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09 Juillet 2014

Thot

The city that disappears

par Jean-Luc Pillac

Thot n’est pas ici un Dieu égyptien mais Grégoire Fray, musicien français installé à Bruxelles, créateur d’un style musical qu’il a lui même qualifié de « vegetal noise music » et qui, dans notre dimension, peut correspondre à de l’’électro-noise-industriel. Pour la petite histoire, le morceau HTRZ qui ouvre l'album a été mis à la disposition des fans en avant première par le biais du réseau deaddrops.com. Cela consiste à sceller dans des murs de nos villes des clés usb contenant des fichiers musicaux. Elles sont identifiables par une position GPS que chaque fan peut trouver sur le site du groupe ou s’échanger avec d’autres afin de transférer les dits fichiers sur son lecteur préféré (non, non, je vous assure, ce n’est pas compliqué, enfin je crois...).

En concert, Thot prend une dimension que l’on peut qualifier de totale, aidé en cela par la scénographe Arielle Moens. Elle met en scène la musique en des tableaux lumineux dans lesquels les corps des musiciens deviennent des toiles de maîtres mouvantes : les contours se déstructurent comme des ombres qui s’effacent, réapparaissent, nous troublent...une expérience à voir absolument au moins sur les réseaux !

Avec « The city that disappears », Grégoire Fray voulait se démarquer des albums précédents en créant un son et une ambiance plus froids, à l’instar de ces objets fabriqués par une industrie voulant atteindre la perfection matérielle dans un seul but fonctionnel. Les sons ont été bidouillés par l’informatique pour les rendre irréprochables, ciselés...un son « machine » aux angles parfaits, sans aspérité, sans rondeur organique. Mais heureusement pour nous, gourmands en sensations fortes, ces sons procurent une émotion qui est aussi au rendez-vous.
Dans un style que l’on peut rapprocher de Nine inch nails aux sonorités plus metal, les compositions dévoilent un univers urbain pesant, dans lequel Grégoire Fray pousse des cris de terreur et de colère. La puissance du son ravira les amateurs d’expériences cathartiques. Le final de Blank Street est apocalyptique: on est face à un tonnerre, une explosion orageuse qui se prélasse et n’en finit pas. On aurait même apprécié qu’elle dure encore et encore.
La ville cauchemardée par Grégoire Fray dans cet album, s’effondre sur elle même. Comme un trou noir, elle engloutit tout, dévore et digère matière et esprit sans ne rien laisser apparaître au delà de son horizon des évènements. L’homme est mastiqué avalé, transformé... La ville n’est plus à taille humaine, elle est devenue une singularité indéfinissable. L’homme a créé le monstre qui a pour mission de le détruire.
Mais la ville peut être vue aussi comme un être organique, qui naît, grandit et finit par mourir, parasitée par l’humain qui la peuple. Elle serait initialement une extension bienveillante de la Nature et ne serait finalement que la victime de plus d’une humanité vorace de puissance et de grandeur.

Tellurique, puissant, cri de colère et d’angoisse de Thot pourtant Dieu de sagesse et Seigneur du temps. «  The city that disappears  » est un album qui ne laissera pas insensibles les amoureux de gros son et d’expérience purificatoires.

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