Interview

Stream Of Passion

11 Novembre 2005

Stream Of Passion

par Dan Tordjman

ENTRETIEN : STREAM OF PASSION

 

Origine : Pays-Bas / Mexique
Style : Metal Atmosphérique
Formé en : 2004
Line-up:
Marcela Bovio – chant, violon
Arjen Lucassen – guitare
Lori Linstruth – guitare
Johan van Stratum – basse
Alejandro Millan – piano
Davy MIckers – batterie
Discographie :
Embrace The Storm (2005)


On a longtemps parlé de Stream Of Passion, le nouveau projet d’Arjen Lucassen, monté pour révéler au grand jour les talents de Marcela Bovio. Aujourd’hui, la lumière est enfin faite. Avec Embrace The Storm, la jolie Mexicaine peut exprimer son talent sur un album « rien que pour elle ». Et la belle était fort enthousiaste, lors du coup de fil qu’elle nous a passé du Mexique pour nous livrer quelques secrets sur ce nouveau-né… La rencontre de visu, qui hélas, n’a pu se faire, sera pour février prochain.

Progressia : Marcela, tu as été révélée au grand public par ta contribution à The Human Equation. Peux-tu nous dire quel fut le point de départ de Stream Of Passion ?
Marcela Bovio
: Après avoir enregistré mes parties pour The Human Equation, je suis resté quelques temps chez Arjen et nous avons commencé à échanger quelques idées. Il était le premier surpris d’autant d’interactivité et de créativité entre nous, et je crois que c’est à ce moment-là qu’il a pensé qu’on pouvait entreprendre quelque chose de très intéressant (Rires). Peu de temps après la sortie de l’album, il m’a envoyé un e-mail pour me présenter un projet aux antipodes d’Ayreon, dans une mouvance plus atmosphérique et également plus symphonique. Il m’a laissé carte blanche pour les lignes de chant. C’était une aventure très excitante.

On a pu remarquer qu’Alejandro, qui officie à tes cotés dans Elfonia, fait également partie de l’aventure. Est-ce toi qui l’a embarqué ?
Tout remonte à l’époque où Arjen cherchait des chanteurs pour le nouveau disque d’Ayreon. Je lui ai envoyé un CD d’Elfonia pour qu’il se fasse une idée, et le jeu d’Alejandro lui a plu. Comme Alejandro était présent lorsque j’ai enregistré mes parties, ils ont pu bavarder et le contact s’est noué ainsi. Arjen lui a fait part, peu de temps après, de son nouveau projet. Il ne voulait pas de synthétiseurs mais des parties de piano tout ce qu’il y a de plus pur.

Il faut quand même revenir sur la formation du groupe qui est assez inédite : tu as envoyé ton CD, Lori Linstruth faisait quant à elle partie de la liste de discussion consacrée à Ayreon…
Effectivement, Lori faisait partie de cette liste. Arjen est allé sur son site et a été emballé par les vidéos qu’elle y avait mises en ligne. Davy, le batteur, a lui aussi été remarqué lors d’un concours pour lequel il fallait enregistrer une version du single « Day Eleven : Love » de The Human Equation. Et il se trouve que Davy connaissait Johan, notre bassiste, qui avait été par ailleurs recommandé à Arjen. Tu parles d’une coïncidence ! (Rires). De plus, Johan a fait la Rock Academy, ce qui laisse augurer de son niveau (NdLR : il s’agit d’une école de musique hollandaise reconnue, d’où est notamment sorti Rob van der Loo de Sun Caged et dont l’équivalent français pourrait être le MAI de Nancy).

