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02 Mars 2010

Phlox

Rebimine + Voltimine

par Jean-Philippe Haas
L’Estonie n’avait pas encore apporté sa pierre à l’édifice des musiques expérimentales, Phlox répare cette lacune. A vrai dire, il s’agit déjà du troisième album (après Fusion en 2000 et Piima en 2004) de cet étrange sextet furieusement animé par une guitare schizophrène, un clavier polymorphe et un saxophone pour le moins turbulent.

Rebimine + Voltimine signifie littéralement « déchirer et plier ». C’est à peu près le genre de traitement que ce disque inflige aux tympans autant qu’aux tripes. S’il fallait inventer un terme pour qualifier la musique de Phlox, « hard jazz fusion » serait une bonne approximation. Ou si Return to Forever rencontrait John Zorn, Phlox pourrait prétendre être le rejeton de leur union.

Entre deux éruptions volcaniques, au milieu d’une débauche d’énergie et de virtuosité, on trouve des titres plus « sages », (vaguement) plus respectueux des normes de l’écriture (« Hunt », « Kaavjas », « Ühe poja toit »), ou carrément contemplatifs (« Kurehirm »), qui permettent de se remettre de la fiévreuse urgence d’une musique épileptique, presque bruitiste par moments, capable de faire vaciller la raison du plus aguerri des mélomanes.

Pourtant, l’hyperactivité de Phlox est contagieuse, les vibrations organiques de sa musique entrent en résonance avec tout le corps, jusqu’à faire appel à des émotions quasi ataviques. Au-delà de toute explication rationnelle, Rebimine + Voltimine a le don de posséder celui qui l’écoute.

Aussi méconnus qu’effrontément doués, les Estoniens hurlent leur talent à qui veut bien les entendre. Progressia a perçu leur cri, et autant dire que la quatrième livraison, sur le point de voir le jour, est attendue de pied ferme.
  • Année: 2007
  • Label: MKDK Records

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