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22 Juillet 2007

The Source

All Along This Land

par Jérôme Walczak
On reproche souvent aux groupes estampillés « néo-progressifs » leur absence d’originalité patente : trop d’ancrage dans le passé mythique des années 70 et 80. Trop peu d’inventivité dans les compositions ou les productions sont les remarques les plus courantes. Très rapidement, le tour du propriétaire serait fait dès qu’un nouvel album ou un nouveau groupe fait son apparition. On dit, l’air pincé et pénétré : « ça ressemble à, au choix, Yes, Genesis, Pink Floyd, Marillion, mais ça n’est pas pareil, tout de même… ». Dans ce cas, à quoi bon écouter de nouveaux disques ? Que cherche-t-on ? L’originalité ou le plaisir de l’écoute ? Parions au moins pour cet album que c’est le plaisir qui sera garanti, et laissons de côté le jeu des « oui mais ça ressemble à… ». On n’écoute pas un disque avec une encyclopédie sous les yeux, on l’écoute avec son cœur et son émotion. Sur ce point, la source est loin d’être tarie…

Ainsi, en un mot comme en cent, on pourra reprocher à All along this Land d’être un des meilleurs albums de Yes entendu depuis ces vingt dernières années. Et alors ?

Ce n’est ni une critique, ni une manière de dire qu’il faut négliger ce disque qui est une bien belle surprise. Commençons d’abord par une production irréprochable : chaque instrument a sa place, la voix de Aaron Goldich n’est pas trop envahissante, elle est juste et rappelle un peu celle de Roine Stolt, en plus jeune ou encore celle du chanteur de Satellite. Il y a effectivement un peu de Flower Kings dans cet album : « The fall of Babylon » sera ainsi familier aux amateurs des Rois des Fleurs hollandais…

L’effet immédiat, dès la première écoute, c’est cette parenté subtile avec le magnifique Relayer de Yes : nous ne sommes toutefois pas dans la violence inhérente à ce grand et beau disque, chaque mélodie est très calmement amenée, sans transition bruyante, sans qu’un instrument prenne le pas sur un autre. L’enchaînement épique « All along this land » pourra ainsi rappeler sans difficultés « The gates of Delirium », la violence et la dureté en moins.

Ce qui capte l’attention dans ce disque, c’est l’équilibre et la mesure. Nous n’avons pas affaire ici à la moindre figure de style : les instruments ne prennent pas une place trop proéminente, les petites mélodies au piano, rappelant un peu Collage, ne sont pas omniprésentes, la batterie vient marquer le tempo sans nous assourdir, et les guitares se fondent à merveille dans cet ensemble très homogène. Une mention spéciale pour la basse qui donne un effet jazz assez hypnotique (« Bridges »), annonçant un final plaisant faisant penser à celui « d’Au-delà du Délire » de Ange. Impossible de savoir si c’est voulu, le groupe restant assez discret sur ses influences, tout au plus fait-il allusion au rock californien, leur région d’origine. C’est toutefois un argument qui pourrait en séduire plus d’un.

The Source parvient à capter notre attention, parfois avec de magnifiques envolées classiques au piano (« Unspoken Love »), parfois aussi avec de subtiles allusions à toute une cohorte de groupes qui confèrent une véritable légitimité au groupe : on reconnaît Yes, Satellite, et aussi Landmarq, notamment avec « Dreams », qui doit être un des morceaux les plus dynamiques de l’album, car la guitare avance crescendo et donne une tournure tout à fait hypnotique à l’ensemble.

Ce groupe a un bel avenir devant lui car il fait la démonstration d’une parfaite maîtrise des instruments, des influences et on ne peut s’empêcher de prendre un évident plaisir à l’écouter. Il n’est pas évident que le néo-prog soit promis à un grand avenir, tout simplement parce qu’il reste engoncé dans des traditions désormais convenues et classiques. Néanmoins, de bonnes interprétations, de bonnes idées, simplement de bonnes idées, permettent de conserver la part de magie que tout amateur de prog recherche en écoutant et découvrant un nouveau groupe.
Longue vie à eux.
  • Année: 2007
  • Label: Under the Sun Records

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