Interview

Marco Minnemann

30 Mai 2013

Fox you very much

par Dan Tordjman

On l’aime bien, Marco Minnemann. À tel point que toute occasion est bonne pour tailler le bout de gras. C’est exactement ce qui s’est fait en ce 8 mars 2013, date à laquelle le génial batteur est revenu à Paris aux côtés de Steven Wilson, à l’occasion de sa tournée pour The Raven That Refused To Sing, nous permettant de faire le point sur l’activité pour le moins surchargée du bonhomme (qui a sorti Symbolic Fox il y a quelques mois), le tout dans la plus grande décontraction, avec le sourire.

Chromatique : Le moins qu’on puisse dire, c’est que tu n’as pas chômé depuis notre dernier entretien. Depuis les auditions avec Dream Theater, tu as tourné avec Steven Wilson et sorti un DVD de cette tournée, sorti deux albums solo, tourné avec The Aristocrats et sorti là aussi, un DVD. Tu viens de sortir Symbolic Fox, et là, tu es de retour avec Steven pour l’album et la tournée. Aux dernières nouvelles, tu dois enregistrer le nouvel album solo de John Petrucci et, cerise sur le gâteau, tu figures sur la tournée à venir de Joe Satriani. Est-ce que ça t’arrives de dormir un peu ?
Marco Minnemann :
Je pense qu’on a tout cité, là (Rires). Concernant l’album solo de John Petrucci, j’étais effectivement censé l’enregistrer l’an dernier, mais j’étais déjà occupé avec The Raven That Refused To Sing. Le projet est entre parenthèses pour le moment, mais j’ai échangé avec John à plusieurs reprises à ce sujet. Pour ce qui est de ta question : oui, je dors ! En fait, c’est tout simple : nos concerts durent en moyenne deux heures, donc le reste du temps, je le passe à dormir. Accessoirement, les tour bus sont extrêmement confortables (Rires). Plus sérieusement, j’ai certes un agenda de ministre, ce qui demande une grande rigueur et un sens certain de l’organisation. Mais je n’ai pas à me plaindre, même s’il y a eu quelques moments délicats, notamment quand il m’a fallu annoncer à Steven que je partais en tournée avec Joe Satriani et qu’il a fallu me remplacer. On m’a également proposé de faire partie d’un groupe rassemblant les musiciens de Frank Zappa (tournée de 1988), notamment Robert Martin, Ed Mann, Bruce Fowler et Arthur Barlow. Mike Keneally, qui faisait partie de la formation, ne sera pas là, hélas. J’aurais adoré prendre part à ce projet qui doit se tenir aux alentours de novembre prochain, mais le fait est que je ne pourrai, hélas, pas en être, puisque j’envisage de revenir avec Steven.

Nous reviendrons sur tes projets parallèles un peu plus tard. Parlons maintenant de Symbolic Fox. À l’époque, nous avions écrit dans notre chronique de Evil Smiles Of Beauty / Sound Of Crime que l’une des qualités premières de ce diptyque était sa variété, entre titres accrocheurs et morceaux plus tordus. C’est un peu la même chose avec Symbolic Fox : des titres que l’on penserait limite taillés pour la radio tels « Metalband » côtoient des morceaux plus ardus, comme « Got 5 », « Letter P on U ». Et d’ailleurs, à propos de ce titre... comment peut-on arriver à lui donner un tel nom ?
À croire qu’il n’y a que moi pour aller chercher ça (Rires) ! J’ai un petit appareil avec lequel j’ai joué, qui proposait différents effets de « delay ». Tout d’un coup, je me suis retrouvé, à force de le triturer dans tous les sens, avec un semblant de « Soundscape » qui m’a servi de base et j’ai rapidement ajouté la basse et la batterie. J’aime certains titres plus que d’autres comme « Got 5 » qui est très axé sur la guitare.

Une telle variété dans ces titres rappelle Frank Zappa. Mais y a t-il cependant d’autres groupes / musiciens dont l’approche a pu t’influencer concernant l’écriture ou les arrangements ?
Je répondrai Queen, The Police et Led Zeppelin, qui ne sont certes pas franchement réputés pour la complexité de leurs morceaux, mais qui m’ont pas mal marqué. Il m’est arrivé de repomper des plans de guitare harmonisés, ©Brian May, dans quelques uns de mes titres. Pour ce qui est de l’écriture, je ne me focalise pas trop sur les autres groupes, je me concentre vraiment sur ce qui sort de ma batterie ou de ma guitare, et j’essaie d’arranger le tout afin d’en faire quelque chose de cohérent. À la fin je me dis : « La vache ! C’est quoi ce truc ? Je n’ai jamais entendu ça auparavant ! Hop, sur mon disque ! »

