Interview

Pineapple Thief

03 Novembre 2005

Pineapple Thief

par Djul

ENTRETIEN : THE PINEAPPLE THIEF

 

Origine : Royaume Uni
Style : Pop progressive
Formé en : 1999
Line-up :
Bruce Soord - Chant, guitares
Wayne Higgins - Guitares
Matt O'Leary - Claviers
Jon Sykes – Basse
Keith Harrison – Batterie
Dernier album : 10 Stories Down (2005)


Après l’apéritif 12 Stories Down, voici le plat de résistance concocté par Bruce Soord, son successeur officiel : 10 Stories Down. Dix morceaux brillants de « pop progressive », fruits d’une année de réflexions et de tâtonnements pour arriver à un résultat… au top !

Progressia : Comment s’explique le retard entre les sorties de 12 Stories Down et de 10 Stories Down ?
Bruce Soord (chant, guitares)
: Cyclops Records (NDR : la maison de disques de The Pineapple Thief) avait planifié une date de sortie pour 12 Stories Down, et l’a communiquée avant que je ne sois vraiment prêt. Au final, le disque est sorti dans la précipitation et je savais au fond de moi que ce n’était pas l’album que j’essayais de réaliser. Avec l’aide de Steve Kitch, qui a pris les rênes de la production et de l’enregistrement (tandis que je me suis mis en retrait), nous avons finalement abouti au disque que nous souhaitions, mais cela nous a pris encore six longs et pénibles mois.

Peux-tu nous expliquer pourquoi 12 Stories Down n’est pas un disque achevé à ton sens ?
D’un point de vue sonore, il est brouillon et sans dynamique. J’en étais arrivé à un point où tout ce que j’ajoutais dégradait le mixage. Pris en son entier, l’album s’affaiblissait en son milieu, et je trouvais qu’il perdait de ce fait tout son équilibre. Mais plus généralement, je sentais que le disque ne faisait pas justice aux morceaux qu’il contenait.

Lorsque tu as sorti 12 Stories Down, est-ce que tu imaginais qu’il y aurait tous ces changements pour obtenir la version finale?
Oui et non. Je me voilais la face à cette époque. Une voix me disait que ce n’était pas assez bon, mais je ne pouvais m’imaginer travailler sur ce disque plus longtemps. Impliquer Steve m’a permis de me concentrer sur l’aspect artistique des choses, c’est à dire depuis mon sofa. C’est seulement ainsi que 10 Stories Down a finalement vu le jour…

Du côté du public, il y a eu un peu d’incompréhension, puisque certains ont acheté une version imparfaite du disque…
Je sais, et je le comprends bien, mais ce n’était pas délibéré. Cependant, 12 Stories Down contient cinq morceaux de TPT qui ne seront jamais disponibles autre part et qui en font un collector.

Comment as-tu sélectionné les dix titres définitifs ?
Je me suis juste fié à mon instinct, même si « Wretched Soul » s’est finalement trouvé sur le disque à la demande de nombreuses personnes qui me l’ont réclamé. Je suppose que j’avais dû oublier combien le titre était bon, puisqu’il s’agissait de l’un des premiers à avoir été enregistrés. Mais vivre avec 12 Stories Down pendant six mois m’a permis de déterminer un ordre plus « organique ». Il me convient en tout cas, même si « Light Up Your Eyes » est peu longue.

Au sujet de ce titre, comment as-tu abouti à un morceau de plus d’un quart d’heure ?
Je n’en ai aucune idée. La première partie, qui figure dans les bonus de 12 Stories Down, était l’un des premiers titres issus des sessions de l’album. J’ai finalisé cette première partie après la sortie de celui-ci, alors que je traversais une phase difficile sur un plan personnel, puisque je quittais mon amie. C’est pourquoi la deuxième partie porte en elle, à mon sens, le désespoir que j ‘ai pu ressentir lors de nos moments les plus pénibles. C’est probablement le morceau le plus « honnête » du disque, mais je n’en avais pas planifié la durée.

Et pour “Wretched Soul”, pourquoi l’avoir mise de côté alors qu’il s’agissait de l’un des titres les plus forts du lot ?
Aucune idée non plus ! Je crois que je me suis égaré, et que j’avais besoin que les fans me rappellent combien j’avais été stupide de la laisser de côté. Je lui ai donc donné une seconde chance, ai demandé à Steve de la remixer, et c’est là que j’ai réalisé qu’elle devait figurer sur 10 Stories Down. Par ailleurs, elle équilibre bien l’album.

Il semble que ce sont les morceaux contenant le plus de parties instrumentales qui ont fait les frais de ta sélection…
C’est vrai, mais rien d’intentionnel, à nouveau. Comme tu le dis dans ta chronique, ce sont les titres les plus accessibles qui ont terminé sur 10 Stories Down. C’est peut être dû à une volonté d’avoir un disque qui coule de source. Mais cela ne veut pas dire que je n’apprécie pas les instrumentaux de TPT.

Penses-tu que TPT est finalement devenu un groupe de pop rock, qui s’est éloigné de ses racines progressives ?
Bonne question. En gros, non, mais je me suis mis dans l’idée de me concentrer sur les morceaux prenants et mélodiques pour 10 Stories Down, même si je pense qu’il reste bien des influences progressives tout au long de l’album. Je crois que le mot « pop » a une connotation bien différente en Grande Bretagne : ici, cela sous-entendrait que tu m’accuses de vouloir monter un boys band !

Vas-tu développer ton goût pour les musiques progressives au sein d’un autre projet ?
J’ai l”intention de sortir le cinquième TPT l’été prochain, et son écriture a déjà commencé. Il s’agira d’un double album, le second étant plus instrumental et plus orienté « musiques de films ». De cette manière, je peux épancher mes deux besoins créatifs.

