Dossier

Raismesfest 6

10 Octobre 2003

Raismesfest 6

par Dan Tordjman

LIVE REPORT : RAISMESFEST

 

Artistes : Amartia, Alkemyst, Epica, Sun Caged, Freak Kitchen, Evergrey
Lieu :
Raismes
Dates : 13 septembre 2003
Photos : Dan Tordjman

Avouons-le : quel amateur de metal progressif normalement constitué pourrait se priver d’une affiche réunissant entre autres Sun Caged, Freak Kitchen et Evergrey ? En reporters généreux que nous sommes, nous offrons aux malheureux absents un compte-rendu complet de la première journée de la sixième Raismesfest.

Après deux heures de route, un soleil radieux accueille les festivaliers sur le site : malgré une date tardive pour un festival en plein air, pas un seul nuage à l’horizon. La journée sera donc belle, à tous points de vue. Le temps de saluer Tom Englund d’Evergrey, accompagné du nouveau batteur du groupe, Jonas Ekdhal (NdRC : Jonas, dont le patronyme qui signifie « une lentille » en Hindi – le légume, étonnant non ? – n’a rien à voir avec Lisa Ekdhal, la chanteuse de jazz. C’est à sa frappe que cela se perçoit), ainsi que Sun Caged, et le festival débute. C’est aux Français d’Alkemyst que revient la lourde tâche d’ouvrir devant une audience un peu clairsemée. Nos lecteurs les plus anciens se souviendront sans doute que le groupe avait pris part au festival organisé par Progressia en juin 2000. Le nouveau chanteur, l’italien Ramon Messina (également chanteur de Secret Sphere) fait une belle démonstration de son registre vocal, et se fait apprécier par une partie du public. Cependant, si l’homme possède un organe tout à fait respectable, son jeu de scène, plus proche d’un chanteur de glam que de metal, est en total décalage avec le speed metal progressif d’Alkemyst et ne fait pas que des adeptes. En revanche les musiciens, malgré un son perfectible pour les guitares, sont d’une certaine efficacité (quelle section rythmique !) et compensent l’agacement que les déhanchements de Messina peuvent provoquer chez certains.

Après cette mise en bouche mi-figue mi-raisin, la scène accueille Amartia venu en voisin (cf. chronique dans nos colonnes). Si l’album du groupe n’a pas véritablement marqué les esprits, il faut reconnaître une nette différence sur scène : Marielle fait une belle démonstration de l’étendue des qualités de son chant, et parvient à ravir le public, malgré un certain immobilisme sur scène. Servi par un son très puissant, Amartia est la bonne surprise de cette RaismesFest.

La partie néerlandaise de la programmation suit, puisque c’est Epica qui investit la scène de la RaismesFest. Nous avions déjà vu ce groupe lors du Headway Festival, sous le nom de Sahara Dust. Mené par l’ancien guitariste d’After Forever, Mark Jansen, le groupe a indéniablement gagné en cohérence et en puissance même si, musicalement, Epica ne produit pas d’exploit. Le public, en connaisseur - et peut-être aussi en bon fan de Nightwish ? - accueille chaleureusement le sextuor et surtout Simone, sa charmante chanteuse vers qui tous les regards sont tournés.

Mais c’était sans compter sur Sun Caged, qui effectuait là sa première date dans l’hexagone, et Progressia n’est pas peu fier d’avoir réussi à faire intégrer le gang de Marcel Coenen à l’affiche ! Soyons objectifs : 90 % du public n’a jamais entendu parler de Sun Caged, mais le groupe a magnifié le festival. Aidés par un son massif, c’est sur un “Sedation“ modèle familial que les Bataves ouvrent leur set pour enchaîner avec les titres qui figureront sur le premier album du groupe, sobrement nommé Sun Caged, à paraître (chronique en ligne d’ici peu). Marcel Coenen, ancien de Lemur Voice, déroule ses soli avec facilité. Rob van der Loo et Dennis Leeflang, en section rythmique imparable, sont très présents tandis que Joost van den Broek, aussi entendu chez Star One, sort de grands instants de ses claviers.
L’instrumental “Four Guilders“ est le moment fort: van der Loo et van den Broek sortent Stick Chapman et clavier portable pour encore rehausser le show à un public déjà conquis, avant “Secrets Of Flight“. Une mention spéciale du jury est à décerner à André Vuurboom : oubliés les soucis de santé du Headway, il est en forme et il le crie (c’est le cas de le dire) sur tous les toits ! Bilan plus que positif donc, pour Sun Caged, qui recueille un grand nombre de suffrages. Sur le côté de la scène, Henrik Danhage et Rikard Zander d’Evergrey sont inquiets et ont raison de l’être : la partie va être rude. Mais cela n’empêche pas Tom Englund et Jonas Ekdahl de jouer au ballon avec les fans. L’ambiance est à l’image de la météo, belle et sans nuages. Tout est réuni pour faire la fête

