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03 Septembre 2007

Alamaailman Vasarat

Maahan

par Jérémy Bernadou
Derrière ce terme imprononçable se cache un groupe instrumental finlandais, ayant déjà quatre albums à son actif. Né des cendres de Höyry-kone, formation éphémère qui œuvrait dans le progressif expérimental, Alamaailman Vasarat dévoile une musique sans concession, à cheval entre jazz klezmer et metal.
Dès les premières notes, le décor est planté : entre un saxophone omniprésent et des guitares acérées qui ont parfaitement trouvé leur place, le trombone imprime un rythme martial, héritier direct du folklore nordique. Il en résulte un mélange surprenant qui reste malgré tout d’une rare cohérence. Le groupe laisse peu de place aux instants d’accalmie, mais le but recherché n’est pas là. Cette absence de temps mort permet à leur musique d’être encore plus intense, et de dévoiler toute son essence.

L’ensemble est digne de la bande sonore d’un film d'Emir Kusturica : on se croirait au milieu d’une procession funéraire déjantée, à l’atmosphère glauque mais attirante. Les lignes mélodiques se confondent, et chaque instrument contribue à forger cette ambiance si particulière, marque de fabrique du groupe. Alamaailman Vasarat a visiblement diversifié ses propos au sein de morceaux aux horizons plus variés qu’auparavant (« Luiden Valossa, Naapurin Talossa »). La pulsation du piano prend plus de place, appuyant une rythmique déjà bien touffue.
La production très soignée reste fidèle à leur orientation musicale, et met en lumière l’apport de l’instrumentation étonnante du groupe. Les contributions de l’orgue de barbarie, de la clarinette ou du tuba sont autant de preuves de l’originalité du sextet. Les musiciens en profitent pour se lâcher, exploitant toutes les possibilités que leur offre cet attirail. Les contrepoints audacieux et les passages déstructurés sont donc monnaie courante sur l’album, mais ces techniques restent dans tous les cas au service des titres dans leur globalité. Il n’y a pas d’expérimentation qui fragilise l’ensemble, tout est fait pour que l’auditeur soit constamment surpris et non dérangé dans son écoute.

Leur univers décalé se rapproche de l’esprit de groupes comme Estradasphere ou Miasma & the Carousel of Headless Horses, pour leur aspect barré et sans limite. Avec Maahan, ces Finlandais disposent d’un disque qui risque de marquer les esprits, encore plus que leurs précédents efforts. Grâce à une popularité croissante, le groupe bénéficie d’un public plus réceptif, et conserve ainsi sa démarche sincère qui prend de l’ampleur au fil des albums. Malgré des choix musicaux radicaux, Alamaailman Vasarat réussit à conserver son côté accessible et sa personnalité attachante, reconnaissable entre mille. Peu de groupes arrivent à mettre au point un univers aussi original sans perdre de vue leur authenticité.
  • Année: 2007
  • Label: Wolfgang Records

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