Interview

Transatlantic

06 Février 2014

Étude de K

par Dan Tordjman

Depuis son tout premier album, Transatlantic suscite à chaque annonce l’enthousiasme des fans de progressif old school. Les quatre lascars n’ont pas dérogé à la règle avec Kaleidoscope, amené à séduire davantage que The Whirlwind. Pour tenter d’en savoir un peu plus, nous avons cuisiné Roine Stolt, qui, comme à son habitude, s’est montré bavard et volubile à souhait. Pour notre plaisir et espérons-le, pour le vôtre également.

Chromatique : The Whirlwind était constitué d’un seul titre subdivisé en douze parties. Sur Kaleidoscope, on a cinq morceaux séparés. Pourquoi revenir à un schéma de ce style ? Avez-vous, après coup, des sentiments mitigés sur votre disque précédent ?
Roine Stolt
: Je dois avouer que j’étais assez hésitant à l’époque sur le fait de n’avoir qu’un seul titre ; c’est un cliché tellement éculé que celui d’un album prog composé d’un seul tenant. Si je regarde en arrière, je suis assez satisfait de la tournure qu’ont pris alors les événements. Peut-être n’aurais-je pas ajouté certaines choses, tout comme il n’aurait pas été improbable qu’on en élaguât une grande partie. Cependant, dans l’ensemble, ça reste un très bon disque. Pour Kaleidoscope, on n’avait pas forcément en projet d’avoir des titres longs et à tiroir mais les choses ont évolué dans ce sens de manière naturelle. Quand tu enregistres un album, tu pousses ta recherche toujours plus avant en termes d’écriture. En ce qui me concerne, que cela dure deux ou vingt-cinq minutes, je m’en moque, tant que c’est bon à mes oreilles.

Le fait d’avoir mis Transatlantic entre parenthèses pendant près de huit ans et de le réactiver pourrait-il expliquer un titre aussi complexe que The Whirlwind ...un peu comme une célébration, en quelque sorte, pour laquelle vous teniez vraiment à marquer le coup ?
C’est possible, je ne saurais te dire ce qui nous amené dans cette direction. Nous avons inconsciemment pris ce chemin et en est sorti ce qui en est sorti. Dans notre cas, ça a vraiment pris la forme d’un tourbillon (Whirlwind, en anglais).

Il n’a pas dû être facile de vous réunir pour commencer à travailler sur Kaleidoscope, sachant que vous avez tous des agendas de ministres…
C’est l’un des problèmes majeur de Transatlantic. Il nous est impossible et inconcevable d’enregistrer un album via Internet en nous envoyant nos parties respectives. Un groupe comme le nôtre privilégiera toujours l’interaction et l’échange réel. Par conséquent, il nous a fallu trouver un créneau et bon sang, qu’il fut dur à trouver ! Nous avons essayé début 2012, sans succès. Ensuite on a tenté à deux reprises mais à chaque fois, quelque chose capotait. Soit c’était Pete qui était sur la route avec Marillion, soit Mike qui était à l’époque avec Adrenaline Mob ou moi en tournée avec The Flower Kings. Nous faisons tous partie de formations qui ont chacune leur propre politique. Cela n’a pas été facile, mais une fois que la machine est lancée, ça fuse de toute part. Neal et moi expérimentons et composons constamment en gardant à l’idée qu’on sera amené à écrire ensemble pour ces sessions. En raison de la distance, on s’envoie quelques MP3 pour que tout le monde puisse écouter ce qu’on a à proposer et faire le tri. C’est la première étape. La deuxième étape consiste à se rassembler pour réécouter la musique proposée et définir des axes de travail. C’est un long processus, notamment quand il s’agit de travailler sur les titres longs.

J’en conclus qu’entre votre premier album ensemble et ce nouveau, l’approche a considérablement changé ? De mémoire, un titre comme « All Of The Above » a été très majoritairement écrit par Neal alors que toi, tu as composé « My New World ». Y a-t-il de la place pour Pete et Mike ?
Cela change de disque en disque. Tu as raison de rappeler qu’« All Of The Above » émane principalement de Neal mais Pete écrit quelques sections pour ce titre. « My New World » est effectivement de ma plume mais Neal y a ajouté quelques chœurs et autres harmonies vocales. Les processes changent au fil des années. On écrit plus ensemble aujourd’hui, Pete compose davantage. La spécialité de Mike, c’est l’arrangement. Sur Bridge Across Forever, un titre comme « Stranger In Your Soul » est à la base une démo de Neal. Au moment de la reprendre, nous avons repris des bouts d’idées envoyés par Pete. Au final, ce sont eux les deux musiciens à créditer sur l’écriture de ce morceau. Avec le temps, des binômes se forment au sein même du groupe et ils varient.

Dans la même logique, la production ne doit pas être facile à gérer. Sachant que tu produis les albums des Flower Kings, Neal les siens et que Mike a une certaine implication, compte tenu de son passé avec Dream Theater, contenter tout le monde ne doit pas être facile. Avez-vous acquis une certaine fluidité en la matière au fil des disques ?
(Réfléchissant) Il serait plus juste de dire que depuis SMPTe nous n’avons jamais réellement eu de «  formule magique », si je puis m’exprimer ainsi. Après les premières démos, Neal et moi-même avons travaillé séparément sur des petits rajouts et mélodies. On n’a pas réellement discuté de la production. Après, sur Bridge Across Forever et surtout sur The Whirlwind, J’ai essayé d’apporter à Transatlantic mon approche de la production avec The Flower Kings, à savoir faire en sorte que chaque partie de titre soit intéressante, quitte à retirer le superflu et l’inutile, essayer d’impliquer tout le monde dans les chœurs. Cette forme de sensibilité a grossi au fil des années. Ce travail de peaufinage me prend pas mal de temps y compris chez moi.

