Interview

Transatlantic

13 Novembre 2009

Transatlantic

par Jean-Philippe Haas

ENTRETIEN : TRANSATLANTIC

 

Origine : international
Style : progressif classique
Formé en : 2000
Composition actuelle :
Neal Morse - chant, claviers, guitares
Mike Portnoy - batterie, chant
Roine Stolt - chant, guitares, mellotron
Pete Trewavas - basse, chant

Le miracle a eu lieu. Quelques prières de fans et la volonté de Neal « Father » Morse auront suffi à ranimer Transatlantic et à jeter le dirigeable géant dans un nouveau tourbillon musical. Tailler le bout de gras avec l’ex-Spock’s Beard permet donc d’en apprendre davantage sur ce nouveau mastodonte. Une occasion rêvée pour soutirer au padre quelques précieuses informations sur la suite des événements et ses projets personnels.

Progressia : Parlons pour commencer de ton dernier album. La première fois que j’ai écouté Lifeline, ça m’a rappelé l’album V de Spock ‘s Beard : deux longs titres épiques qui encadrent des morceaux plus courts, dont certains au fort potentiel commercial. S’agit-il d’une coïncidence ?
Neal Morse
: Oui, vraiment. Cela dit, en enregistrant Sola Scriptura, Mike Portnoy m’a dit qu’il aimerait qu’on réalise un disque dont la structure ressemblerait davantage à celle de The Kindness of Strangers ou à V. A la place de longs morceaux conceptuels, les gens ont parfois envie d’entendre des titres plus courts. C’est donc ce qu’on fait l’année suivante.

En marge de tes productions prog’, tu écris de la musique pour ta série des Worship Sessions. A qui sont destinés ces disques ?
C’est essentiellement le même public. Mais, franchement, je n’en vends pas beaucoup. J'enregistre ces disques avec mon cœur. J’aime la musique qui parle de foi, c’est ma manière de m’adresser au Seigneur. Lorsque je compose, je me mets à la place de ceux qui se rendent au culte, je pense à ce qu’ils aimeraient y entendre comme musique. J’essaye de répandre mon amour du Seigneur autant que je le peux et j’aime faire des choses très différentes. Je ne voudrais pas me cantonner au progressif, j’aime la pop et bien d’autres styles musicaux.

Justement, serais-tu tenté de composer un jour quelque chose de vraiment différent, comme un disque de country ou de jazz ?
J’ai écrit des titres country, mais je ne pense pas en écrire un album entier. Et je ne suis pas assez bon pour faire du jazz... Il faut être un musicien brillant si tu veux en jouer. J’ai adoré participer à l’album de mon frère [NdlR : Alan Morse, guitariste de Spock ‘s Beard], Four O’clock & Hysteria qui a des côtés jazz fusion. C’était très amusant.

Tes anciens camarades de Spock’s Beard ont décidé de devenir indépendants et de s’autoproduire afin d’éviter que leurs futurs disques ne soient disponibles sur la toile avant leur sortie. Quelle est ton opinion sur cette stratégie ?
C’est une approche assez intéressante et je suis curieux de voir comment cela va marcher. C’est une expérience à tenter dans tous les cas.

Venons-en à Transatlantic et à la question obligatoire : quelle est la raison de cette reformation ?
Pourquoi maintenant, n’est-ce pas ? La version courte serait : j’ai pensé que c’était le bon moment. Pour la version longue, revenons un an et demi en arrière, voire un peu plus. Je dinais avec un ami et nous parlions de la symbolique du tourbillon [NdlR : « whirlwind », en anglais]. De nombreux passages dans la Bible y font allusion. Dieu a parlé à Job à travers un tourbillon, par exemple. Mon ami m’a dit : « tu devrais écrire un long titre épique sur ce concept de tourbillon et employer Transatlantic pour l’enregistrer. Ce groupe, ce pourrait être un peu comme les quatre vents, le nord, le sud, l’est et l’ouest, ou quelque chose comme ça ! ». (rires) J’ai ri de cette idée saugrenue. Pourtant, quelques mois plus tard, j’y ai repensé et je me suis dit que même si Transatlantic ne serait pas de la partie, il fallait que j’écrive cette pièce. J’ai donc composé une demo d’une quarantaine de minutes appelée « The Whirlwind ». Un an plus tard, j’ai souhaité que les gars de Transatlantic se réunissent à nouveau pour l’enregistrer. Lorsqu’on se réunit tous les quatre, c’est un peu comme partir à l’aventure, on ne sait jamais exactement jusqu’où ira le vaisseau. Le résultat est toutefois très différent de ce qu'était « The Whirlwind », mais j'en suis très content.

D’une certaine manière, tu es donc le compositeur principal de cet album...
Je ne dirais pas cela. Nous n’avons gardé qu’une quinzaine ou une vingtaine de minutes de ma demo. Nous avons beaucoup jammé et avons imbriqué ce qu’ont apporté Roine et Pete. Il s’agit davantage d’un travail de collaboration.

Êtes-vous entrés en contact avec Daniel Gildenlöw ? [NdlR : leader de Pain of Salvation, qui a accompagné le groupe en tournée par le passé]
Non, je n’ai pas été en contact avec Daniel depuis longtemps.

L’édition spéciale de The Whirlwind comporte un second CD sur lequel se trouvent quelques reprises. Comment les avez-vous choisies ? Est-ce un choix collégial ou chaque musicien en a-t-il proposée une ?
Un peu des deux, chacun vient avec ses idées et on se dit que reprendre tel ou tel titre pourrait être amusant. On en discute en fin d’enregistrement lorsqu’on a envie de faire quelque chose pour le fun. J’ai suggéré « Soul Sacrifice », Mike et moi avions déjà parlé de « The Return of the Giant Hogweed » précédemment, Roine et Mike voulaient reprendre le titre de Procol Harum [NdlR : « A Salty Dog »] et Pete a proposé « I Need You ». Nous nous sommes rapidement mis d’accord et voilà !

Comment décrire The Whirlwind à quelqu’un qui ne connaîtrait pas le groupe ?
(Silence) Je lui dirais : « C’est vraiment très long ». (rires). Je lui conseillerais de se lancer, de l’écouter plusieurs fois attentivement. Quatre écoutes au moins sont nécessaires pour appréhender le tout. Il ne faut pas écouter cet album comme n’importe quel autre. L'approche doit se faire comme pour la musique classique. Je ne trouve pas de meilleure façon de décrire le disque. Il grandira en vous, et une fois que vous en aurez capturé la substance, vous comprendrez la relation qu’il existe entre « The Whirlwind » et une pop song.

J’ai relevé quelques voice-over [NdlR : procédé qui consiste à inclure des messages parlés sur les titres d’un disque] sur l’exemplaire promotionnel de The Whirlwind. Je suppose que c’est votre façon de lutter contre le piratage. Est-ce une décision personnelle ou celle de votre label InsideOut Music ?
C’est une décision que nous avons prise ensemble. Il me semble également que Dream Theater n’envoie plus de promos désormais car il y a toujours des fuites. Nous avons souhaité continuer à envoyer des exemplaires promotionnels tout en disposant d’une protection. Ce qu’on entend sur le disque promo reste néanmoins assez amusant.

Penses-tu que ce soit efficace ?
Je ne sais pas, je l’espère !

Certains groupes actuels comme Muse, The Mars Volta ou Porcupine Tree se réclament du prog, mais proposent une musique résolument moderne. Transatlantic peut-il évoluer dans ce sens ?
Je ne sais pas, nous sommes ce que nous sommes et nous faisons ce que nous savons faire. Tout le monde est marqué par la musique qu’il aime, mais je ne me sens pas particulièrement influencé par tel ou tel artiste, ni même par ce que disent les gens. Je serais surpris si Transatlantic changeait son fusil d’épaule.

Pensez-vous jouer le disque en concert dans un futur proche ?
C’est quelque chose dont nous avons parlé. Il n'est donc pas impossible que cela se fasse l’année prochaine. Ce n’est pas une certitude, mais on espère vraiment pouvoir monter sur scène.

Hormis Transatlantic, quels sont tes projets futurs ?
J’ai écrit une comédie musicale sur la vie de Jésus [NdlR : Allelujah ! Cela devait immanquablement arriver, n’est-ce pas ?]. J’espère pouvoir concrétiser ce projet d'ici quelques mois. J’ai également dans mes tiroirs un projet « secret » qui impliquerait des personnes avec lesquelles je n’ai jamais travaillé auparavant. Rien de certain, mais on en parle. Par ailleurs, un triple album en concert est sur le point de sortir chez InsideOut Music. Il s’intitule So Many Roads – Live in Europe et contient trois heures et demi de musique. L’album renferme également de bonnes versions d’anciens titres de Spock’s Beard, de Transatlantic et de mes disques en solo.

Le mot de la fin ?
Le mot de la fin ? « Dieu nous a donné la musique pour que nous puissions prier sans les mots. »

Propos recueillis par Jean-Philippe Haas

site web : Transatlantic

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