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01 Avril 2007

Okay

Low Road

par Christophe Gigon
Il est bon de signaler, en avant-propos de la chronique de Okay, qu’il est fort agréable de constater que l’équipe rédactionnelle de Progressia a les oreilles ouvertes sur le monde progressif dans le sens le plus riche du terme. En effet, le qualificatif « progressif » a été tellement utilisé de manière mal à propos qu’il en est devenu usé et, par voie de conséquence, péjoratif. Pour certains journalistes frileux de la presse généraliste franco-française et britano-anglaise « bien pensante », le terme s’est même appauvri et épuisé jusqu’à être devenu peu ou prou synonyme de « quelque chose de ringard qui ressemble à Genesis ou à Yes ». Or, il n’en est rien. Les vrais amateurs de cette musique stigmatisée qui ne demande rien de mieux que de ne plus être (négativement) connotée savent qu’il existe un monde (et quel monde !) à côté des groupes précités. Qu’ont Radiohead, Mars Volta, Porcupine Tree ou encore Talk Talk à voir avec Yes ou Genesis ? Une certaine exigence musicale mêlée à une rigueur artistique ayant pour but de porter le fond et la forme de leur propos musical vers des chemins encore peu pédestres. Et non une volonté de créer une niche communautaire avec ses codes, ses tics et ses clichés. Voilà pour cette petite mise au point inaugurale, qui n’est pas sans lien avec la chronique qui va suivre.

Ainsi, le disque dont il est ici question appartient bel et bien au macrocosme progressif dans l’acceptation la plus large (et donc la plus pertinente) du terme. La musique proposée par Marty Anderson, personnage qui se cache sous le concept Okay, évolue dans des eaux agréables et « poppy », légères et mélodiques mais non dénuées de sens. En effet, le concept Okay pratique une musique cousine de celle des Américains de Grandaddy ou du Bowie première période. Okay emprunte les claviers naïfs et enfantins des premiers et les mêle à un format de chanson pop et intelligent tel que celui que proposait l’anglais aux yeux vairons à l’époque. Ce disque, de part sa démarche et son orientation esthétique, peut se targuer d’appartenir bel et bien à un monde qui progresse même si Low Road n’est pas exempt de (bonnes) influences.

Qui est Marty Anderson qui officie sous la couverture Okay ? Marty est un Californien trentenaire qui a déjà œuvré dans moults groupes (ou concepts) dont les plus connus (ou les moins obscurs) sont Dilute, Pinback, Rumah Sakhit ou encore Howard Hello. Steven Wilson a donc trouvé plus agité que lui. Okay est sa dernière création, un « concept pop » qui va lui servir à dépeindre avec causticité et clairvoyance le monde américain dans lequel il vit. Et dire qu’il le connaît et qu’il a le temps de l’observer son « cauchemar américain » est en deçà de la réalité. En effet, Marty est atteint d’une maladie grave et incurable qui l’oblige à rester cloîtré chez ses parents, dans sa chambre-studio d’où il veille…

Et le fruit de ses réflexions forme l’ossature conceptuelle de Low Road. Un album pop formé d’une collection d’une grosse dizaine de titres qui sont autant de médicaments contre la langueur et la bêtise américaines ambiantes. Ce disque, sous ses airs de fausse sieste printanière, recèle des trésors d’analyses pointues véhiculées par de jolies rengaines que l’on pourrait (presque) fredonner sous la douche. Comme si derrière les jolies chansons de Coldplay se cachaient, en plus, des textes forts et provocateurs. Le meilleur des deux mondes en quelque sorte. Une forme facile pour mieux faire passer un fond lourd et indigeste. Comme savent le faire les vrais créateurs de pop musique intelligente. Et la liste n’est pas si longue.

Certes, il reste le problème de la voix de Marty. Celle-ci est fort improbable. Mélange de Vic Chesnut, Tom Waits que l’on aurait passé en 78 tours ou encore Kermitt la grenouille, la voix de Okay est difficile à appréhender. Mais quand le travail d’appropriation et d’acclimatation sont faits, la voix de Marty Anderson se révèle comme ce qu’elle est véritablement : une voix malade, issue d’un corps malade, et qui n’existe que pour dépeindre un monde malade. L’émotion est là tout au long de cette route inférieure.

NB : A signaler que l’album jumeau High Road existe également. Les deux font la paire ! De plus, le prochain album de Okay, déjà porteur du titre Love songs sortira en août 2007.
  • Année: 2006
  • Label: RuminanCe

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