Dossier

Gods Of Metal

27 Août 2007

Gods Of Metal

par Jean-Philippe Haas

CONCERT : SYMPHONY X / DREAM THEATER

  Artistes : Symphony X et Dream Theater
Lieu : Gods of Metal
Date : 03 juin 2007
Photos : Famille Haas

Depuis le Gigantour 2005, une belle histoire d’amour est née entre Symphony X et Dream Theater. Sur les conseils avisés de Mike Portnoy, la « bande à Romeo » s’était ainsi vue invitée à la première édition du festival itinérant créé par Dave Mustaine (Megadeth). Et c’est par un beau dimanche de juin qu’ils se retrouvent, deux ans plus tard, au festival Gods of Metal, début d’un rodage qui se concrétisera en octobre pendant la tournée européenne de Dream Theater, dont Symphony X assurera la première partie sur quelques dates.

Set-list Symphony X : Of Sins and Shadows - Domination - Inferno - Smoke and Mirrors - Serpent's Kiss - Communion and the Oracle - Set the World on Fire - Sea of Lies

Set-list Dream Theater : Images & Words (Pull Me Under - Another Day - Take the Time - Surrounded - Metropolis Part I - Under a Glass Moon - Wait for Sleep - Learning to Live) - Home - As I Am

Un grand soleil accueille les quelques milliers de metalheads italiens et un parfum de vacances flotte sur l’Idroscalo, coin de verdure jouxtant un plan d’eau de la banlieue de Milan. Une grosse averse a détrempé le sol la veille, le rendant boueux… mais la boue n’est-elle pas l’incontournable invitée de tout festival en plein air qui se respecte ?

Arrivé alors que le show a déjà débuté, votre serviteur n’aura pas l’occasion d’apprécier la performance d’Anathema à sa juste valeur. Force est de constater cependant que la foule n’est pas en délire, malgré de respectueux applaudissements, et que les compositions plus atmosphériques que métalliques du groupe ne déchaînent pas la passion de la plupart des headbangers locaux, si ce n’est celle des connaisseurs. A peine le groupe a-t-il fini de jouer que la foule se fait soudainement plus nombreuse. Ovation lorsque la banderole Symphony X fait son apparition. Encore quelques minutes pour la balance et l’ouragan attendu pourra souffler.

Et il va se déchaîner pendant trois quarts d’heures. Les Américains, devant le peu de temps qui leur est accordé, ne laissent pas aux spectateurs l’occasion de souffler bien souvent, enchaînant les titres les plus redoutables d’efficacité de leur répertoire. C’est avec un son énorme que « Of Sins and Shadows » ouvre le bal. Russell Allen, bien décidé à conquérir la foule, entonne le standard absolu du groupe tandis qu’emmené par son enthousiasme et un faux pas, il se vautre spectaculairement dans la fosse de sécurité… chute sans gravité heureusement ! Comme si de rien n’était et plus à l’aise que jamais, le puissant vocaliste de Symphony X ne va cesser de haranguer la foule. « Are you ready to rock ? ». Prêts, les fans le sont, y compris lorsque lorsque Michael Romeo se lance dans le riff dévastateur de « Domination ». Qu’ils s’agisse des heureux privilégiés connaissant déjà le titre ou de ceux qui le découvrent en direct, l’enthousiasme est unanime et on peut supposer sans peine que Symphony X tient là un nouveau classique.
Ce n’est qu’avec « Communion and the Oracle » que les spectateurs – et leurs tympans – disposent d’un instant de vague repos. Les Américains, dont la notoriété commence à s’étendre, veulent marquer les esprits en démontrant qu’ils sont capables d’autant de fureur que de finesse, d’autant de technique que d’efficacité, à l’image de « Set the World on Fire », hymne très glorieux tiré de Paradise Lost qui joue à merveille son rôle de catalyseur.
Pour finir, Russell Allen joue avec le public au jeu classique du « Je ne vous entends pas ! Qui sont les meilleurs ? Les Espagnols ? Les Français ? Les Allemands ? » au mileu d’un « Sea of Lies » survitaminé qui termine le show en apothéose. Les Américains ont laissé le public sur sa faim faute de temps, mais leur prestation royale laisse augurer de bien belles choses pour la tournée à venir !

