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28 Octobre 2011

Transatlantic

More is Never Enough

par David Ree

TRANSATLANTIC. Derrière ce nom commercial gentiment grandiloquent se cachent – au vu et su de tous – Stolt Trewavas Morse & Portnoy, un cabinet de musiciens associés de la vieille école, celle du Big is beautiful dont ils comptent parmi les derniers spécialistes dans le monde multipolaire et chaotique d’aujourd’hui. Côté cour, la presse spécialisée cherche désespérément le nouvel esprit du rock progressif à travers les innombrables manifestations du genre mélancolico-dépressif musclé ; côté jardin, d’autres, plus avides de néologisme journalistique, guettent le moindre usage détourné d’une scie musicale par un quatuor à cordes underground ouzbek. De part et d’autre de l’Atlantique, la dernière campagne de communication de nos partisans de la tradition vient rassurer les nostalgiques des illustrations de Roger Dean, leur rappelant que l’on n’en aurait jamais assez…

De quoi, au fait ? Du même rabâchage caractéristique pratiqué depuis le début de l’exploitation du label, à raison d’un album studio pour un enregistrement en direct – ratio peu ordinaire devenu carrément favorable au second avec le dernier en date. Après un Whirld Tour 2010: Live in London à la longueur et à la setlist quasi-identiques, on est bien en droit de se demander de laquelle, de la deuxième variation sur le thème de The Whirlwind dont il puise principalement sa source ou de la copie conforme du produit n-1, ce triple live enregistré à Tilburg et à Manchester est plus proche. Avant même la prise de contact, une odeur de recyclage émane donc de cette super édition au marketing davantage tiré par le bonus exceptionnel sur la version DVD que par le contenu standard.

Il n’empêche : dès les premières notes du premier disque, tout entier consacré à la suite « The Whirlwind », nous voilà encore une fois plongés dans l’univers plus grand que nature des quatre pères fondateurs, pour notre plus grand plaisir et ce, malgré le soupçon de départ. Du frais, en vrac : un accordage délicieux d’un demi-ton plus bas, un tempo enjoué et le groove qui lui est associé, des contretemps inédits ici et là, pas seulement pour le gag scénique. Quid des performances individuelles ? Stolt, gardien de l’équilibre, joue toujours la bonne note et sa prestation vocale, débordante de charisme, se veut une véritable leçon de mise en scène. Trewavas assure une présence solide et audible, distillant au médiator ce qu’il faut de clinquant pour revendiquer l’héritage squirien. Portnoy reste encore et toujours le batteur le plus héroïque de la planète. Le prestataire Gildenlöw remplit son contrat de dépannage sans faire défaut. Le révérend Morse, enfin, a beau lutter dans les registres aigus, sa polyvalence instrumentale est toujours d’actualité et particulièrement mise en valeur par des sonorités littéralement animées – mention spéciale pour le mellotron et l’orgue Hammond.

Les deux autres disques reconstituent sans surprise le portefeuille de classiques du groupe, d’ores et déjà surexploité et à coup sûr générateur de recettes pour au moins quelques années encore. L’entreprise parvient ici, une fois encore, à satisfaire notre soif de grandeur en revisitant ses longs pavés épiques découpés en épisodes multiples, mais toujours régis par un fil conducteur narratif pourvoyeur de sens. Rares sont ceux qui, aujourd’hui, savent autant que Morse faire monter en intensité sur la durée sans artifice, ce qui n’empêche pas que l’ensemble soit exécuté avec une attitude décontractée du meilleur effet. Reste maintenant à espérer que les divas nous épargneront un troisième triple live, et que les ventes du présent album assureront au plus mégalo des quatre quelque compensation financière suite au présumé préjudice dont il prétend avoir été récemment victime.

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