Interview

Evergrey

01 Février 2003

Evergrey

par Florian Gonfreville

Origine : Suède
Style : Metal progressif
Formé en : 1998
Line-up:
Tom S. Englund - Guitares & Chant
Patrick Carlsson - Batterie
Michael Håkansson - Basse
Henrik Danhage - Guitares
Rikard Zander - Claviers
Dernier album : In Search Of Truth (2001)

Evergrey fait partie des groupes les plus attendus cette année, alors qu’avec In Search Of Truth, les Suédois avaient déjà franchi un palier dans la quête de la reconnaissance. Leur nouveau bébé, intitulé Recreation Day, peut d’ores et déjà présenter sa candidature aux référendums des meilleurs albums de l’année. Nous avons rencontré l’imposant leader d’Evergrey, Tom Englund et son acolyte, le guitariste Henrik Danhage. Ils ont accepté de nous parler de ce brûlot et ont même répondu, très enthousiastes, aux questions laissées par certains d’entre vous sur le forum.

Progressia : Quel bilan faites-vous de l’ère In Search Of Truth ?
Tom Englund : Nous sommes vraiment ravis du retour que nous avons eu pour cet album. Il nous a permis d’élargir notre public et de toucher les media. Nous avons également beaucoup tourné, participé à des festivals… Bref, nous n’avons pas chômé.

Promouvoir ce disque fut aussi l’occasion pour vous de donner vos premiers concerts en France…
Henrik Danhage : Nous avons donné notre premier show à Paris avec Therion. Le public a vraiment bien réagi , mais nous n’avons eu que vingt minutes de temps de scène, à peine de quoi jouer quatre ou cinq titres. C’était vraiment frustrant. En revanche, les concerts que nous avons donnés en tête d’affiche ont été des réussites, surtout à Paris.
Tom : De tous nos concerts sur cette tournée, je crois sincèrement que celui de Paris demeure un de mes favoris, avec nos prestations en Suède et en Grèce. De même, le ProgPower américain restera un grand moment.

ISOT a vraiment accéléré votre carrière. Il vous a permis de quitter Hall Of Sermon (NdRC : leur ancien label) pour rejoindre une structure plus importante, en l’occurrence Inside Out. Quelle est aujourd’hui votre marge de liberté et de contrôle sur vos créations ?
Tom : Nous avons en réalité notre propre label, donc nous sommes totalement libres. Nous cédons en fait la licence de distribution à Inside Out qui à son tour la propose selon les marchés à différents acteurs, comme NTS en France. Cela dit, il y a un minimum d’échanges et de communication entre Inside Out et nous. Mais généralement, ils prennent les bonnes décisions et n’ont pas besoin de notre accord. Nous leur faisons confiance.

Parlons de Recreation Day. Est-ce un jeu de mots ? Vous avez la nostalgie des cours d’école ?
Tom : Non, cela n’a rien à voir. Le thème général de l’album est la mort. Et même s’il ne s’agit pas d’un concept décliné à travers le disque, ce thème sous-tend tous les titres. 
Henrik : Disons que cela relate l’attitude des gens face à la mort, le disque est lié au fait de perdre quelqu’un de proche.

C’est un thème assez délicat, voire tabou. Comment avez-vous abordé le sujet ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Tom : C’est plutôt personnel… (NdRC : Tom Englund n’étant pas toujours particulièrement expansif, nous ne poussons pas la question plus loin).

Pour cet album, un nouveau claviériste vous a rejoint, Rikard Zander. Pouvez-vous nous relater son intégration dans Evergrey, et également nous dire ce qu’il s’est passé avec Christian Rehn ?
Tom (agacé à l’évocation de Chrisitian) : Christian Rehn est un menteur. Il nous a fait des coups dans le dos en nous faisant croire qu’il viendrait s’installer à Göteborg mais il n’y a jamais pensé. Je n’ai rien de plus à dire. Concernant Rikard, il se trouve que nous avons un ami commun, Erik Grandin (NdDan : ex-bassiste de Mayadome). Il m’a dit qu’un de ses amis qui est claviériste vivait à Göteborg, alors même que nous souhaitions trouver quelqu’un qui soit dans la même ville que nous. Rikard est donc venu assister à quelques-uns de nos concerts avant de nous rejoindre en tant que claviériste de scène pour une dizaine de shows. 
Henrik : Ensuite, quand est arrivé le moment de travailler sur Recreation Day, nous sommes tous tombés d’accord pour dire que c’était l’homme qu’il nous fallait, tant musicalement qu’humainement. De plus, il est dans la même tranche d’âge que nous, donc pas de risque de conflits de générations (rires). Nous sommes tous sur la même longueur d’onde.

