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13 Juin 2004

Alexl

Triz

par Xavier Méra

Alexl est Alexandre Loureiro, chanteur et multi-instrumentiste s’étant fait connaître dans les années quatre-vingt-dix au sein des groupes brésiliens Turangula et Raika. Pour cet album, il est seul maître à bord, mais l'équipage est conséquent : plus d'une vingtaine de musiciens sont conviés aux chants, cuivres, cordes, claviers, guitares, clarinette, hautbois, flutes, xylophone et percussions, entre autres. Sa palette sonore est donc large… il reste à savoir ce qu’il en fait.

Tout suspense doit être immédiatement éliminé : nous avons là affaire à quelque chose de très spécial. La musique d'Alexl est solidement ancrée dans la tradition progressive classique des années soixante-dix. Son vocabulaire est surtout influencé par Yes et Gentle Giant, mais certains moments évoquent aussi Frank Zappa et Genesis. Qu'y a t-il de si particulier là dedans ? Ne s'agit-il pas d'un clone de plus ? Pas vraiment. D'une part, les influences sont parfaitement intégrées : comme avec les classiques de Spock's Beard, si l’on peut reconnaître facilement les sources d'inspiration, pas une once de plagiat pour autant. De plus, ces références sont habilement combinées avec des éléments de musique traditionnelle brésilienne. Le mélange ne sonne jamais comme une juxtaposition hétéroclite visant à une originalité gratuite. Il apparaît au contraire à l'auditeur comme allant de soi. 
La musique est dense tout au long du disque, contrairement à un Spock's Beard qui aurait fait le choix de placer des idées plus "pop" entre ses pièces plus consistantes, pour alléger le propos. D'un point de vue rythmique, l’ensemble syncope sévèrement, du début à la fin, tandis qu’au niveau vocal, les nombreuses séquences d'harmonies à la Gentle Giant sont parfaitement ciselées. Loureiro réussit en plus un tour de force dont seuls les meilleurs sont capables : tout en étant caractérisé par une grande richesse dans l'instrumentation, sa musique ne paraît jamais trop chargée. Gageons que c'est la preuve de son habileté dans le processus de composition : seules des idées fortes permettent d'aboutir à une telle performance. 

Il est difficile de trouver des défauts à cet album, à moins bien sûr de détester Yes, Gentle Giant, ou le côté un peu "exotique" des musiques brésiliennes. On regrettera simplement que Loureiro n'ait pas loué les services d'un véritable batteur. Ses programmations sont excellentes mais rien ne remplace un vrai son de batterie. La production aurait aussi pu être un peu plus "chaude". Le choix de certains sons de claviers aurait pu être meilleur, mais ces petits défauts ne peuvent altérer le constat que Triz est une réussite majeure, à placer dans sa discothèque entre les meilleurs albums d'Echolyn et de Spock's Beard. Alexl n'a pas volé son Nougat.

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