Tu mentionnais tout à l’heure que les lignes de chant et les paroles sont de ta plume. Qu’en est il de la musique ? Arjen en a-t-il composé la totalité ou bien est-ce le résultat d’un travail de groupe ?
Toute la musique à été composée par Arjen, mais les autres musiciens ont eu carte blanche pour réarranger leurs parties. Je crois qu’il est nécessaire de préciser qu’au début, Arjen m’envoyait des démos très basiques, brutes de décoffrage, avec uniquement une guitare acoustique. Vous pouvez d’ailleurs les entendre sur le DVD qui accompagne l’édition bonus d’
Embrace The Storm. Il s’agissait principalement d’accords de guitare sur lesquels j’ai ajouté mes lignes de chant. Je lui renvoyais ensuite mes parties, et il se remettait au travail en réarrangeant ses guitares. Je pense d’ailleurs qu’il n’a pas dû apprécier les moments où les autres musiciens ont apporté leurs idées (Rires). Car une fois qu’il croyait avoir tout fini, il fallait encore en repasser une couche (Rires) ! Donc, les envois de fichiers MP3 ont fusé de tous les cotés. Je reconnais volontiers que c’est une manière inhabituelle de composer et d’enregistrer un album mais cela a bien fonctionné. Je suis pour ma part surprise de la tournure prise par l’ensemble.

Tu précisais plus tôt que la direction artistique de cet album était tout sauf progressive. Or, ce coté plus atmosphérique, Arjen l’avait déjà exploré avec Ambeon, il y a quelques années. Vois-tu des points de convergence entre cet ancien projet et Stream Of Passion ?
Oui, nettement : d’une part, le fait qu’il n’y ait qu’une seule personne en charge du chant et, d’autre part, le fait qu’il s’agisse de chansons plus directes. Je pense cependant que Stream Of Passion est tout de même plus intense et plus heavy qu’Ambeon. Je pense aussi qu’il est un peu plus varié : des titres comme « I’ll Keep On Dreaming » ou « Deceiver » ont des petites touches jazz que l’on doit à Alejandro. Bien sûr, on retrouve également une grosse empreinte progressive d’Arjen.

Nous avons également été surpris de constater qu’en plus de tes cordes vocales, tu manies aussi celles du violon, au travers de petits interludes…
Il faut savoir que la plupart des sections de cordes que vous entendez sont jouées par un quartet. Arjen a eu l’idée de les faire figurer au générique et les a enregistrés chez lui. J’ai pour ma part enregistré et composé les parties de violon solo. En fait, tout a commencé par un enregistrement supplémentaire d’une partie de piano : nous nous sommes retrouvés à improviser et je me suis dit qu’avec mon violon cela sonnerait mieux. Et voici le résultat !

Combien de temps a-t-il fallu pour enregistrer Embrace The Storm ?
En fait, j’ai enregistré la majorité de mes lignes de chant chez moi, au Mexique. Pour le reste, ce fut assez expéditif : Davy a mis ses parties de batterie en boîte en deux jours, une seule journée a été nécessaire à Johan pour ses pistes de basse. Le chant a pris plus de temps puisqu’il a été enregistré de manière plus ou moins sporadique. Mais, mis bout à bout, cela m’a pris environ deux semaines. Par la suite, nous avons passé deux autres semaines aux Pays-Bas pour peaufiner et terminer certaines pistes de chant, de piano et de violon. Enfin, nous avons fait les sessions photo et tourné la vidéo pour « Passion ».

Un DVD accompagne l’édition limitée de l’album. Peux-tu nous dévoiler son contenu ?
La vidéo du single « Passion » et son making of y figureront, ainsi qu’un documentaire réalisé pendant les enregistrements de l’album. On nous voit répétant certaines chansons de l’album. Il y a également une vidéo de Davy lors de l’enregistrement de ses parties de batterie, ainsi que les versions démos dont je t’ai parlé auparavant. L’intérêt de ces démos est qu’elles n’ont plus grand-chose à voir avec les versions définitives. L’évolution de ces titres est assez intéressante à suivre.

Embrace The Storm contient des titres directs et accrocheurs comme « Deceiver » et à l’inverse des titres plus difficiles d’accès…
Je partage cet avis. Pour ma part, je trouve bien d’avoir des titres faciles à digérer et d’autres qui réclament un peu plus de concentration et d’attention pour bien les apprécier.

N’as-tu pas peur que Stream Of Passion soit rangé ou catalogué aux côtés de « groupes à chanteuses » comme The Gathering, Within Temptation ou Nightwish, et que des comparaisons soient établies ?
A quoi bon avoir peur ? On n’échappera jamais aux comparaisons. C’est couru d’avance : avec une chanteuse dans un groupe, les fans se diront qu’on sonne comme un tel ou un tel.

