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04 Décembre 2006

Astra

About Me: Through Life& Beyond

par Jean-Philippe Haas
Dès l’aube des années 1990, l’Italie a été le pays où les clones de Dream Theater ont proliféré le plus rapidement. Qui se souvient de Black Jester, Arkhé, Zen, et autres Mystère De Notre Dame ? De talentueuses formations qui ont eu le tort d’être trop marquées par leurs idoles américaines et qui n’ont su se renouveler. Rares sont celles qui sont encore actives aujourd’hui. Les italiens d’Astra partaient donc avec un sérieux handicap lorsqu’ils firent leurs premières armes en 2001 comme groupe de reprises de Dream Theater.

Heureusement, la messe n’est pas dite d’avance puisque, après quelques démos, Astra évolue pour son premier album dans un registre raisonnablement éloigné de son modèle américain, ce qui constitue un minimum tant il n’est pas (ou plus) de bon aloi de figurer dans la catégorie des ersatz de Dream Theater. Les italiens s’essaient ici à un croisement entre Vanden Plas, Symphony X et Pain Of Salvation. Ajoutons à cela quelques touches de FM, des claviers qui fleurent le jazz ou le progressif classique et voici le style d’Astra assez bien circonscrit. Le chanteur, Titta Tani (qui est aussi celui de DGM, groupe de heavy metal symphonique italien) a bien compris que l’ère du lyrisme haut perché est révolue ; il met donc beaucoup de bonne volonté à proposer un chant agressif plus proche de Russel Allen (toutes proportions gardées !) ou du registre grave d’Eduardo Falashi que de celui de James Labrie. De plus, point d’accent à couper au sabre, ici, défaut souvent reproché aux groupes italiens et latins en général.

Quelques titres sont de franches réussites : « Resurrection », sa puissance, sa variété, ses growls et son break au piano, « Circles » qui démarre de façon très classique mais qui au bout du compte se révèle être une composition très complexe, le très sautillant « Me, Myself and I » et « Restless Sleep » qui accommode un thème folklorique à la sauce metal. Astra a également incorporé des breaks originaux, souvent apaisants à la quasi-totalité de ses titres. Loin de tomber comme une perruque sur la soupe, ils apportent au contraire une touche de fantaisie à des compositions parfois pataudes.

Les faiblesses de cet album proviennent de titres plus consensuels, manquant de personnalité propre : « Hear My Words » et « Rebirth » représentent les canons du metal progressif sans surprise, la ballade obligatoire « From Father To Son » bien que très réussie aurait pu être composée par Angra, tandis que « Human Being » évoque furieusement Dream Theater et un Symphony X qui serait tombé dans le FM, sans parler du passage instrumental de « Shadows From The Past », tout droit sorti d’un album de Planet X. La production n’est pas non plus l’un des points forts de About Me : Through Life And Beyond . Par endroits, le mixage laisse à désirer : le chant se fait parfois trop envahissant alors que par ailleurs la guitare rythmique se retrouve étouffée, ce qui diminue l’impact de certains titres basés sur la puissance d’un riff.

L’expérience qu’a acquise le groupe réussit en définitive à le tirer hors des eaux quelque peu croupies où stagnent de nombreuses formations similaires. Il lui reste à développer ses trop rares originalités et à donner au successeur de About Me : Through Life And Beyond une production digne de ce nom. A ces seules conditions, Astra fera partie du futur du prog metal.
  • Année: 2006
  • Label: Musea

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