Quelle a été sa contribution pour cet album ? A t-il participé à plein régime à la composition des morceaux ou aviez-vous déjà tout composé avant son arrivée dans le groupe ?
Tom : Rikard a participé à l’écriture des chansons, puisque nous avons tout composé en à peine un mois, juste avant de rentrer en studio. 
Henrik : Nous avions des riffs et des idées, mais il n’y avait pas de réelle structure, juste des thèmes ici et là. C’est là que Rikard nous a beaucoup apporté: il a donné une certaine couleur aux compositions : il est également très doué pour ce qui est des arrangements. De plus, nous voulions rajouter plus de solos de clavier dans l’album, et il fait ça très bien. Mais bon, une avalanche de solos n’est pas nécessaire pour se rendre compte que ce type sait jouer (rires). 
Tom : Je dirais que c’est le plus musicien d’entre nous. Je veux dire par-là qu’il a une véritable connaissance de la musique tant théorique qu’harmonique, et un sens du jeu inné. Il possède également une bonne oreille… 
Henrik : Au-delà de tout ce que Tom vient de dire, il a aussi une sacrée expérience du jeu en groupe et c’est important. Il a fait plus de concerts avec ses anciens groupes que n’en compte toute la « tourographie » d’Evergrey (rires).

ISOT est considéré à ce jour comme étant le chef d’œuvre d’Evergrey. Pensez-vous que Recreation Day ait le même potentiel ?
Tom
(s’adressant à Dan) : Qu’en penses-tu, toi ? (rires) Si tu le trouves meilleur, alors ça me va (rires) ! Plus sérieusement, nous ne réfléchissons pas de cette manière, on ne se dit pas : “On va faire un chef d’œuvre“, etc. Le plus important est que nous soyons pleinement satisfaits de cet album.

Pensez-vous avoir tout mis dans ce disque ou, selon vous, y manque-t-il encore quelque chose ?
Henrik : Il manque bien sûr quelques trucs, mais à ce stade, ce ne sont que de petits détails, des éléments que d’autres que nous n’entendraient pas. A part ça, je pense que nous avons principalement manqué de temps. Si nous avions eu deux semaines de plus, le mix et les arrangements auraient été complètement différents. 
Tom : Ce que Henrik voulait dire par “petits détails“ ce sont par exemple un solo de clavier qui a sauté, une nappe de synthé qu’on a enlevée, etc. Des choses qui n’ont rien de gênant dans l’écoute de l’album. Nous avons commencé à construire notre propre studio pour faire en sorte que nous ne soyons désormais plus pris par le temps comme nous avons pu l’être cette fois-ci.

Recreation Day démarre à 200 à l’heure, avec un morceau très heavy. De manière générale, cette tendance heavy et directe règne tout au long de l’album, et la production est très puissante. Cela fait penser à l’approche qu’a eu Symphony X avec The Odyssey, le refus de s’encombrer d’effets superflus. Etait-ce aussi la vôtre?
Tom : Si c’est l’impression que cela donne, alors nous avons atteint un objectif. Je pense que les deux groupes ont eu la même idée dans la mesure où nos derniers albums respectifs sonnent on ne peut plus live.
Henrik : Ils pensent comme nous : notre seul but est de monter sur scène et de botter les fesses du public !

La production de Recreation Day devait initialement incomber à Neil Kernon (Queensrÿche) mais cela ne s’est pas fait. Du coup, vous avez de nouveau travaillé avec Andy LaRocque (NDDan : producteur des précédents albums d’Evergrey) aux Los Angered Studios…
Tom : En fait, nous avons simplement loué son studio. L’album a été produit par Henrik et moi-même.

