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27 Janvier 2012

Sylvan

Sceneries

par Jean-Philippe Haas

Un jour ou l’autre, tout groupe de rock - et à plus forte raison de prog - songe à pondre son magnum opus, le concept album définitif qui occuperait deux disques de vinyle, avec, allons-y, un titre par face. Malgré les diverses fortunes qu’une telle entreprise peut engendrer, à l’image du très controversé Tales from Topographic Oceans par exemple, il est des artistes décomplexés qui se jettent à l’eau et concrétisent leur rêve mégalomaniaque. C’est le cas de Sylvan, qui revient à ses premières amours après deux productions plus accessibles (Presets en 2007 et Force of Gravity en 2009) par ailleurs très réussies.

Malgré l’ampleur de l’œuvre (cinq titres qui oscillent tous entre quinze à vingt minutes !), Sceneries n’est pas conceptuel à proprement parler, en ce sens qu’il ne repose pas sur une histoire ou un thème unique. Les différentes parties développent néanmoins leur idée autour d’un facteur commun : les hauts et les bas de la vie et la recherche du bonheur. En outre, chacun des musiciens du groupe a apposé la touche finale à l’une des cinq pièces. L’album est donc annoncé comme étant éminemment personnel.

Si les Allemands ont développé au fil des ans un style qui leur est propre, il reste encore aujourd’hui dans leur musique quelques influences particulièrement flagrantes, à commencer par le Pink Floyd de Gilmour ou le Marillion de Season’s End. Mais la longévité de Sylvan et le respect qu’il inspire ne doivent pas grand chose à ces parentés, ils émanent d’un savoir-faire et d’une vraie personnalité qui extraient le groupe du ventre mou de la production actuelle. Des mélodies qui font mouche, des arrangements luxueux, l’utilisation toujours judicieuse et néanmoins parcimonieuse du piano et de la guitare acoustique constituent là encore ses principaux atouts, de même que la voix de Marco Glühmann (il y a du Steve Hogarth dans cet homme-là !), sûrement l’une des plus identifiables et attachantes du microcosme progressif. Le genre de chanteur capable de tenir à bout de bras un disque, même sur ses passages les moins convaincants. Le guitariste Jan Petersen, membre à part entière depuis 2007, tire également les compositions vers le haut grâce à la versatilité de son jeu et ses solos aériens à la Rothery.

Par ses atmosphères nostalgiques et son rythme plutôt lent, Sceneries affiche une certaine unité musicale. Elle prend parfois des allures d’uniformité car si « The Fountain of Glow » laisse présager une grande variété de thèmes, la suite s’avère moins contrastée. En effet, bien que chaque titre contienne ses moments de bravoures, son lot de belles mélodies et une bonne dose d’emphase, les vraies flamboyances restent rares. Sylvan finit par lâcher la bride sur « Farewell To Old friends », véritable epic dans l’acceptation la plus élogieuse du terme où la musique colle au texte au point que les images se forment d’elles-mêmes. L’ensemble aurait peut-être mérité davantage de superlatifs si toutes les compositions avaient été à la hauteur de celle-ci. Ce n’est pas le cas et d’une certaine manière, il est rassurant de constater que le statut de chef d’œuvre est réservé à une infime minorité d’albums. Réservoir inépuisable de mélodies dont les subtilités et les finesses n’apparaîtront que petit à petit, Sceneries vaut, quoi qu’il en soit, tous les détours du monde si tant est qu’on ait la persévérance nécessaire pour apprécier totalement ce disque démesuré.

  • Année: 2012
  • Label: Autoproduction

Commentaires 

#1 jc 04-06-2016 10:14
En même temps, leur chef d'oeuvre à eux est sortit avant cela : Posthumous Silence.
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