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11 Août 2014

The D Project

Making Sense

par Florent Canepa

Making Sense est le quatrième album d’une discographie complètement cohérente, tant sur la forme que sur le fond. C’est aussi le projet d’un homme (Stéphane Desbiens) et de ses deux acolytes Jean (batterie) et Matthieu (basse) Gosselin. Un trio ouvert et créatif comme en témoignent la régularité de leur production et le nombre croissant des invités, trop heureux de participer à l’ensemble. Progressif, mélodique, ambitieux, floydien: tels sont les qualificatifs les plus à propos lorsque l’on parle du dit projet. On pourrait probablement utiliser les mêmes pour RPWL. Tout s’explique lorsque l’on y regarde d’un peu plus près et que l’on retrouve Andrew Jackson au mixage, sa sacro-sainte place depuis longtemps chez Floyd et de manière plus autonome encore depuis A Momentary Lapse of Reason. C’est peut-être en écoutant le morceau titre que l’on se rend compte de façon bluffante de l’influence des aînés (période The Wall, cette fois-ci). L’ingénieur du son a fait un sacré boulot tant la richesse sonore se fait entendre sur tout l’album (et il y a un certain nombre de pistes à n’en pas douter !). L’ampleur des guitares est la plus parlante sans doute sur un morceau acoustique et enlevé comme « Spanish Castle ».

Alors tout ceci fait-il donc du sens, justement ? Impossible de trouver une absolue cohérence entre les morceaux mais qu’importe. Entre ombre et lumière, sans jamais être abscons, les musiciens ajoutent ça et là une lourdeur metal (« Rearview mirror », où Floyd fait l’amour à Sabbath), des touches électroniques (« What is real ») sans que rien ne gâche la fête. La voix posée de Stéphane se marie toujours aussi bien à des mélodies infusées au progressif d’antan mais sachant se conjuguer au présent. Le jeu des mélanges opère d’ailleurs très vite : tantôt moderne, tantôt rétro, souvent teinté de symphonique avec l’arrivée impromptue d’un saxophone, d’une flûte ou d’un fiddle. Bien entendu, on n’échappe pas à des partis pris plus incertains (« Nothing here is innocent », intriguant mais brouillon, « Dagger » et son FM aux couleurs Def Leppard). On apprécie la voix de Sean Filkins (Big Big Train) sur « Missing Star » mais on est moins fan de la composition, trop proche de Peter Gabriel - comme le chant justement. Ne manquent que quelques chœurs du Botswana pour faire bonne figure.

Mais il n’y a pas de vrai déchet dans ce kaléidoscope auditif. Et surtout on en tire une impression forte : malgré les influences prestigieuses assumées, les Québécois ont la volonté sincère de ne pas chercher à refaire. En prime, on retrouve ici le talent de musiciens chers à nos colonnes : citons parmi eux Guillaume Fontaine (Nemo) ou Claude Léonett (Lazuli). Quoi qu’il en soit, l’album est court, percutant et saura à coup sur conquérir les amoureux du progressif au sens noble du terme.

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