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23 Septembre 2008

Gargantua

Kotegarda

par Mathieu Carré
Déjà connue pour avoir démultiplié le metal progressif, la Pologne est une terre fertile en musiciens ambitieux et doués. Les cinq jeunes membres de Gargantua ne dérogent pas à la règle, mais préfèrent s’orienter vers une musique clairement plus alambiquée, ici véritable incitation au suicide tant elle est gorgée de cordes et de ruptures.

Clairement influencés par les compositeurs contemporains, ses airs inquiétants et ses longues plaintes de violon, Gargantua possède également la caractéristique de jouer avec aplomb des sonorités de claviers les plus datées qui soient. Mais la véritable (bonne) surprise de cette formation reste le fait qu’ils associent ces deux éléments plutôt antinomique avec un bonheur assez bluffant. Dans le monde étriqué des Sleepytime Gorilla Museum et autres Secret Chiefs 3, où règne celui qui mélange le plus d’ingrédients dans sa marmite, les Polonais se ménagent tranquillement un douillet accessit.

Fouillant d’abord du côté des musiques populaires de l’Est, chantant avec entrain à l’occasion, Gargantua réussit avec talent à dynamiter ces tableaux virtuoses mais rigides à coup de solo de guitare sauvage (« Wzdy Czelestnik ») ou d’orgue défaillant rappelant les claviers crasseux de Bojan Z. (« Interrferrometerr » ). Plutôt bien soutenus par une solide section rythmique - musclant les compositions, ainsi que de nombreux passages de piano tout en staccato rappelant l’univers de Stravinsky (dont un passage du Sacre du Printemps est ici arrangé), le groupe s’aventure vers des univers musicaux plus saccadés et torturés. Et si l’imprégnation assez rock s’estompe, l’imagination ne baisse pas d’intensité, même si toutes les influences se bousculent un peu parfois pour occuper le devant de la scène.

Au bout de quarante minutes, le bilan s’avère rudement positif. Venant de contrées froides et rugueuses, ces jeunes gens ne pouvaient se révéler frileux. Grand bien leur en a pris, ils assument crânement leur jeunesse et ses excès. La Pologne trouve donc sa place avec talent au sein du milieu ultra-sécurisé du RIO. Ce pays et ses ressortissants n’en finit plus d’impressionner. A continuer ainsi, même nos plombiers viendront de là-bas !
  • Année: 2007
  • Label: Roadkill Music

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