On sent qu’un gros travail a été fait sur le chant, et il y a beaucoup d’effets sur les voix. Aviez-vous envie d’expérimenter ou est-ce le fruit du hasard ?
Henrik : Je dirais pourtant que c’est l’album le plus brut que nous ayons enregistré, celui qui comporte le moins d’effets. Si cette impression résiste à l’écoute, c’est alors peut-être le fait que nous ayons doublé toutes les lignes de chant (NdRC : le chant a été enregistré deux fois, et les deux pistes sont superposées sur l’album. C’est un procédé couramment employé pour donner de la consistance au son, avec les instruments comme avec le chant). Peut-être cela fait-il croire que nous avons rajouté beaucoup d’artifices mais ce n’est pas le cas. 
Tom : Pour Recreation Day, nous avons choisi de mettre l’accent sur le chant et de nous en servir comme point de départ alors que, traditionnellement, nous nous en occupions en dernier. Nous avons pu passer un mois à le travailler, contre une ou deux semaines à chaque occasion précédente car le temps venait alors à manquer, le chant pâtissant du retard accumulé de tous les autres instruments.
Henrik : Cette manière de procéder était intentionnelle et souhaitée dès le départ parce qu’à chaque chronique, interview ou je ne sais quoi, nous nous sommes aperçus que les gens étaient scotchés par le chant de Tom. A partir de là, et en prenant toutes ces remarques extérieures en compte, je pense que notre manière de travailler, qui peut paraître peu conventionnelle, n’est pas si choquante ou contradictoire. Au bout du compte, nous sommes venus à bout de toutes les parties de chant en une semaine. Mais comprenez-bien que cette décision de commencer par enregistrer le chant en premier a été approuvée par tout le groupe. 
Tom : Je pense que nous réitèrerons cette manière de faire, vu que nous aurons bientôt notre propre studio, ce qui nous permettra de bénéficier de plus de temps lors des prochains enregistrements. 
Henrik : Bien sûr, nous aurons toujours des délais à respecter. Mais nous avons passé neuf semaines en studio pour ce disque, et nous prendrons plus de temps pour le prochain, trois mois nous paraît de l’ordre du raisonnable. De plus, il y aura moins de pression et de stress, puisque nous serons comme à la maison. Nous pourrons ainsi passer plus de temps avec nos familles.

Vous avez toujours proclamé venir du heavy metal. Cependant, on a le sentiment que certains des éléments de votre musique sont empruntés au rock FM, pas dans le sens glam rock ou autres, mais dans le fait qu’il y ait, par exemple, des lignes de guitares doublées par les claviers, des thèmes chantés faciles à retenir et appuyés ou repris par les autres instruments, etc. Ce sont des éléments qu’on retrouve dans le rock FM.
Henrik : Ok, l’interview est terminée ! Journaliste suivant (Rires) ! 
Tom : Je ne vois même pas ce que vous entendez par le terme FM. 
Henrik : Tom, le rock FM est proche de l’AOR, du mainstream.

Vos mélodies, vos riffs et vos refrains sont très accrocheurs et faciles à retenir. C’est quelque chose que l’on retrouve dans le rock mainstream… Il est clair que vos titres sont vraiment taillés pour la scène.
Tom : Très bien ! Ça, ça me va ! C’est exactement ce que nous souhaitions faire : de l’accrocheur et du « taillé pour la scène ».
Henrik : Effectivement, pour cet album, nous voulions avoir des chansons faciles à jouer en concert, avec de gros refrains faciles à mémoriser.

La présence d’un titre entièrement acoustique, “Madness Caught Another Victim”, était jusque là inédite chez Evergrey. Pensez-vous à l’avenir inclure plus d’éléments acoustiques dans votre musique ?
Tom : Tout à fait. Le problème avec les guitares acoustiques est que c’est une vraie plaie à enregistrer et malheureusement, nous n’avons pas la possibilité de les enregistrer comme on le voudrait. Ce titre a donc été enregistré chez moi, dans ma cuisine, sauf le chant que j’ai mis en boite en studio.
Henrik : Nous pourrions exploiter à l’avenir l’idée d’avoir, sur une même chanson, de grosses guitares bien heavy, doublées par des guitares acoustiques, un peu comme faisaient certains groupes dans les années 70.

Toujours dans cette optique d’utilisation d’éléments acoustiques, pourquoi ne pas essayer de réarranger certains de vos titres à la sauce unplugged ?
Tom : Nous y travaillons actuellement, dans le cadre d’une mini tournée acoustique que nous effectuerons en France en avril prochain (NDRC : dans les grands magasins de disques).
Henrik : Nous n’avons pas encore choisi les titres, hormis “Trilogy Of The Damned“. Cela devrait principalement se faire en piano/chant. Pendant ce temps Michael (Håkansson – Bassiste) et moi regarderons Tom sur le coté en buvant des bières (Rires) !

