:)
29 Avril 2006

Saga

Trust

par Djul
Depuis son retour aux sources en 1999, Saga souffle le chaud et le froid au fil des nouveaux albums qu’il publie régulièrement. S’il semble désormais probable que les Canadiens ne reviendront pas à une musique plus expérimentale, c’est du côté de la qualité même de cette musique que le doute planait. Le petit dernier notamment, Network, constituait une déception à deux titres. Sur la forme, un parti pris de production douteux plombait d’entrée les titres : avec une batterie et une guitare enregistrées en prise directe, le « son Saga », très synthétique, était en partie méconnaissable, sans que cela n’apporte une quelconque touche de modernité à l’ensemble. Sur le fond, le disque partait en tous sens, et ne proposait pas la même cohérence dans le propos que ses derniers prédécesseurs.

Car si l’on n’attend plus de Saga qu’il réinvente la roue, il n’en reste pas moins que les quinquagénaires n’ont pas perdu leur patte reconnaissable entre mille pour ce qui est de la composition. Et lorsque l’on apprend par voie de communiqué de presse que le groupe estime avoir développé les parties les plus progressives de son répertoire sur son nouveau Trust, on est toujours en droit d’être impatient. Par ailleurs, Christian Simpson, batteur intérimaire du groupe, n’a pas fait long feu et son jeu quelque peu binaire a été écarté au profit de celui Brian Doerner, bien plus adapté semble-t-il. Et l’attente en valait bien la peine : s’il faudra encore une fois trouver l’innovation ailleurs, Saga réalise enfin son premier album revival réussi de bout en bout. Pas une minute des quarante-huit s’affichant au compteur ne devrait en effet décevoir l’amateur, et il en reste !

En réalité, c’est la qualité des morceaux qui paraît bien faire la différence avec les derniers albums de Saga : l’ensemble est plus dense et plus technique. Les solos de Ian Crichton sonnent beaucoup moins téléphonés, et ne sont plus accompagnés d’une section basse-batterie au minimum syndical : dès « That’s As Far As I’ll Go », on est surpris par le jeu de Crichton, plus agressif et percutant en rythmique et en solo. Jim Gilmour a également su varier les sons utilisés sur ce disque, et même s’il reste dans une gamme très datée, Saga en semble un peu plus « rafraîchi », à l’exemple de ce « Time To Play », étrange morceau aux passages jazz rock décalés. Par ailleurs, il est assez criant que l’inspiration est plus présente sur ce disque, qui est un véritable pendant de classiques tels que Silent Knight.
Seul petit reproche, les refrains chantés par un Michael Sadler toujours très en voix, tombent parfois un peu dans la facilité : si le simple et efficace « Trust » passe bien, des morceaux comme « It’s Your Life » ou « Footsteps in the Hall » (pas très heureusement mis bout à bout) sentent vraiment le réchauffé.

Il est dommage que le public français ne soit pas (plus) en mesure d’assister aux concerts toujours réussis de Saga, d’autant que bien des titres figurant sur Trust semblent taillés pour la scène. Un manque de « confiance » qu’on ne pourra que regretter, même si les tourneurs nationaux et leurs marges prohibitives y sont sans doute pour quelque chose… Mais Trust ne mérite pas que l’on termine sur une telle note négative. On préférera dire qu’il s’agit ni plus ni moins de l’album le plus consistant de Saga depuis Full Circle.
  • Année: 2006
  • Label: InsideOut Music

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir