Interview

Anglagard

12 Septembre 2003

Anglagard

par Djul

INTERVIEW : ANGLAGAARD

 

Origine : Suède
Style : Rock Progressif
Formé en : 1990
Line-up :
Anna Holmgren - flûtes, mellotron, cuivres
Johan Brand - basse
Jonas Engdegård - guitare
Mattias Olsson - batterie
Thomas Johnson - claviers, mellotron
Dernier album : Buried Alive (1996)

Trois années d’existence, trois albums et puis s’en va. Anglagaard ne méritait pas une durée de vie si courte et inversement proportionnelle à son talent. C’est peut être ce que se sont dit les Suédois, qui ont décidé de réanimer le groupe pour quelques dates de concert… et peut-être plus. L’occasion pour Progressia d’évoquer avec eux leur carrière et leurs projets.

Progressia : Tout d’abord, pouvez-vous nous résumer la carrière du groupe ?
Matthias Olsson :
Nous nous sommes rencontrés au début des années 90 et nous avons rapidement enregistré deux albums de rock symphonique, Hybris et Epilog, proposé quelques prestations scéniques. Tout a marché très vite, nous sommes devenus assez célèbres, puis, au zénith de notre carrière… nous nous sommes séparés ! Ensuite, le groupe est resté inactif pendant huit ans. Aujourd’hui, nous avons décidé de tout recommencer, mais en plus court et plus rapide !

Qu’est-ce qui vous poussait alors à jouer du rock progressif ?
Matthias Olsson :
Je crois que nous étions tous amateurs de vieux groupes et que nous nous sommes dit : « Allons-y à fond, faisons un album de rock symphonique dans toute sa splendeur ! ». Et nous avons eu la chance de trouver d’autres gens dans le même état d’esprit, qui étaient prêts à jouer la même musique. J’ai rencontré pas mal de gens, à Londres ou aux Etats-Unis par exemple, qui n’arrêtent pas de me dire qu’ils aimeraient vraiment faire un album de progressif, mais que leur guitariste aime le rock fusion, ou que leur bassiste ne joue que de la pop, etc. Cela ne s’équilibre jamais. C’est donc là notre chance : avoir trouvé des membres qui pouvaient s’entendre sur un certain style et une même manière de l’aborder.
Jonas Engdegård : En 1991, quand nous avons commencé à jouer en concert et à enregistrer notre première demo, le rock progressif que nous écoutions constituait notre quotidien, c’était notre monde. Cette période constitue aussi le moment de notre éducation musicale, alors que lorsque nous avons sorti notre premier album fin 1992, nous n’en écoutions presque plus. Nous étions beaucoup plus attirés par le jazz et d’autres musiques expérimentales, de telle sorte que depuis, nous essayons d’apprendre la musique par nous-mêmes, de nous détacher d’une influence trop présente.

À cette époque, étiez-vous conscients de votre popularité ? Peut-on attribuer ce succès au fait que, durant tout le début des années 90, le progressif périclitait ?
Matthias Olsson :
Lorsque nous avons débuté, nous voulions jouer du rock progressif, et c’est seulement alors que nous avons réalisé combien nous étions appréciés. Cette affaire de popularité ne tient qu’à quelques détails : le fait que Greg Walker reçoive un exemplaire de notre premier album et nous demande de jouer au Progfest en 1993 (ce qui fut l’un des évènements marquants de notre carrière, en nous donnant un public américain), et le timing, comme tu l’as dit. La popularité des groupes de progressif diminuait, de même que la qualité des albums. La majorité du public en avait assez du mouvement néo-progressif. Mais nous avons fait ce que nous avons fait par passion, pas en réaction à d’autres types de musique. À l’époque, enregistrer un album tel qu’Hybris (un album de rock progressif symphonique avec orgue et mini moogs) était la chose la plus stupide que nous pouvions faire !
Jonas Engdegård : Lorsque cela a commencé à vraiment marcher pour nous, nous étions parfaitement conscients du fait qu’être populaire dans le cercle progressif, c’était être apprécié d’un petit groupe de gens, quelques milliers de fans dans le monde tout au plus, et qu’il était même difficile d’en rassembler suffisamment pour remplir une salle. Vendre 10.000 exemplaires d’un album, c’est déjà très bien dans ce milieu.

Que s’est-il passé entre vos deux albums? Le changement d’atmosphère est frappant, Epilog étant beaucoup plus sombre ?
Matthias Olsson :
Cela correspond à une étape importante pour nous. En janvier 1994, nous avons décidé de mettre un terme au groupe, mais nous souhaitions enregistrer quelques titres avant de nous séparer. Nous avons enregistré et sorti Epilog en 1994, puis nous n’avons fait que quelques concerts, qui devaient constituer le chapitre final d’Anglagaard. Je crois que ce contexte a beaucoup joué dans notre approche de la musique, en termes d’atmosphères. Nous étions bien plus concentrés sur ce que nous voulions atteindre et créer. Ce décalage s’explique aussi par le fait que sur Hybris, nous avions utilisé près de cent albums comme base d’inspiration, tandis que pour Epilog, nous avons dû écouter deux bons milliers d’albums, qui se retrouvent tous plus ou moins sur le disque. Tout était beaucoup plus ouvert, en termes de production et d’influences.
Jonas Engdegård : Sur Hybris, nous voulions nous approcher le plus possible des groupes progressifs, sonner comme eux, tandis que sur Epilog, nous avons essayé de nous en éloigner. Nous ne voulions pas être « trop » progressifs, nous souhaitions créer quelque chose de nouveau. Et je crois qu’en ce sens, nous avons échoué, puisque ce disque est sans aucun doute devenu un album de rock progressif.

Quelles sont les raisons de votre séparation et celles de votre retour en 2003?
Matthias Olsson :
Nous nous étions éloignés! Il est vraiment difficile de faire partie du même groupe lorsque les membres ne sont plus sur la même longueur d’onde. Il y avait beaucoup de tensions lors des répétitions pour Epilog… . Nous avons répété deux ou trois mois, six jours par semaine, huit heures par jours. Ce rythme nous a mis énormément de pression. Nous avons également tourné au Mexique, ce qui a engendré beaucoup de problèmes. Avec le recul, ceux-ci auraient pu en grande partie être résolus, mais lorsque l’on y est directement immergé, il est difficile de s’en sortir. Nous ne nous battons pas beaucoup au sein du groupe… Nous aurions dû mettre les problèmes plus en avant, pour les résoudre. Nous avons eu de nombreuses opportunités, des offres de gros labels, mais nous ne les avons pas saisies, parce que d’un point de vue humain cela n’aurait pas pu fonctionner. Au sujet de notre réunion actuelle, nous avons reçu il y a deux ou trois ans une offre pour jouer au Nearfest, dans le New Jersey. Evidemment, nous avons refusé, car nous n’étions pas intéressés. Et puis, quelques temps après, nous y avons réfléchi, nous sommes rencontrés et nous avons décidé d’organiser quelques répétitions. Nous avons demandé aux organisateurs de nous laisser six mois pour voir comment les choses allaient évoluer. Ils ont été extrêmement patients avec nous, ils ont attendu que nous prenions notre décision, et nous avons réalisé quelles étaient les attentes du public en lisant les sondages et la presse. C’était assez impressionnant, les gens attendaient beaucoup de nous. De plus, beaucoup de ceux qui venaient au Nearfest essayaient d’acheter nos albums, en vain puisqu’ils étaient épuisés et n’avaient pas été réédités après notre disparition. Nous sommes devenus a posteriori ce groupe étrange, qui avait disparu d’un coup en pleine ascension. Nous avons répété et tout est d’un coup devenu bien plus facile. La décision de jouer au Nearfest s’est imposée d’elle-même, nous n’avions jamais eu un tel consensus au sein du groupe.

Avez-beaucoup réarrangé les anciens morceaux ?
Matthias Olsson :
Je crois qu’ils sonnent mieux aujourd’hui. Nous sommes bien plus concentrés sur ce que nous voulons atteindre. Nous jouons plus ou moins de la même manière, nous n’avons pas refait des arrangements country-folk, histoire de s’amuser. Mais les titres sonnent mieux car nous avons apporté de petites modifications et résolu les problèmes d’interprétations que nous avions à l’époque.
Jonas Engdegård : Outre les arrangements et le fait que nous n’ayons plus de second guitariste (NDJ : Tord Lindman n’ayant pas voulu participer à la reformation), la vraie différence réside dans le fait que, durant les années 90, nous essayions de jouer exactement comme sur album. Nous cherchons au contraire aujourd’hui à adapter les arrangements pour donner des concerts plus efficaces, qui ne soient pas un simple prolongement des disques. Je crois aussi que nous n’aimions pas tellement jouer à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Sur scène, vous interprétez deux nouveaux morceaux. Comment se situent-ils par rapport à votre ancienne discographie?
Matthias Olsson :
Ils sont assez proches de notre ancien répertoire, mais nous sommes désormais plus ouverts en terme d’instrumentation. Cette identité dans le temps est l’un des points positifs de cette réunion : ces nouveaux titres sont instantanément reconnaissables. C’est que nous recherchions, et c’est ce que le public attend. Si nous voulions jouer de la musique électronique ou de la pop, nous pourrions le faire, mais ce serait dans un autre groupe. Nous sommes catégoriques sur le fait qu’Anglagaard doit jouer ce que nous avons toujours joué.
Jonas Engdegård : Il y a quelques points communs avec Epilog. Nous avons essayé quelque chose de différent, qui était plutôt non-progressif, et nous avons à nouveau échoué : ces titres sont de toutes façons devenus du progressif !

Est-ce que Anglagaard va redevenir un projet stable, et entrer en studio, au final ?
Matthias Olsson :
Il faut attendre. Une chose est sûre : nous ne serons pas un groupe actif au sens où nous ne répéterons pas trois fois par semaine et que nous ne ferons pas tous les concerts qu’on nous proposera. Si nous continuons, ce sera bien plus un projet, avec des petites tournées d’un mois, ou quelques festivals importants, sur une courte période. Au sujet du nouvel album, rien n’est décidé. Nous n’avons pas l’intention de le faire tout de suite… Mais après tout, personne n’aurait pensé il y a deux ou trois ans que nous remonterions sur scène. Tout peut donc arriver, il faut attendre…

Quelles sont vos relations avec les autres membres de la scène progressive suédoise (Landberk, Anekdoten, Paatos) ?
Jonas Engdegård :
À l’époque, nous formions une sorte de confrérie avec Anekdoten et Landberk, nous faisions de nombreux concerts ensemble. Mais nous ne sommes plus en contact aujourd’hui, et nous n’avons plus vraiment besoin d’un entourage de groupes progressifs. Nous entendons surtout parler d’eux au travers des interviews qu’ils peuvent donner ou que nous donnons. Nous aimons toujours leur musique, même si nous ne l’avons pas écoutée depuis longtemps.
Matthias Olsson : Pour nous, tout ce qui se passe avec le groupe est un peu comme des vacances, par rapport à notre quotidien. Nous sommes assez détendus à ce sujet. Les autres groupes bossent comme des malades, pour être actifs et jouer le plus possible en concert. C’est génial et leur musique est intéressante. Mais ils prennent les choses beaucoup plus sérieusement que nous !

Propos recueillis par Djul

site web : http://www.anglagard.net

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