Avez-vous déjà une idée de la direction artistique que vous pourriez choisir à l’avenir ? Votre musique inclut des passages très heavy mêlés à des parties un peu plus calmes, contenant du piano et des nappes. Cette approche peut rappeler celle d’Opeth. Pensez-vous donc, par exemple, faire comme ces derniers et sortir un album très lourd et un autre disque beaucoup plus calme ?
Tom : Non, parce que le mélange entre parties lourdes et parties lentes fait partie de notre marque de fabrique. En revanche, dans cet esprit, l’idée pourrait être de reprendre les meilleures chansons de chaque album, de les réarranger et d’en faire un album entièrement acoustique. Je me vois bien faire ce genre de choses, ça serait vraiment plaisant.
Henrik : Ça m’intéresserait beaucoup de tenter ce genre d’adaptation, mais nous n’en sommes pas encore là, pour la bonne et simple raison que nous faisons encore à ce jour beaucoup de concerts de première partie, et qui durent donc environ quarante-cinq minutes. Dans un si court laps de temps, nous n’avons qu’une envie : mettre le public à genoux. Nous jouons donc nos titres les plus violents ! Cela dit, si à l’avenir nous parvenons à faire des concerts de deux heures en tête d’affiche, je ne serais pas contre l’idée d’enregistrer l’album acoustique que Tom a mentionné juste avant. Cela nous permettrait éventuellement d’inclure des séquences acoustiques pendant nos concerts, des « quarts d’heure américains ». Mais actuellement, nous ne pouvons pas le faire pour les raisons que je viens d’invoquer. Et tant qu’à faire, nous souhaiterions avoir un jeu de lumières qui se prête à l’ambiance. Ce n’est pas non plus envisageable dans le cadre d’un festival parce que l’adrénaline retomberait immédiatement. 
Tom : Nos concerts de quarante-cinq minutes sont généralement pré-définis, puisque nous jouons nos titres les plus durs : “The Master Plan“, “Solitude Within“, “She Speaks To The Dead“, “Nosferatu“, “Darkest Hour“, “Blinded“ “The Great Deceiver“. Après ces titres, le public est mort (rires). 
Henrik : Il faut que les spectateurs se souviennent de nous. Quand nous avons joué au Wacken l’an dernier, le tiers du public ne connaissait pas Evergrey. Nous nous devons d’abord de conquérir ces fans potentiels et ce, hélas, au détriment de nos fans plus anciens qui pourraient aussi souhaiter d’autres titres. 
Tom : L’an dernier, nous avons fait une tournée en tête d’affiche en Belgique et aux Pays-Bas. Nous jouions en moyenne entre une heure quarante-cinq et deux heures. Lors de ces concerts, nous avions inclus des morceaux en duo piano-chant, pour une séquence d’en moyenne un quart d’heure. Maintenant, nous avons un album de plus pour établir nos set-lists, ce qui rend le choix plus difficile, mais permet aussi d’enlever certains titres que nous avons moins envie de jouer live. 
Henrik : Mon titre préféré à ce jour est “Solitude Within“. J’adore ce titre au point d’être dégoûté de ne pas l’avoir composé avec Tom ! Mais, paradoxalement, je n’hésiterais pas une seconde à l’enlever de la set-list au profit de “She Speaks To The Dead“. 
Tom : Cela dit, je pense que nous continuerons à jouer “Solitude Within“, quoi qu’il arrive. Cette chanson est à Evergrey ce que “The Number Of The Beast“ est à Iron Maiden, c’est en quelque sorte notre hymne, tout comme “Nosferatu“.

