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23 Juin 2009

Salle Gaveau

Strange Device

par Mathieu Carré
Salle Gaveau revient. Le groupe de Japonais fous de tango où sévit l’hétéroclite guitariste Natsuki Kido (Bondage Fruit entre autres) repart à l’assaut avec la même envie que lors de leur précédent et génial disque, Alloy (2007). Le quintette, on ne peut plus puissamment argentin dans la forme (guitare, piano, accordéon, contrebasse, violon) mais aux influences les plus diverses, met en pièce les conventions avec audace.

L’interprétation impeccable et subtile émerveille, d’une précision et d’une sensibilité relevant d’une formation classique. Tout semble calculé, évalué, et pourtant, la place pour la fantaisie reste grande. On trouve des ballades, des mélodies interminables très progressives, des interventions de guitare nerveuses et décidées (« Jehu »). Toutes les qualités de Salle Gaveau demeurent, mais on cherche parfois la magie qui existait auparavant comme une évidence. Peut-être qu’Alloy avait placé la barre trop haut, en faisant de ces Nippons [NdlR : et surtout pas mauvais !] de véritables explorateurs d’un tango radical et réel.

De Strange Device se dégage cette impression que les musiciens usent du tango pour faire étalage de leur talent plus qu’ils n'en mettent à son service, multipliant les gimmicks typiques en peinant trouver une vraie cohérence à leurs compositions. Il en est ainsi lorsqu'on retrouve un amour d’enfance : on l’idéalise et l'idée qu'il ait pu grandir nous excède. Une vision moins orientée serait sans doute plus adaptée, car les moments de bravoure restent très nombreux dans cet album, avec en autres « Bougie à Georges de la Tour », effectivement tout en ombre et lumière, sensible, émouvant, avec les longues plaintes de violons ou le très progressif dans l’esprit « 800% », avec thème imparable et solo de guitare aérien.

Si Salle Gaveau a délaissé quelque peu le Nirvana où leur premier album les avait installé, l’excellence de leur interprétation et l’équilibre général de leur musique restent fascinants. Strange Device comblera les faims de métissages musicaux les plus ardentes.
  • Année: 2009
  • Label: Maboroshi no sekai

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