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15 Octobre 2006

Gentle Giant

Acquiring The Taste

par Brendan Rogel
Suite à un premier album loin d’être irréprochable mais qui annonçait déjà bien la couleur, les gentils géants reviennent l’année suivante avec un second disque encore plus expérimental, plus dissonant, plus ambitieux.
Resituons-nous dans l’Histoire : le mouvement progressif vient de s’élancer grâce à King Crimson il y a environ deux ans, et Gentle Giant fait partie des meneurs, tout du moins artistiquement. Commercialement, c’est autre chose, le public est bien moins réceptif à leur musique qu’à celle de groupes majeurs tels que Yes et consorts. Mais leur choix artistique est fait, leur objectif n’est pas de plaire à tout prix, mais de « repousser les limites de la musique populaire contemporaine » : objectif atteint avec Acquiring The Taste.

Et cette ambition progressiste saute aux oreilles. Gentle Giant ne fait aucune concession : la musique est en constante évolution, enchaînant les thèmes et structures sans que l’on ait le temps de comprendre ce qui se passe (les meilleurs exemples restent « Wreck » et « Black Cat »). Et c’est là que réside leur force et leur originalité : bien que leurs compositions ne dépassent que rarement les cinq minutes, ils condensent dans ce laps de temps réduit autant d'informations que tout autre groupe de l'époque sur une face entière de disque.

L’auditeur comprendra rapidement que la technique n’est pas leur atout principal, mais la diversité des instruments apporte un vrai plus à la musique ; ces violoncelles, xylophones, tambourins et autres instruments plus farfelus les uns que les autres joués avec la bonne humeur des six multi-instrumentistes appuient le côté déjanté et le second degré tout en donnant parfois, quand la musique s’y prête, un charme bien médiéval.

Il se peut que la production et le son typique de son époque rebute, ou que l’on puisse être réticent à la façon dont le groupe mélange savamment, à l’instar de Frank Zappa, humour et musique alambiquée sans concessions, mais une fois que l’on adhère à l’univers particulier de Gentle Giant, on n’y trouvera vraisemblablement pas de défauts apparents. Le groupe signe ici son premier coup de maître, délivre un disque d’une qualité qui restera (presque) constante tout au long de sa carrière.

  • Année: 1971
  • Label: Vertigo

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