Qu’avez-vous écouté récemment ?
Tom : Des tonnes de disques gratuits (rires). Je les écoute et puis je les laisse traîner dans ma voiture, quand je ne les jette pas (rires). En temps normal, je n’écoute pas de metal, mais plutôt des artistes comme Norah Jones, Pink Floyd, Tori Amos. J’ai récemment écouté le dernier disque de Peter Gabriel et c’est une tuerie (NdRC : Progressia en a d’ailleurs fait un dossier)! 
Henrik : Ça dépend des moments. Ces derniers jours j’ai écouté l’album solo de Chris Cornell. J’adore ce type. J’ai également jeté une oreille sur Audioslave et je trouve ça très bon ! Dans un autre style j’écoute beaucoup Jeff Buckley. Mais quand je suis avec des amis autour d’une bonne bière, rien ne vaut un bon vieux Pantera.
Tom : Rien à ajouter à ça ! (Rires)

Avez vous déjà planifié des concerts pour promouvoir Recreation Day ?
Henrik : Nous avons déjà prévu des concerts en tête d’affiche ainsi que des participations à des festivals. Nous devrions être très occupés jusqu'en septembre. 
Tom : Entre temps nous partirons aux Etats-Unis quatre fois en deux mois. A part la tournée acoustique prévue chez vous début avril 2003, rien n’est fixé pour le moment. Mais il serait logique que nous venions pour une tournée électrique.

Nous avons proposé aux abonnés de Progressia de vous soumettre quelques questions, posées sur le forum.
Tom (très enthousiaste) : Ah ! C’est excellent ! Allons-y.

Il y a de plus en plus de groupes de metal venant de Suède. Pouvez-vous expliquer cette émergence d’autant de groupes suédois ?
Henrik : C’est difficile à expliquer, mais force est de reconnaître qu’en Suède, le metal marche très fort (NdDan : Ils ont tout compris les Suédois). 
Tom : Je n’ai pas d’explication assurée, peut-être la détermination ? (NdRC : Tom, avant interview, avait beaucoup émaillé notre rapide conversation de l’utilité de la détermination dans les métiers de la musique. C’est un thème qui lui tient très à cœur).

N’avez-vous pas peur que la scène metal suédoise finisse par imploser, à force de voir tous ces groupes émerger ?
Tom : Je ne crois pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter, d’autant que nous sommes leaders dans notre style. Nous ne sommes pas les clones de tel ou tel groupe.
Henrik : Qu’il s’agisse de groupes comme Hammerfall ou Pain Of Salvation, ces gens sont leaders dans un style qui leur est propre. Mais il y aura toujours des groupes derrière en guise de seconds couteaux, même si je n’aime pas cette expression, car j’apprécie des groupes rattachés à cette soi-disant catégorie.

Evergrey a parfois été présenté comme le maillon manquant entre des groupes comme Opeth et Pain Of Salvation. Que pensez-vous de cette idée ? Vous intéressez-vous à ces groupes ?
Tom : Très honnêtement, nous sommes extrêmement flattés, c’est un honneur de leur être comparés. Mais nous n’avons pas écouté leurs disques depuis un bon moment. 
Henrik : Ces deux groupes sont vraiment excellents. De plus ce sont des gens extrêmement sympathiques. Nous nous entendons très bien avec eux.

In Search Of Truth est basé sur un phénomène paranormal qui peut faire penser à X-Files. Est-ce que l’inspiration sur cet album vous est venue de séries TV portées sur la SF ?
Tom : Non, le concept est basé sur Communion, un livre de Whitley Strieber (NdRC : « récit autobiographique » d’après son auteur, dont est tiré le film du même nom, datant de 1989, avec Christopher Walken, musique d’Eric Clapton. Un écrivain se sent possédé par des êtres étranges qui le poussent à l’isolement, et ne sait pas s’il doit faire appel à un psychiatre ou un exorciste).
Henrik : Quant au dernier album, il ne faut pas confondreRecreation Day et Recreation Center qui est une salle de sports ou l’on y prodigue de très bons massages (rires). 
Tom : Pour simplifier le sens du terme Recreation Day, disons qu’il s’agit du jour où l’on s’octroie une pause, le droit de repartir et de continuer à vivre après une tragédie. C’est le moment où il n’y a plus rien à faire, parce que tout est inéluctable, et où l’on comprend qu’il faut réapprendre à vivre malgré les drames, accepter et tourner la page afin de pouvoir repartir à zéro et aspirer à vivre sa vie normalement. C’est le jour au cours duquel la pression disparaît enfin.

La mode actuelle est à la participation à des side-projects tout en gardant le leadership de son propre groupe. Que pensez-vous de ces pratiques ? Seriez-vous prêts, si quelqu’un vous le demandait, à apparaître sur tel ou tel album ?
Tom : Je l’ai fait il y a peu pour un side-project produit par Century Media. Le chanteur initial sonnait paraît-il trop romantique donc je l’ai fait, sinon, « ils risquaient de ne pas se faire signer » (rires). Ce projet est monté par des musiciens de The Haunted, Dream Evil et At The Gates. Y participer ne m’a posé aucun problème, car certains d’entre eux sont des amis.

