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06 Janvier 2012

Alva Noto

Univrs

par Christophe Manhès

Il est loin le monde où chaque culture possédait son propre langage mijoté au brasero des siècles. Inlassablement, la Tradition s’y répétait comme le battement d’un cœur que l’on pensait immortel. Mais vint le vingtième siècle et son émancipation révolutionnaire de la tautologie ancienne, largement prolongée et amplifiée enfin par le vingt-et-unième siècle. Désormais, de collective et homogène, la culture, obsédée par l’individualisme, se fragmente en mille morceaux laissant la possibilité à chacun de creuser son propre sillon.

La musique évidemment, miroir des cultures, reflète aujourd'hui ce bouleversement brutal. Carsten Nicolai, alias Alva Noto, en a d’ailleurs fait son lit, jusqu'à un point extrême. Sans détour pédagogique il nous immerge dans le monde de la hype electro, aux confins de la danse et du minimalisme sonore. Ses compositions s'infiltrent entre silence mat et bit rachitique et mettent à l’épreuve notre capacité à entendre au-delà de résonances froides, retranchées de toute humanité. Or, de ces pulsations souvent suraiguës, presque aphones, naît une forme d’hypnotisme de l'aire cybernétique. C’est qu’au-delà de la technologie et du concept — fumeux si l’on se fie aux seuls propos de Carsten Nicolai — Univrs puise dans les rythmes narcotiques de la trans universelle et donne ainsi l’impression de boucler magistralement la boucle entre cultures des arts premiers et monde moderne ultratechnologique.

Entre « aberration » et « découverte d'un nouveau continent sonore », nul doute que l’expérience musicale d’Alva Noto divisera violemment. Pourtant, même dépouillée de toute chaire, Univrs fait mouche. Certainement grâce à la rigueur de construction de ses titres et à sa science subtile de ce que l’on pourrait définir comme l’infra-musical. De plus Alva Noto nous pousse à réfléchir sur le rapport entre musique et « hypermonde » où le jansénisme des circuits electro-numériques a remplacé les ancestrales ondes chaudes et vibrantes de l’acoustique. Mais aussi sur ce qui, en fin de compte, pourrait bien constituer l’essentiel de la musique : rythmes et cycles, fussent-ils aussi décharnés.

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