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13 Mai 2009

Guillaume de la Pilière

Requiem Apocalyptique

par Jérôme Walczak
Ce musicien devrait rappeler quelques souvenirs aux amateurs du rock progressif francophone. Certains se souviennent sans doute de Versailles, qui connut son heure de gloire dans la première moitié des années quatre-vingt-dix : l’auteur du ci-devant Requiem Apocalyptique n'en est ni plus ni moins que le fondateur. La musique du groupe français était fortement marquée par Ange, la pierre de touche angulaire lorsqu’on accole l’adjectif francophone à celui de progressif. L’artiste fut également guitariste de Mona Lisa et propose aujourd'hui son troisième disque en solitaire. Solitaire, c’est le mot : tout a été conduit de ses petites mains fluettes : chant, arrangements, claviers, batteries, jusqu’à la pochette de la couverture sur laquelle il n’est pas utile de s’appesantir plus que de raison.

L’objet du délit est un titre unique, insécable, de quarante-cinq minutes. L’exercice est audacieux : rendre une œuvre longue attrayante nécessite en effet un peu de mélodies, une construction dotée d'une introduction, d'un développement et d'une conclusion ; voire quelques moments de relief avec des thèmes, des refrains repris régulièrement par une jolie voix (important la voix, quand on chante) peuvent également ponctuer le bel ouvrage.

Ces lignes ne sont pas le lieu pour gloser sur la définition d’un album concept, mais l’auditeur, et a fortiori le chroniqueur, lorsqu'il est en forme, sait reconnaître un concept construit et le différencier d’un méli-mélo embrouillé d'où se succèdent certes quelques impressions mais qui ne suscite guère plus d’intérêt passées quelques écoutes. Requiem Apocalyptique appartient à la seconde catégorie, malgré tous les efforts et l’estime à imputer à ce monsieur assez atypique il est vrai. De ce moment musical, on retient trois faits marquants : des claviers suremployés, à croire qu’on s’est endormi dessus, un son metal que le dossier de presse a baptisé sans la moindre pointe d’ironie « influences de Led Zeppelin » et une voix inaudible : impossible en effet de saisir la portée des textes, tant le style est ampoulé et théâtral.

Tout cela ressemble à Ex Vagus, et il n'est pas certain que ce soit un compliment... Quelques rares petits moments se savourent, mais s’évanouissent aussitôt, relayés par une tendance aux développements bruitistes (vaisselle cassée, radio déréglée, cigales en chaleur, on s’interroge) tout à fait dispensables. Certes, Guillaume de la Pilière sait jouer, mais un excès de technique et un inventaire à la Prévert des performances musicales ne saurait suffire à rendre attrayante une œuvre alambiquée, sulfureuse et pour le moins ennuyeuse.
  • Année: 2007
  • Label: Musea

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