Dark Tranquility attire la curiosité, et quelques connaisseurs (assez nombreux, d’ailleurs) se chargent de mettre de l’ambiance lors d’une prestation tout à fait honorable bien que monolithique. Dimmu Borgir vient ensuite considérablement gonfler (au sens propre, il faut le préciser) l’assistance et entamer un long show à base de grognements, de poses et de black metal symphonique supposément inquiétant. Le son est excellent, la prestation sans doute également si on se réfère aux vivas qu’elle soulève de la part des spectateurs. Enthousiasme qui va redoubler encore à l’arrivée du heavy metal épique et typiquement teuton de Blind Guardian. Ces adeptes de l’heroïc fantasy drainent une grande partie de la foule présente sur le site des Gods of Metal. Prestation carrée, efficace, bien garnie de classiques et bruyamment saluée par les amateurs.

A l’issue de ce concert, un brusque mouvement de foule s’opère : un bon tiers des spectateurs quitte le parterre pour être remplacé par un autre tiers… à l’évidence, les publics de Blind Guardian et de Dream Theater ne sont pas tout à fait les mêmes ! Pendant la balance, des cris s’élèvent à chaque fois qu’un roadie touche le drap noir dissimulant religieusement la batterie de Mike Portnoy. A quoi va-t-elle bien pouvoir ressembler cette fois-ci ?
Pour leur première prestation depuis la tournée Octavarium, les Américains sont attendus au tournant, d’autant plus que Systematic Chaos sort le lendemain. Un nouveau titre en ouverture du concert semblerait presque logique… et pourtant, lorsque le groupe entre en scène, ce sont les premières notes de « Pull Me Under » qui résonnent. Après une demi seconde de surprise, c’est l’ovation. Le morceau est repris en chœur de bout en bout par les fans heureux puis James LaBrie vient s’adresser aux fans ravis mais circonspects : pour fêter le quinzième anniversaire d’Images and Words, le groupe a décidé de jouer l’album dans son intégralité ! A peine l’assistance a-t-elle le temps de réaliser que débute « Another Day ». Et les titres s’enchaînent, repris par la foule et interprétés à la quasi-perfection, y compris par Jordan Rudess qui a droit à quelques intros et soli supplémentaires par rapport aux originaux. James Labrie, dont les prestations s’améliorent sensiblement au fil des années, est en très grande forme, interprétant sans difficultés les parties les plus ardues de l’album. Outre les enluminures citées plus haut, le public aura droit sur « Surrounded » à l’une de ces magnifiques digressions dont le groupe a le secret : une partie du solo de « Mother » (Pink Floyd) auquel s’enchaîne le final de « Sugar Mice » (Marillion). Quelques connaisseurs s’échangent un regard entendu... Dream Theater est heureux de jouer, cela se voit et s’entend. Mike Portnoy vient même faire un peu de provocation en s’éclipsant sur « Wait for Sleep » pour revenir affublé du maillot de l’Inter de Milan. Les supporters du club concurrent ne doivent néanmoins pas être nombreux (ou susceptibles) ce soir puisque « Mike The Camel » (slogan affiché sur un tee-shirt envoyé sur scène que Portnoy brandira un peu plus tard) recueille une acclamation généralisée.
Au final, Images and Words se trouve rallongé d’un bon quart d’heure. Le groupe se retire dès la fin de « Learning to Live »… et revient quelques instants plus tard pour compléter sa prestation pour le moins particulière avec deux rappels de choix, « Home » et « As I Am », qui finissent de combler les fans. Aucun titre de Systematic Chaos n’aura donc été interprété, mais qu’importe, il sera bien temps de découvrir l’album sur la tournée d’automne. Pour l’instant, le public savoure cette petite attention spéciale dont il a eu la primeur.

Au terme de cette brillante prestation, votre serviteur laissera une foule béate se préparer pour le dernier concert, celui du « super-groupe » Heaven & Hell (Dio, Iommi, Butler, Appice).

Jean-Philippe Haas

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