As-tu, à titre personnel, proposé à Transatlantic des chutes de studio issues des sessions des Flower Kings, ou au contraire, préfères-tu partir de zéro ?
J’ai effectivement utilisé quelques chutes, je ne me sens pas gêné par ce genre de situation. De mémoire, ça nous est déjà arrivé quand Space Revolver est sorti aux Etats-Unis. Je l’ai passé dans la voiture et Mike a hurlé en disant que certaines parties auraient dû figurer sur Bridge Across Forever. Pourtant, j’avais proposé ces idées mais elles n’avaient pas trouvé preneur. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. C’est un contexte à la fois amusant et contradictoire. Ce que je compose me rend fier. Je ne suis pas à la recherche de prestige ou d’une quelconque renommée.

Une fois encore, ce nouvel album de Transatlantic mélange longues pièces et titres un peu plus directs et mémorisables. Je fais ici référence à « Black As The Sky » dont le refrain est une vraie merveille. Peut-on imaginer un jour un disque de Transatlantic sans titres épiques mais avec des morceaux de cet acabit durant moins de dix minutes par exemple ?
Je n’en sais rien. J’ai grandi en écoutant de la pop, dont la plupart des titres ne dépassait pas les sacro-saintes trois minutes trente, j’en raffole d’ailleurs encore aujourd’hui. J’ai deux amours : la pop et les musiques progressives. Tout dépend de ce qu’on trouvera dans les quinze minutes composant ce morceau. Il est difficile de rester indifférent face à des pavés comme Tales From Topographic Oceans de Yes ou « Supper’s Ready » de Genesis. C’est une invitation au voyage. Certains titres de trois minutes trente peuvent faire voyager également. A titre personnel je ne me vois pas dans une formation uniquement axée sur les longues pièces. Si demain Fleetwood Mac m’appelle en me disant : « Hey Roine, Lindsay Buckingham nous quitte. Veux-tu prendre sa place ? », je n’hésiterai pas une seconde. De la même manière, je pourrais me passer de faire la fine bouche si Paul McCartney m’appellait (Rires) ! Cela n’a rien à voir avec l’argent, uniquement la musique.

Ce que tu mentionnes est intéressant : les artistes que tu as cités ont des formats de titres plus ou moins restreints. Quand on est musicien dans Transatlantic ou les Flower Kings et qu’on est habitué à une certaine liberté de création au sein même des morceaux, passer d’un extrême à l’autre paraît, à première vue, inconcevable. En tous cas, ça ne doit pas être facile ?
Une fois de plus c’est de la musique. Pour ma part, je jouis d’une grande liberté au sein de mes différents projets. Je pourrais partir sans problème sept mois sur la route avec Fleetwood Mac, Paul McCartney ou Coldplay par exemple. Je m’adapte facilement. Je peux passer de l’un à l’autre sans souci.

Rich Mouser a signé le mix de l’album. C’est un peu le sixième membre de Transatlantic, sachant que le cinquième lascar est Daniel Gildenlöw…
(Rires). C’est un peu ça. Il a mixé tous nos disques studio. Aucune raison d’aller voir ailleurs. De plus, il a également joué un peu de Steel Guitar sur «  Beyond The Sun ».

L’avenir de Transatlantic, c’est une tournée mondiale qui passera par l’Europe et Paris mais c’est également votre participation au Progressive Nation At Sea avec une affiche complètement dingue. Y a t-il des groupes que tu as d’ores et déjà projeté de voir à l’œuvre lors de ce festival ?
J’essaierai d’en voir le maximum, parce que sur un bateau perdu dans les Caraïbes, à part manger et bronzer, je n’aurai rien d’autre à faire (NDLR : donne nous ta place, si tu veux). J’aimerais bien voir Adrian Belew et son trio, Devin Townsend, King’s X. Quoi d’autre ? Pain Of Salvation, bien entendu ainsi que Jon Anderson. Jolly et Haken sont deux groupes qui attirent mon attention et j’espère pouvoir les voir sur scène.

Redoutes-tu le moment où vous devrez parler des morceaux à jouer ?
Absolument pas. Nous ferons évidemment la part belle à Kaleidoscople sans oublier nos précédents albums. Nous inclurons sans doute un medley issu de The Whirlwind. Tu penses bien que nous ne pourrons pas tout jouer, il nous faudrait pas loin d’une journée entière pour ça. Tu mentionnais « Black As The Sky », j’espère que nous pourrons l’interpréter et recréer sur scène les chœurs aussi bien que sur le disque. C’est un titre qui est fédérateur pour lequel tout le monde a mis la main à la pâte. J’ai écrit les paroles, les lignes de chant ont été réarrangées par Neal et moi-même tandis que Messieurs Portnoy & Trewavas se taillent la part du lion sur les chœurs. C’est un titre très rock, direct et accrocheur. Il n’y en avait pas chez Transatlantic jusqu’à présent.

Nous avons, je pense, fait le tour de la question. As-tu un dernier mot à ajouter ?
J’ai hâte d’être sur les routes et sur les mers. Il n’est pas improbable que nous enregistrions un DVD sur cette tournée et peut-être même que ce sera à Paris. Nous hésitons quant au choix de la date entre Cologne et Paris. Je sais simplement que ce sera sur l’un des derniers concerts de la tournée, reste à décider duquel. Nous serons également au Sweden Rock Festival aux côtés de Freak Kitchen. Pour ma part, je suis ravi, c’est un festival de plus en plus reconnu et être présent sur l’affiche, c’est excellent !

Interview réalisée le décembre 2013

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