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26 Octobre 2005

Liquid Scarlet

II

par Jean-Daniel Kleisl
Auteur d’un album remarqué l’an passée, les jeunes Suédois de Liquid Scarlet reviennent avec un matériel important : un EP et un nouvel opus, succinctement appelé II. La sortie d’un deuxième disque est toujours une période d’incertitude, surtout si l’œuvre précédente avait reçu de nombreux encouragements, malgré d’indéniables erreurs de jeunesse.
Avec II, Liquid Scarlet rassure pleinement et va même bien au-delà des espérances placées en lui. L’approche de l’album n’est pas des plus aisées car le groupe propose une musique extrêmement intimiste, avec des arrangements squelettiques qui ne peuvent que mettre en évidence les forces comme les faiblesses des compositions. Bref, la bande de Johan Lundström joue quitte ou double !

L’album commence par quelques frêles accords au piano de Olle Sjögren, remplaçant Frida Lundström, et la voix douce et plaintive de Markus Fagervall sur « Lines Are Drawn again », qui se termine par des nappes planantes de claviers soutenues par une rythmique marquée basse-guitare-batterie. La première partie de l’album est dominée par les deux morceaux, « imposants » du disque, « Rhododendron » et surtout « The Carafe (part II) ». Autant prévenir d’emblée : « The Carafe » est non seulement le meilleur morceau jamais écrit par Liquid Scarlet, c’est aussi une petite perle digne de figurer dans tous les manuels de « swedish prog ». Après une introduction de deux minutes qui n’aurait pas dépareillé sur le Nucleus d’Anekdoten, le morceau s’effondre en une sorte de blues morbide. Imaginez un chanteur ivre déambuler sur un navire en perdition : c’est l’impression que donne Markus Fagervall dans une interprétation qui restera dans les annales. L’ambiance est pour le moins glauque, on y entend à peine les instruments (à part un réveil sporadique à la huitième minute) et le final du morceau sombre avec Markus. « Rhododendron » est une pièce à tiroirs beaucoup plus classique, mais qui contient néanmoins d’excellents passages, tout en restant dans cette ambiance faussement doucereuse, en dehors d’un passage raté à la Spock’s Beard, où Olle Sjögren se prend pour Ryo Okumoto.

La suite de l’album est assez originale pour un groupe de progressif théoriquement classique. Le son très vintage de Liquid Scarlet pourrait laisser penser que l’on a affaire à un énième groupe se rêvant en Änglagård – comme tout récemment Wobbler – ou un énième clone de Genesis. Loin s’en faut avec II, qui fait non seulement preuve d’une belle personnalité, mais aussi d’un sacré culot, celui de présenter ces petites piécettes pop de quatre minutes qui couvrent toute la seconde partie de l’album. L’atmosphère y est pour le moins intimiste : Liquid Scarlet œuvre dans un style dénudé voire décharné, mais diantre que c’est beau ! Les arrangements y sont réduits au maximum, et l’on entend, violons par-ci (« Just Like You »), violoncelle par-là (« Everywhere »). Ne pas s’attendre, donc, à des soli interminables et à des exploits techniques. Pour autant, le groupe sait redonner du punch à sa musique quand il le faut, à l’image du très rock « Killer Couple Strikes again ». L’album se termine par le superbe « Lines », qui en constitue le résumé idéal, très intimiste à ses débuts pour se terminer dans la plus belle tradition suédoise avec une envolée lyrique mellotroneuse à souhait !

Il est à noter par ailleurs que le groupe a sorti un EP, Killer Couple Strikes again, sur la lancée de l’album. Celui-ci comprend quatre inédits, tous dans la lignée de II, sans être toutefois aussi aboutis.
Liquid Scarlet frappe donc fort avec II. L’album pourra rebuter au premier abord mais, comme tout grand vin, il se bonifie avec le temps. Sera-t-il considéré comme un classique du rock progressif suédois ? Seul l’avenir le dira. Mais dans tout les cas, il s’agit d’une des meilleures surprises de cette année 2005, décidément une très bonne année musicale !
  • Année: 2005
  • Label: Progress Records

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