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20 Octobre 2007

Radiohead

In Rainbows

par Jean-Daniel Kleisl
Les musiques dont parle votre site préféré sont en majeure partie le fait d’artistes autoproduits ou pris en charge par de petites structures indépendantes et il est clair que cet aspect va perdurer pour un bon bout de temps ! Ces artistes, sauf de rares exceptions, ne parviennent pas à vivre de leur musique. Toutefois, on voit se développer des initiatives intéressantes de la part de petits labels ou de groupes visant à une promotion par Internet, bref à s’extirper du commerce traditionnel contrôlé par les majors de l’industrie du disque. Certains y ont même réussi à se créer une niche viable et rentable. On pense particulièrement à Marillion sous la houlette de Lucy Jordache ou au label Discipline Global Mobile de Robert Grumpy Old Fripp. Les artistes commenceraient-ils donc à vouloir s’affranchir du système oligopolistique mis en place depuis le milieu des années soixante, face auquel ils n’ont jamais pu faire jeu égal ?

Pour cela, il faudrait que les plus connus d’entre eux en sortent. Cela a été dans une certaine mesure le cas localement avec le dernier album de Prince, distribué gratuitement par un tabloïd britannique (on ne connaît pas les termes du juteux contrat), et, depuis le 10 octobre, de Radiohead. Sans maison de disque depuis 2005, le groupe d’Oxford a décidé de présenter son nouvel album, In Rainbows, en version mp3 sans DRM, de qualité moyenne (160 kbps). Le prix ? « C’est toi qui décide ». Résultat : 1,2 millions de téléchargements à en moyenne 1 ou 2 £. On vous laisse calculer le résultat sachant que le groupe a éliminé tous les intermédiaires possibles. De plus et surtout, Radiohead est propriétaire intégral de son œuvre, contrairement à la pratique courante des grands de l’industrie du disque – pratique dénoncée avec véhémence par un Robert Fripp depuis plus de quinze ans -, ce qui entre autres permet au groupe de pouvoir négocier au meilleur prix des droits de distribution dans la version CD « normale » qui, semble-t-il, paraîtra au début de l’année prochaine. Pour les plus impatients, l’édition limitée deux CD – le deuxième CD contenant huit titres supplémentaires (miam !) –, accompagnée d’un double vinyle, le tout dans un coffret grand luxe (et fort cher), sortira le 3 décembre (merci petit papa Noël !).

Quid de l’aspect primordial, c’est-à-dire la musique ? Certains seraient tentés de dire (et ils l’on fait) : « Tout ça pour ça ? ». En effet, pour la première fois de son histoire, Radiohead se contente de faire du Radiohead et l’on n’assiste pas aux « révolutions » qui ont suivi les sorties de OK Computer et du diptyque Kid A / Amnesiac. Toutefois, In Rainbows est une œuvre tellement aboutie qu’on ne saurait seulement la juger sur l’aspect purement révolutionnaire de la musique qu’il présente. L’album est clairement celui qui possède la plus grande cohérence et homogénéité depuis OK Computer, justement !

C’en est presque étonnant car l’album a été des plus longs et sans doute des plus difficiles à accoucher (près de deux ans !) ! Souvenez-vous des inquiétudes que l’on pouvait percevoir au moment de la tournée européenne de l’été 2006. Les enregistrements faits avec Mark Stent au printemps ne semblaient pas avoir donnés les résultats escomptés – en tous les cas, l’album était loin d’être terminé –, la sortie du disque de Thom Yorke n’indiquait pas que de bons signes. Cette tournée a néanmoins permis au groupe de roder ses nouveaux morceaux, dont certains comme « Nude » étaient déjà joués depuis 1998, et l’arrivée de Nigel Godrich cette année a permis de terminer au mieux l’album. La production semble énorme mais nous pourrons réellement l’évaluer quand le CD – l’objet physique – sera dans le lecteur.

Et les morceaux ? C’est simple, après de multiples écoutes, on peut affirmer pour notre part qu’on navigue à la hauteur – presque – du prestigieux OK Computer, tout en étant conscient que Radiohead va utiliser le meilleur de chaque période de son histoire. Sans pour autant lâcher les bidouillages électroniques (l’excellent « 15 Step », « Reckoner »), le quintette d’Oxford revient à des formats à la fois plus rock (« Bodysnachers », « Jigsaw Falling Into Place ») et surtout plus pop. Radiohead déambule tranquillement entre des morceaux délicieusement aériens comme « Nude » et « Faust Arp » et des titres plus débridés à la manière de « Weird Fishes / Arpeggi ». Et comment ne pas évoquer le superbe mais angoissant « All I Need », l’une des meilleures pièces jamais écrites par le groupe, avec son final à la Sigur Ròs. L’album se termine comme Kid A (« Motion Picture Soundtrack ») mais de manière plus apaisée avec ses accords lancinants de piano (« Videotape »). Si l’on devait citer un titre quelque peu en dessous de ce feu d’artifice, il s’agirait de « House of Cards », qui nous a moins marqué. Ajoutons à cela que Thom Yorke a rarement aussi bien chanté. Les arrangements sont somptueux – on connaît tous l’impact de Jonny Greenwood à ce propos –, même lorsqu’ils sont très dépouillés (« Nude »).

Seul le temps pourra dire s’il s’agit d’un album réellement incontournable. Dans l’attente, ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de ce In Rainbows tout en finesse. De plus, les morceaux inédits que l’on pourra écouter lors de la sortie du coffret s’annoncent des plus excitants si l’on en croit certaines versions live disponibles ici et là. Rendez-vous en décembre !
  • Année: 2007
  • Label: Autoproduction

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