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18 Novembre 2009

Ergo

Multitude Solitude

par Mathieu Carré
Malgré sa riche histoire, le trombone traîne derrière lui une image plutôt négative, constituée de garde républicaine et d’armées de troufions prêts à faire tonner la Marseillaise. Pourtant, il existe peu d’instruments aussi sensuels, dont les sonorités de souffle et de legato langoureux incitent plus à la méditation et à la tendresse qu’aux batailles rangées.

En jouant souvent de ce registre charnel, Brett Sroka rejoint Yves Robert dans sa maîtrise lascive et intimiste de l’instrument. Ces envolées qui rappellent presque l’antique serpent se retrouvent cependant au cœur du stupéfiant deuxième disque d’Ergo, mêlées aux sonorités électroniques sorties des machines du tromboniste et aux claviers empreints de l’atmosphère vaporeuse des années Mwandishi de Herbie Hancock.

Si une douce léthargie prenait le pouvoir il y a quarante ans, ici, tout est pensé et placé avec précision. Multitude Solitude tire sa force autant de l’architecture musicale millimétrée qui la sous-tend, que de la place que celle-ci laisse aux déambulations des trois alchimistes. Tout progresse avec cohérence, chaque morceau raconte son histoire qui s’achève le plus souvent alors que la batterie prend les premiers rôles. On espère alors secrètement que tout s’embrase, que cette réunion d’expert tourne à la célébration païenne.

Ce n’est que lorsque la démonstration a pris fin que l’on goûte encore plus la perfection du projet des trois hommes qui savent mettre l’auditeur à leur pas irrémédiable. Puisant sa singularité autant dans la relecture du passé de grands anciens tel Julian Priester que dans la mise en avant tout en discrétion des moyens électroniques, le trio signe un pur joyau dont même la pochette sobre et moderne parle à la perfection.
  • Année: 2009
  • Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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