, « Ocean Cloud » et ses dix-sept minutes de tristesse infinie débutant sur un faux rythme berçant et une mélodie typiquement « hogarthienne » (on y retrouve d’ailleurs le chanteur à son meilleur niveau). Rothery et Kelly y font vite monter la pression lors d’un splendide duo et, une fois passé le trop prévisible interlude planant, Marillion délivre le passage le plus heavy et l’un des plus sombres de toute son histoire, embelli par des merveilles d’arrangements de Kelly et Trewavas, avant que Rothery, encore, puis Hogarth achèvent tout à la fois la boucle et l’auditeur. Moins grandiose, « Genie » porte bien son nom : un titre malin, mettant en exergue le travail de Dave Meegan par une multitude de petits effets discrets en fond et sur les voix. « The Only Unforgivable Thing », morceau éthéré proche du trip hop pour son rythme et du post rock pour les harmonies de Rothery, fait lui aussi mouche, dans la veine des compositions mélancoliques de Marillion.com.

Le deuxième disque comprend donc des titres plus courts, à l’exception du très bon (mais inégal) « Neverland ». S’il se révèle être une mine à singles (« Don’t Hurt Yourself », toujours aussi percutant, et « The Damage », joliment sixties, sur lequel Hogarth minaude avec classe), ce disque reste bien en deçà de son prédécesseur, du fait des interludes « Marbles », de « You’re Gone », définitivement le pire titre de l’ensemble de l’album, ou du somnolent « Angelina ».

Au bout du compte, il est difficile de comprendre les choix stratégiques du groupe : le premier disque de la version double est bien plus équilibré que la version simple et se montre à même d’égaler en qualité les meilleurs albums du groupe. Ainsi, exclure notamment « Ocean Cloud » de la version disponible dans le commerce, du seul fait de sa durée – parce que susceptible de rattacher Marillion à l’infamante catégorie du progressif ? – relève non seulement de l’aveuglement à la réceptivité du grand public, mais surtout prive ceux qui découvriront Marbles dans sa version simple, de la plus belle surprise concoctée par le groupe. On peut se demander si le groupe pêche par excès d’intégrisme – ne réserver les meilleurs titres qu’aux fans qui ont donné leur confiance avec un chèque de pré-commande – ou cède aux trompettes de l’ultra-marketing, ce que la campagne de lancement – pluralité artificielle des singles, lourde incitation à l’achat… - et le processus de conception de Marbles ont pu donner à penser à certains : un album formaté radio, perles de culture pour la masse, un autre de perles naturelles pour quelques happy few.

Le risque encouru par un projet aussi ambitieux s’avère : que chacun fasse son marché et compose son « propre album », et que le groupe brouille son message. L’ensemble ne plaira pas à tout le monde, alors qu’un album simple aurait pu figurer avec les honneurs dans la discographie du groupe.
  • Année: 2004
  • Label: Racket Records

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