Quelle a été ta source d’inspiration pour les paroles ? Il semble que suite à ton expérience avec le disque 8 Days, celles-ci traitent beaucoup d’atmosphères et de la vie au quotidien…
Cela résume bien l’idée. Les paroles traitent de problèmes personnels, pas de fiction. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu ce besoin de partager ces émotions avec des milliers d’étrangers, mais pourtant c’est bien ce que j’ai fait. Les paroles sont pour moi la partie la plus difficile du processus d’écriture. Je peux m’inspirer facilement et le retranscrire en musique, mais faire que les mots s’y insèrent avec grâce et sens est très difficile. C’est pour cette raison que mes albums prennent autant de temps à réaliser.

En termes de production, qu’est ce que Steve Kitch a apporté au disque ?
Steve a une sacré paire d’oreilles ! En plus, elles étaient disponibles, alors que les miennes étaient plus qu’usées ! Il a pris tous les titres, remis les compteurs de production à zéro et a remixé le tout. Steve possède également un excellent équipement qui a donné un rendu de production à la fois chaud et transparent… mais ses talents de producteur ont dû aider également. Ce fut vraiment agréable pour moi de me mettre en retrait et de ne prendre que les décisions finales. Par ailleurs, Steve est un bon ami, et je ne travaillerai jamais avec des personnes avec qui ne je ne sens pas à l’aise à 100%.

Vas-tu recourir à un second producteur sur les prochains albums de TPT ?
Tu lis dans mes pensées ! Je pense que c’est évident, mais cela ne se fera que si je trouve la bonne personne. Il serait intéressant de voir ce qu’un producteur extérieur pourrait faire. Steve est avant tout un ingénieur du son, donc je le mettrai à nouveau à contribution sur notre cinquième disque.

Quel est le lien entre l’album et sa pochette (œuvre de l’artiste anglais Mark Davies) ?
C’est assez distant, même si elle aide à transmettre le sentiment de confusion du disque. Lorsque j’ai vu ces images lors d’une exposition, j’ai immédiatement souhaité les avoir pour représenter la musique.

En complément, et pour la seconde fois, tu as composé et enregistré un disque supplémentaire en huit jours. Etait-ce plus simple cette fois-ci ?
Non, au contraire, ce fut plus difficile, et j’étais à court d’inspiration dès le mercredi. Je ne pense pas que je rééditerai l’expérience 8 Days. Je sens que j’en ai retiré ce que je souhaitais. Mais j’aime la direction dans laquelle ce projet m’a emmené, ce qui explique que le disque supplémentaire de TPT5 sera dans une veine similaire : plus instrumentale, plus progressive.

Du côté de la scène, quels sont les concerts à venir ?
Nous allons faire quelques concerts supplémentaires en Grande Bretagne, ainsi qu’une date américaine, mais nous n’avons aucun projet sur le continent européen, même si j’espère y retourner en 2006.

Comment s’est passé votre concert à la convention Marillion et comment avez-vous fini sur la liste des invités ?
Ce fut un bon concert, et nous avons conquis un certain nombre de fans, même si notre performance n’a pas été excellente. Nous avons été sélectionnés à la demande des fans, si mes souvenirs sont bons. Nous sommes ravis d’avoir été conviés, nous les en remercions.

Quelle est ta playlist actuelle ?
Je passe de plus en plus souvent le dernier Elbow, j’attends Pocket Revolution de Deus avec impatience, et je me passe régulièrement du bon vieux progressif vieille école avec Crime of The Century de Supertramp. J’adore ce disque.

Voici désormais quelques questions postées par nos lecteurs. Est-ce que le reste du groupe contribuera plus à l’écriture des prochains morceaux ?
J’en doute. Je composerai toujours seul, mais ils auront (et ont déjà) une influence sur la musique, une fois que nous nous réunissons. Cependant, la musique est quelque chose de si personnel que je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner en « comité ». Par contre, pour ce qui concerne la production, c’est envisageable.

Jouerez-vous en France à nouveau dans le futur ?
Je l’espère bien ! Dès lors qu’il y aura une opportunité, nous viendrons !

Tu as mentionné récemment un projet parallèle avant de t’atteler à l’écriture du nouveau Pineapple Thief. Tu peux nous en dire plus ?
Je crois que ce projet sera en réalité le deuxième disque du nouvel album de Pineapple Thief, sauf s’il mérite au final sa propre sortie. Je voulais faire un disque plus instrumental et progressif et un autre plus acoustique, dans le genre de Geese and the Ghost d’Anthony Philips, mais par Pineapple Thief.

Enfin, que doit-on attendre des trois facettes de ta carrière : The Pineapple Thief, Persona Non Grata et Vulgar Unicorn ?
TPT est plus vivant que jamais, et je n’imagine pas un jour arrêter de sortir des disques sous ce nom. Les actualités de PNG et VU dépendent largement de Neil (NDR : Randall, le partenaire de Soord sur ces deux projets), qui ne compose pas en ce moment, et de Cyclops Records, en fonction de l’argent qu’ils peuvent sortir pour financer ces projets, car ils ne rencontrent pas autant de succès que TPT, ce qui me semble vraiment injuste. En général, je me mets en retrait pour PNG et VU, sinon, les morceaux deviennent trop proches de TPT, si tu vois ce que je veux dire. Mais pour ma part, je continuerai à écrire de la musique jusqu’au bout…

Propos recueillis par Djul

site web : http://www.pineapplethief.com

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