Après la gifle de Sun Caged, que va bien pouvoir faire Freak Kitchen ? Les barjots suédois, menés par l’inénarrable Mattias ‘IA’ Eklundh et réputés pour leur sens du spectacle, en sont à leur deuxième visite à Raismes et c’est devant un public acquis qu’ils s’avancent. Freak Kitchen bénéficie d’un son surpuissant qui se fait entendre sur les titres les plus lourds du groupe (“Blind“, “Silence“ “Nobody’s Laughing“ ou un “Snap“ épileptique sur lequel Björn Fryklund fait des ravages à la batterie).
Après un “Hateful Little People“ dédié à l’assassin d’Anna Lindh (Ministre des Affaires Etrangères pro-Euro du Royaume de Suède, assassinée à l’arme blanche la veille du référendum pour l’adoption de l’Euro en Suède, le 11 septembre 2003), le premier moment fort du concert arrive sous la forme de “My New Haircut“, repris en chœur par le public. Survient ensuite la désormais célèbre “Samba From Hell“ et lors de “Humiliation Song“, Eklundh sort son traditionnel vibromasseur et balance au public qui s’en étouffe qu’il envisage d’en sortir un « modèle signature » ! Sur “Vaseline Bizniz“, la foule se surprend à danser, rejoint par un Marcel Coenen plus qu’hilare. Sur le coté de la scène, Jonas Ekdhal (Evergrey), en grand fan, marque son appréciation par un headbanging de connaisseur !
Pendant le rappel, le bassiste Christer Örtefors pousse la chansonnette sur “Razor Flowers“ avant de faire participer les spectateurs. En guise de dernière facétie, Eklundh demande au public de crier son nom sur la messagerie de son téléphone portable, et IA de répondre “Ok, vous vous appelez Edith Piaf, c’est noté ! “ Le set se termine sur “Propaganda Pie“. Assurément, avec celui de Sun Caged, le meilleur concert du festival.

Les dernières semaines n’ont pas été de tout repos pour Evergrey. Après une tournée en Norvège, les Vikings se sont envolés pour le Prog Power américain avant de revenir en Europe pour enchaîner quelques dates en … Islande ! Après la déception de l’annulation du concert parisien prévu en mai dernier, cette date en tête d’affiche de la Raismesfest est la dernière avant un repos bien mérité en Suède, et sert d’opportunité pour présenter Rikard Zander et Jonas Ekdhal aux fans. Ne cachons pas que Tom Englund et le reste du groupe nous sont apparus fatigués par cette tournée pour le moins intensive, mais le public n’en a cure et accueille chaleureusement le groupe.
C’est le single “Blinded“ qui ouvre le jeu. La puissance est de mise, mais le son est brouillon et la guitare d’Englund noyée par celle d’Henrik Danhage. Les nouveaux morceaux sont cependant vraiment taillés pour la scène, notamment “End Of Your Days“, “Your Darkest Hour“ et son solo de piano rappelant Pink Floyd, et surtout “Recreation Day“, déjà bon titre en studio et amené à devenir un classique live.
Comme Freak Kitchen, le quintet dédie “I’m Sorry“, à la mémoire d’Anna Lindh. Les têtes se secouent dans tous les sens et Englund sait manifestement s’y prendre avec le public. Michael Håkansson et Henrik Danhage parcourent la scène en tout sens et, pour leur premier concert en France, Jonas Ekdahl et Rikard Zander s’en sortent tout à fait, arrivant à faire oublier sans peine Patrick Carlsson et Sven Karlsson.
Cependant, Evergrey a beaucoup tourné ces dernières semaines et la fatigue se fait cruellement sentir sur la fin du set. Cela n’altère néanmoins pas l’ambiance du concert et c’est sur “Solitude Within“ et “ The Masterplan“ que les Suédois clôturent leur performance avant de rencontrer un court instant le public puis de regagner le bus pour un repos justifié.

Une fois encore, les organisateurs de la RaismesFest ont concocté pour cette année une affiche de valeur. Nous saluons ici le travail de toute une équipe de passionnés qui se donne un grand mal pour proposer chaque année un festival de qualité. Il est cependant triste d’ajouter que peu de gens ont fait le déplacement (1 000 entrées sur deux jours de festival, c’est peu). Saluons également l’initiative de trois Israéliens ayant fait le déplacement spécialement pour voir Freak Kitchen. Alors que d'aucuns redoutent la disparition des concerts progressifs en France, il ne tient qu’à vous de faire perdurer ce festival. C’est donc avec la tête pleine d’images, de sourires et de souvenirs qu’il faut quitter Raismes en lançant les paris sur l’édition 2004 !

Dan Tordjman

site web : http://www.raismesfest.com

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