Pour ce dernier disque de Steven Wilson, c’est la première fois que le groupe live était en studio avec lui (rappelons que tu n’as pas joué sur Grace For Drowning). Raconte-nous les sessions d’enregistrement…
Franchement, c’était super. Nous avons enregistré live. Nous connaissions les titres au préalable car Steven nous avait envoyé les démos. Comme pour les concerts, j’avais une belle marge de manœuvre, cependant, j’ai tout de même essayé de rester fidèle à son canevas de base. Il arrive que parfois, Steven ait une idée précise, à laquelle il tient énormément, mais globalement, je suis assez libre sur mes parties, et en toute humilité, je pense qu’il aime ce que je lui propose. Nous nous sommes tous réunis pendant six jours en studio, temps que nous avons passé pour enregistrer l’album.

Toutefois, il y a une différence majeure ici : tu n’avais pas de réel contrôle sur la production de la batterie, qui sonne ici très organique, à la limite du vintage. Je pense que l’on doit cela à Alan Parsons : c’est l’un des plus grands producteurs de l’histoire du classic rock. Ça a du te faire bizarre d’être avec lui en studio, non ?
Pas qu’un peu ! (Rires) Ce qu’il y a de chouette avec lui, c’est qu’il te laisse « exister ». Il n’intervient pas dans tes parties ou ton jeu et ça n’est pas négligeable. Il y a une grande idée du respect de l’artiste, chez lui.

Qu’as-tu pensé de cette collaboration — à priori improbable — entre Steven Wilson, très porté sur les nouvelles techniques d’enregistrement (rappelons qu’il est très coutumier du mix en 5.1) et Alan Parsons, qui a une approche plus « simple » de la production ? Est-ce là le meilleur des deux mondes ?
Je pense que oui. Nous sommes tous très contents de cette collaboration, bien qu’en vérité, je ne me souviens même pas avoir écouté le résultat final de l’album. Ça peut paraître surprenant, je sais, mais tu sais, quand tu travailles sur un album, la dernière chose dont tu as envie, c’est de l’écouter. Mais visiblement, les gens ont l’air de l’apprécier et il a l’air de bien se vendre...

Pourrait-on retrouver cette approche de la production sur un de tes prochains projets solo ou sur le prochain disque de The Aristocrats par exemple ?
Nous le faisons déjà avec The Aristocrats. ll y a cette touche d’authenticité dans le son, mais aussi cette modernité liée à l’enregistrement sur ordinateur. De plus, nous enregistrons live.

Il y a un an et demi, lors de notre premier entretien, nous avons évoqué ensemble la surprise occasionnée par ta présence dans ce groupe. Tu ne m’en voudras donc pas si je réitère ma question à propos de Guthrie, cette fois... Son public est en très grande majorité composé de musiciens, il est également reconnu pour être un guitariste techniquement très accompli : comme ce fut le cas pour toi à l’époque, sa présence à de quoi étonner…
C’est le total fruit du hasard : s’il est là, je n’y suis pour rien (Rires) ! Steven était venu voir The Aristocrats en concert et il a semble-t-il beaucoup apprécié le jeu de Guthrie. Il a quand même essayé quelques guitaristes auparavant, sans être pour autant totalement satisfait du résultat, malgré leurs grandes qualités d’instrumentistes. Steven semble vraiment ravi du choix de Guthrie. C’est vrai qu’il est reconnu pour être un soliste hors pair, mais sa présence avec nous montre qu’il peut également se fondre dans un réel groupe. Et Guthrie connaissait également Steven, donc le contact n’en a été plus que facilité. Quand il a un moment de libre, il écoute des trucs plutôt cool et actuels et pas seulement de la guitare, donc il reste tout de même au fait des dernières nouveautés.

Avant de boucler cet entretien, il nous reste à évoquer The Aristocrats...
Tout à fait, je t’en aurais voulu à mort si le sujet n’avait pas été évoqué (grand sourire malin). L’album est déjà enregistré et devrait s’appeler Culture Clash. Nous sommes tous, bien entendu, très fiers de ce disque. Comme pour le premier album, chacun a composé trois titres. Mais il a aussi produit lui-même ses morceaux : c’est la nouveauté. Et pour poursuivre sur le sujet, nous avons vraiment expérimenté : j’ai ré-enregistré sur mes parties de batterie, et Guthrie a enregistré des guitares harmonisées. L’album devrait être mixé prochainement, et nous espérons une sortie en juin prochain. Évidemment, nous tournerons pour le promouvoir. D’abord aux Etats-Unis et ensuite en Europe, probablement pour le début 2014.

Interview réalisée le 8 mars 2013

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