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08 Juin 2006

Andromeda

Chimera

par Sébastien Crépy

Pour les connaisseurs maintenant de plus en plus nombreux, Andromeda est une formation assez jeune qui fait partie de l’élite de ce qu’on pourrait appeler le metal progressif suédois, ce qui n’est pas un mince honneur étant donné que ce pays nordique est plutôt prolixe en la matière: nous cacherait-on l’existence d’une « Metal Academy » top secrète là-bas ? Avec quoi les parents coupent-ils donc le biberon de leurs chérubins dans ces contrées lointaines ? Après un premier album complexe et nerveux acclamé, Two is One, avait surpris par une grande maturité, un nouveau chanteur, et beaucoup de subtilité. Moins brute qu’aux débuts, la musique d’Andromeda prenait une tonalité moins métal et plus progressive qui n’a pas fait l’unanimité mais qui venait confirmer un talent et une originalité qui permettait au groupe de s’établir en référence dorénavant fréquemment citée. 

Suivit un silence radio qui fit craindre qu’un tel potentiel fût gâché et que l’on n’entende plus guère parler du groupe, le site officiel lui-même ayant disparu. Quatre ans se sont écoulés depuis et voici que sortent à intervalles très rapprochés un réenregistrement du premier album avec le chanteur actuel du groupe ainsi que l’objet du présent article : Chimera.

Le ramage de cette longue attente se rapporte-t-elle au plumage de ce nouvel avatar discographique ? Il semblerait que la réponse soit tout à fait affirmative. Le temps a opéré sur leur créativité des transformations que les éternels insatisfaits qualifieront de délétères tandis que les autres seront ravis de découvrir un album qui ne dévoile tous ses charmes que dans la longueur et qui ne donne pas pour autant dans un progressif « fraises Tagada© » taillé dans la guimauve.

L’album commence sur les chapeaux de roues avec le véloce et syncopé « Periscope » qui permettra à chacun de se sentir immédiatement en confortable familiarité. Le chanteur, autrefois chez Darkane, est difficile à reconnaître car son phrasé est bien éloigné de celui qu’il avait adopté dans son groupe précédent. D’une voix sans faille, David Fremberg varie les accentuations et applique ici et là quelques effets électroniques et modulations qui permettent d’éviter la monotonie ou l’énervement que certains vocalistes prog infligent à nos tympans déjà bien rôdés. Sa voix chaleureuse s’investit totalement dans les émotions des personnages dont il raconte les frustrations au fil des morceaux. Le charisme dont il fait preuve est un sérieux atout pour Andromeda, atout qui fait la différence parmi les cohortes de groupes plutôt inspirés mais gâchés par des crieurs souvent poussifs. 

Le guitariste, Johan Reinholdz, très concis, a déjà prouvé de quoi il était capable dans les deux précédents volets de sa discographie et dévoile un peu plus ses talents de guitar hero en pleine progression. Arpèges mélancolique (« The Hidden Riddle ») et petites mélodies orientalisantes bien sympathiques (« Iskenderun ») vont trouver une place de choix au sein de rythmiques musclées et dynamiques. Souvent comparé à John Petrucci (le soli final de « Blink of an Eye » est éloquent !), Reinholdz trouve cependant sa voie et son style personnel avec aisance et virtuosité. 

Les deux musiciens tout juste mentionnés suffiraient à eux seuls à représenter le groupe mais ce serait ne pas rendre justice à la basse parfaitement intégrée aux compositions (tonalités grasses, effets monstrueux) et à la batterie technique et fantasque qui participent à parts égales aux ambiances et à la cohésion de l’ensemble. 

Alternative saine et crédible aux géants du genre (Dream Theater et Symphony X), cet album est de loin le plus travaillé d’Andromeda en termes mélodiques. L’aspect démonstratif a été quelque peu mis de côté pour l’occasion, ce qui ne signifie pas pour autant qu’Andromeda ait fait table rase du passé: ça et là sont puisés des ingrédients des deux albums précédents qui permettent d’identifier en un rien de temps à qui l’on a affaire. Les nostalgiques du phénoménal instrumental, « Chameleon Carnival » seront d’ailleurs aux anges en en retrouvant des réminiscences dans l’entêtant « Going Under ».

Les fans de la première heure déjà déçus par le deuxième album et qui ne jurent que par des instrumentaux éblouissants de technique et de brutalité ne se presseront peut-être pas trop au portillon de Chimera. Ceux qui en revanche auront apprécié le virage opéré avec Two is One ou ceux pour qui Andromeda ne serait que le nom d’une galaxie lointaine feront immédiatement l’acquisition de cette oeuvre formidable et protéiforme !

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