Dossier

NED Forever

10 Février 2010

Requiem ou renaissance ?

par Jean-Daniel Kleisl
La salle de concert du NED à Montreux, menacée de fermeture par la volonté de vente de sa banque propriétaire, a organisé un festival de deux mois pour « célébrer » sa fin. Depuis novembre, chaque week-end était consacré à un style de musique différent. Le rock progressif eut aussi droit de cité pour une soirée des plus agréables avec Colorblind, Zek et Real en tête d'affiche. A noter que la soirée précédente fût marquée du sceau metal prog avec Evolve. Fût-ce réellement le chant du cygne ?

Colorblind

Les festivités commencent avec ce groupe tout sauf progressif. Les Valaisans naviguent dans un folk rock de bonne facture, assez proche dans l'esprit d'un Jeff Buckley ou de Coldplay pour les mélodies « popisantes » qu'ils développent. Si l'originalité n'est pas le point fort de la formation, celle-ci possède un son qui lui est propre et qu'on doit à son guitariste principalement ; ou plutôt à son fameux combo Gibson / Marshall dont le son n'a jamais vraiment pu être égalé depuis les quarante-cinq années qu'il a été inventé. A la fois crémeuse et cristalline, la guitare enlumine avec finesse les compositions des deux albums du groupe, dont le tout frais Anywhere Out of the World. On regrettera toutefois que le chant soit souvent trop poussé dans des aigus qui finissent par lasser, malgré la superbe amplitude de la tessiture du chanteur. Quand celui-ci évolue dans un registre plus grave, à la manière de Bertrand Cantat, le résultat est stupéfiant de beauté, à l'instar de la reprise somptueuse de « Always on My Mind ». Les Valaisans seront en tournée durant tout les mois de février et mars.

Zek

Complètement inconnu au bataillon, Zek est un jeune groupe qui possède une expérience de plus de quinze années derrière lui, avec pour l'instant deux albums à son actif : The Jabber wock (1999) et Closed (2004). Il semble qu'ils soient prêts à enregistrer du nouveau matériel pour autant qu'ils parviennent à trouver les fonds nécessaires. Sur scène, les Genevois, qui jouent assez rarement devant un public, ont une présence aussi interpellatrice qu'une brosse à dents dans une salle de bain. Ce n'est donc pas par le visuel qu'ils s'imposeront. Ce n'est pas non plus la voix quelque peu quelconque du chanteur-claviériste ni les sons parfois cheap sortis des entrailles de son matériel qui émerveilleront les oreilles ! Alors quoi, doit-on balancer aussi sec le bébé avec l'eau du bain ? Non, car ce serait manquer quelque chose de vraiment spécial : des structures tarabiscotées pour des compositions bien efficaces, des ambiances joliment sombres, des musiciens qui jouent des mélodies de danseurs de serpent en mode télépathique. Dit autrement, il nous a été bien rare d'entendre un groupe aussi progressif dans l'âme ces dernières années, du prog de chez prog qui accroche avec des compositions relativement courtes pour le genre. On pense à Frank Zappa sans les soli (il n'y en a quasiment pas chez Zek !) ou à Gentle Giant sans les voix, avec une section rythmique d'horloger sur laquelle se superposent les entrelacs souvent géniaux des guitares et des claviers. Si Zek parvient à améliorer ses sonorités (voix et claviers), c'est-à-dire la forme mais pas le fond, il est certain qu'on reparlera d'eux !

Real

Tête d'affiche de la soirée, les quasi régionaux de l'étape ont confirmé une fois de plus tout le bien qu'on pense d'eux. Leurs compositions assez originales et fraîches font toujours mouche. Real se concentre cette année sur des nouveaux titres, peut-être moins emberlificotés que par le passé, mais aussi plus directs. Seul « Un-faced » reste le survivant de l'ancien répertoire. Présence scénique, bonne humeur, musique de qualité qui ne se prend pas la tête même si elle reste complexe, tels sont les ingrédients d'un concert de Real. Le public clairsemé en demande à nouveau ! Renaud Delay et Dylan Roth se partagent le chant avec une compétence certaine, même si l'on sent qu'ils sont avant tout claviériste pour le premier et guitariste pour le second. Ajouter à cela une section rythmique des plus efficaces et l'on obtient un concert de bien bonne qualité même si un peu court. Eh oui, quand on aime...

Finalement, cette sympathique soirée a bénéficié en plus d'une rumeur sous forme de bonne nouvelle à venir. Le Ned Forever Festival, le plus long (deux mois) et le plus grand festival jamais organisé dans cette salle, ne sera en effet pas son chant du cygne puisque – on l'apprit ensuite – la Commune de Montreux a racheté le complexe à la banque propriétaire, permettant ainsi à ses occupants d'y rester, en tous les cas pour un temps. La reprise des concerts est prévue pour le mois de mars. A noter que la quasi intégralité des concerts du NED est, ou sera disponible sur le site http://www.live-in-montreux.ch/ ainsi que sur Youtube directement.

Galerie

Photos par Claude Wacker

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