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13 Février 2012

Marco Minnemann

Evil Smiles of Beauty / Sound of Crime

par Dan Tordjman

Nous avions été très surpris quand Marco Minnemann avait accepté de répondre à notre demande d’entretien impromptu, quelques heures avant de monter sur scène avec Steven Wilson. La surprise fut du même acabit quand il nous proposa de jeter une oreille sur son nouvel album (double qui plus est). On le savait très habile assis derrière une batterie avec des baguettes en main. Mais l’on se doutait que l’Allemand était également à l’aise avec une guitare, une basse ou derrière un clavier et un micro. En effet, le bougre joue de tous les instruments sur ses disques et se paie le luxe d’y chanter et de les produire lui-même.

Venons-en au fait. Que peut-on attendre d’un musicien qui a trainé ses guêtres dans des formations diverses comme Ephel Duath, Paul Gilbert, Necrophagist ou UKZ ? Une musique indigeste, partant dans tous les sens et capable du triste exploit de vous faire appuyer sur le bouton « Stop » au bout de sept secondes ? Non. A l’écoute des premières mesures de ce dyptique, on découvre que Marco Minnemann, en plus d’être un batteur hors pair, capable d’auditionner pour le plus célèbre des groupes progressifs en activité, est aussi un compositeur talentueux avec un sens certain de la mélodie et de l’accessibilité. Une image étonnante, bien lointaine du cliché du batteur matheux qui ne voit pas plus loin que le bout de sa grosse caisse. Cette image, on la retrouve sur des titres comme « The Dying Part » ou la balade « You Always Told Me Love ». Pour autant les morceaux alambiqués tordus à souhait et pour lesquels Marco s’est progressivement fait un nom sont bien présents, à l’instar de « Mr. Blancmange » et « Hope Alone / Waiting for Love » long de onze minutes.

Le paradoxe veut que la perle de ce premier volet ne soit longue « que » de deux minutes et trente-neuf secondes : elle a pour nom « Desert Signs ». Avec son groove et son rythme évoquant le « Where The Streets Have No Name » de U2 on ne perd pas une miette de cette merveille éphémère. Le sentiment qui ressort à l’écoute de ce disque à la fois varié et consistant nous laisse à penser que Marco Minnemann est, avec Mike Keneally, l’un des plus purs héritiers de Frank Zappa. D’ailleurs, nous ne saurions que trop vous conseiller de jeter vos deux oreilles sur l’album Sluggo que Keneally (autrefois guitariste pour Frank) sortit avec Beer For Dolphins et dont l’approche musicale se veut similaire à celle perçue sur Evil Smiles of Beauty.

Le deuxième CD Sounds of Crime s’écoute dans un contexte bien différent car il est de prime abord moins facile d’accès que son grand frère. Il ferait presque figure d’antithèse à l’idée que notre ami germanique soit un descendent du Grand Wazoo. Ici, les robot règnent en rois (du moins, c’est ce que dit le concept !).Par conséquent, les fans de batterie seront vernis avec des parties biscornues dont seul le batteur allemand a le secret. On retrouve notamment cette spécialité dont il s’est fait maître à savoir jouer par dessus des samples de voix et ainsi obtenir des parties en mesures impaires. Malgré une difficulté à ressortir un titre du lot tant l’ensemble est dense, citons néanmoins « 2 inches of Evil (The Unliving Living) » et « Unlaw 2011 ». L’épique « Dirty Toitles  » résume à merveille le talent de notre hôte et « Engineer N°1 / Lord of Flies » est la preuve que Marco Minnemann n’a pas qu’un seul grain de folie dans le cerveau. Et ce n’est pas la version 1.0 de « Boing I’m In the Back  » titre qui a fini sur le premier album de The Aristocrats qui nous ôtera cette pensée de l’esprit. De la même manière, ce double album nous prouve que Marco Minnemann est un batteur hors norme doublé d’un certain talent de compositeur, indéniable pour ses fans, surprenant pour les plus néophytes. On appelle cela avoir le beurre et l’argent du beurre. Et le fait d’être constamment sollicité pour jouer avec les plus fines des lames progressives ou métalliques, ça porte quel nom ? La crémière ?

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