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19 Mai 2008

Zero Hour

Dark Deceiver

par Aleksandr Lézy
A l’heure où le metal progressif n’est plus qu’un vague souvenir des années 90, certains irréductibles continuent à tenir haut le flambeau, en démontrant ainsi que ce genre n’est pas seulement une suite de trois malheureux riffs heavy metal agrémentée d’un solo de guitare/synthés au milieu. Trop de formations paradent en prétendant remettre au goût du jour un semblant de metal progressif mais ils se fourvoient. Il faut donc les arrêter au plus vite ou leur faire écouter ce nouvel album de Zero Hour au titre pourtant douteux : Dark Deceiver.

On les croyait perdus au plus profond des abysses intersidérales à la sortie de leur troisième album A Fragile Mind. Comment les talentueux membres de cette formation américaine pouvaient enfanter ce disque aussi insignifiant que maladroit après un chef d’œuvre tel que leur second et précédent album : The Towers of Avarice ? Certaines excuses telles que le départ de leur fantastique chanteur Eric Rosvolt ou une précipitation dans l’écriture suite à des pressions de la maison de disque pourraient en être la cause … quatre années d’attente pourtant. Le nouveau chanteur Fred Marshall ne convenant pas, il fallait le remplacer au plus vite et c’est en la personne de Chris Salinas que le miracle se produit. En 2006, Spec of Pictures Burnt Beyond reprend les choses un peu plus sérieusement et laisse entrevoir un retour gagnant.

L’attente en valait la chandelle car ce nouvel album, Dark Deceiver, marque à nouveau un tournant dans la carrière des californiens. Leur metal progressif a pris de l’épaisseur par la guitare gonflée de Jasun Tipton, plus tranchante et plus agressive. Il en découle un léger esprit thrash de la fin des années 80. Totalement décomplexé, Zero Hour affirme davantage sa technicité et une folie rappelant parfois Spastic Ink. Il suffit d’écouter les parties de basse hallucinantes du frère jumeau de Jasun, Troy Tiptun (« Tendonitis »). Les riffs tournant sur eux-mêmes avec la petite croche supplémentaire en fin de seconde tourne sont devenus une marque de fabrique reconnaissable entre mille. Et le quatuor en use et abuse jusqu’à épuisement. Parfois prodigieusement amenés, parfois plus conventionnels, ils peuvent provoquer chez l’auditeur des signes de fatigue par leurs répétitions outrageuses. Qu’à cela ne tienne, les parties vocales de Chris Salinas font tout oublier, l’ancien chanteur de Power of Omens apporte son grain de folie avec sa panoplie de chanteur de heavy metal. On retrouve chez lui certaines intonations de Geoff Tate (Queensrÿche), avec son ambitus démesuré passant du grave au suraigu en un rien de temps, et les effets de post production sur les fins de phrase. Son timbre mélodramatique comble le déficit mélodique assumé du groupe. A la batterie, Mike Guy joue son rôle de stabilisateur mais sans prise de risque. Enfin, l’ensemble des compositions baigne dans une production sombre, lourde et oppressante qui manque un peu de simplicité, parfois même de subtilité… affaire de goût.

Zero Hour remet donc les pendules à zéro, et leur Dark Deceiver nous fait oublier les deux disques précédents en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Puissance, technique et originalité d’approche dans la construction des morceaux et la déconstruction des riffs rendent ce disque vraiment passionnant. Seul petite ombre au tableau, il manque à cette nouvelle mouture l’émotion, celle qui donnait des frissons sur The Towers of Avarice. A être parfois trop froide et trop calculée, la musique de Zero Hour pourrait en faire fuir certains.
  • Année: 2008
  • Label: Sensory Records

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