Mais y a-t-il un aspect de votre musique que vous souhaiteriez développer dans un autre groupe, et qui ne peut pas être exploitée dans Evergrey ?
Tom : Sans commentaires ! Question suivante (rires) !
Henrik : En ce moment, nous sommes tous à fond dans Evergrey, qui nous prend tout notre temps. 
Tom : Le jour où l’un de nous commence à avoir des priorités et des envies différentes, il perd un peu de sa concentration, ce qui finit par nuire à tout le groupe. Donc il s’en va, point final.

Tu souhaites donc que chaque membre d’Evergrey s’implique à 100% ?
Tom (très incisif) : Non, je veux que chacun s’implique à 250 % ! Et chacun attend la même chose de nous et ce dans tous les domaines. Ça fait près de douze heures que nous sommes assis à donner des interviews. C’est crevant, certes, mais il faut le faire. 
Henrik : Dans un sens, c’est une famille et un mode de vie. Etre membre d’Evergrey représente un engagement colossal, qui prend beaucoup de notre temps. Certes, ce n’est pas toujours facile de s’adapter, ce qui explique pourquoi il y a eu tellement de musiciens différents au cours de l’histoire du groupe.

Quelle est votre position envers l’industrie du disque d’aujourd’hui, notamment au fait de télécharger et échanger des fichiers audio par Internet ?
Tom (énervé à nouveau) : Il devrait y avoir une loi stipulant que toute personne téléchargeant de la musique sur le net est passible de dix ans de prison ! Pour moi télécharger un mp3 n’est rien d’autre que du vol manifeste de copyrights et de droits d’auteurs ! Et la punition doit être sévère, à titre exemplaire. Et ce que je dis là devrait être valable dans le monde entier. Personne ne prendrait ainsi le risque de télécharger de la musique !
Henrik : Télécharger des mp3 est sympathique pour les fans. Mais en tant que musicien, je ne gagne pas d’argent quand les gens téléchargent ma musique. Je n’ai donc pas de retour sur l’argent que j’ai investi pour le studio, et ça c’est très frustrant. Comme l’a dit Tom, ce n’est rien d’autre que du vol.

Votre position est compréhensible en tant que musiciens. D’un autre coté, ne pensez-vous pas que télécharger de la musique peut-être un moyen de promotion permettant ainsi de mieux faire connaître un groupe à peu de frais ?
Tom : Si bien sur ! Je ne vais pas vous mentir, je sais pertinemment que Recreation Daytourne sur le net. Nous l’avons pourtant jalousement gardé entre nous. Puis les copies promo ont été distribuées chez les journalistes, ce qui coïncide exactement avec le moment où l’album a été mis sur la Toile. Une fois ces disques partis, on ne peut plus rien faire… 
Henrik : De toutes façons, rien ne vaut le CD original. Même si vous avez une version gravée plus que correcte, et que vous mettez le disque dans une platine pour vos amis, ce ne sera jamais la même chose qu’un CD original. 
Tom : C’est pour cette raison que nous faisons attention à l’aspect visuel de nos albums en incluant, pourquoi pas, une piste multimedia, un livret avec un contenu imposant et intéressant, y compris par son design. Ça vaut vraiment le coup, nous tenons à ce que ceux qui achètent l’album en aient pour leur argent.

Y’a-t-il un point que nous avons oublié d’évoquer, dont vous auriez souhaité parler ?
Henrik : Enfin, vous avez oublié d’apporter nos bières (rire général) !

Le mot de la fin ? Que souhaiteriez-vous dire aux lecteurs de Progressia ?
Tom : Hail Satan (rires) ! Plus sérieusement, téléchargez l’album si vous le voulez, mais dans ce cas achetez des T-Shirts ou d’autres produits dérivés Evergrey, sinon nous n’aurons pas d’argent pour enregistrer et sortir nos disques.
Henrik : Nous espérons sincèrement que vous aimerez l’album autant que nous l’aimons. Vivement les concerts.

Propos recueillis par Dan Tordjman & Florian Gonfreville

Interview réalisée le février 2003

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