Reconnais tout de même que cela peut devenir pénible à la longue !
Non pas vraiment (Rires) ! Si cela peut faire en sorte que des gens s’intéressent à nous, pourquoi pas. Nous sommes prêts à faire avec. Les fans sont lucides : il y a quand même un monde entre The Gathering et nous. Nous sommes un poil plus rentre-dedans et notre musique contient plus d’éléments gothiques. De là à nous mettre dans le même panier parce que ce sont deux « groupes à chanteuses », c’est aller vite en besogne. Je pense sincèrement qu’Embrace The Storm a son lot de surprises et qu’il étonnera beaucoup d’auditeurs, je l’espère du moins.

Est-ce que ta participation à The Human Equation a contribué à faire connaître un peu mieux ton autre groupe, Elfonia ?
Absolument. Beaucoup de fans d’Ayreon ont manifesté de l’intérêt pour Elfonia. C’est gratifiant, d’autant plus qu’Elfonia n’est pas musicalement similaire à Ayreon et Stream Of Passion. Mais leur curiosité a été éveillée et c’est tant mieux.

Avant ta participation à The Human Equation, étais-tu intéressée par le progressif ou bien es-tu une totale néophyte en la matière ?
Cela fait un moment que je m’intéresse au rock progressif, en particulier des ténors du genre comme Pink Floyd, Rush, ELP ou King Crimson, mais aussi à des groupes plus récents comme Porcupine Tree et Ayreon. On retrouve d’ailleurs des éléments progressifs dans la musique d’Elfonia.

C’est une question un peu rituelle : peux-tu nous dire quels sont les artistes que tu écoutes en ce moment ?
D’une manière générale, j’aime écouter beaucoup de choses différentes… En ce moment, j’écoute beaucoup Muse, Pat Metheny et Dave Holland.

Stream Of Passion va tourner en Europe. Tu dois être impatiente d’arpenter les scènes du Vieux Continent !
Oh oui ! De plus, c’est la première fois que je pars en tournée donc je suis comme une petite fille à qui l’on a offert une nouvelle poupée. Ce sera génial !

C’est surprenant et pour le moins inhabituel de voir un groupe partir en tournée en tête d’affiche avec un seul album à son actif. Tout porte à croire que vous jouerez des nouveaux morceaux ou des titres inédits. Sera-ce le cas ?
Non, le concert sera bien évidemment axé autour de Stream Of Passion mais nous interpréterons également des titres d’Ayreon. Je trouve que c’est un bon compromis car beaucoup de personnes trépignent d’impatience de voir Arjen en concert. Nous jouerons donc ces titres pour les fans. Damian Wilson ouvrira nos concerts sur cette tournée et je suis à la fois ravie et impatiente de le voir. Je suis une fan de Damian, c’est un chanteur très talentueux. J’ai beaucoup aimé ce qu’il a fait sur Star One. J’espère que les fans français seront nombreux à assister à ces concerts.

Y a-t-il une scène progressive au Mexique ? On sait que se tient chaque année le Baja Prog Rock Festival et que des groupes reconnus comme Arena, After Crying, John Wetton, Isildur’s Bane, Anekdoten ainsi que des groupes français comme Ange, Eclat et Minimum Vital ont figuré sur les affiches au fil des ans. Comment se fait-il que tout ce beau monde n’arrive pas à faire naître des vocations dans ton pays ? Est-ce que tu penses que Stream Of Passion ou Elfonia pourraient avoir un jour leur place à l’affiche du Baja ?
C’est envisageable dans la mesure où nous connaissons certaines personnes du staff d’organisation du festival. Et j’en profite pour dire qu’ils font un travail remarquable car des noms prestigieux sont présents d’année en année sur l’affiche. C’est dire à quel point la crédibilité du festival est forte. Quant à la scène mexicaine, elle existe, cela ne fait aucun de doute. Mais je me suis tenue malgré moi à l’écart de ce qui se fait actuellement dans mon pays. Je sais qu’il y a des groupes talentueux comme Torca ou Cabezas de Cera.

Propos recueillis par Dan Tordjman

site web : http://www.streamofpassion.com

retour au sommaire

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir