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13 Février 2005

Cinema

Mindscape

par Jean-Daniel Kleisl
Au cours des années quatre-vingt, alors qu’en Europe le courant néo-progressif s’enfonçait dans la pop mièvre et s’acharnait en vain à trouver une légitimité auprès du grand public, des Japonais continuaient à produire avec une ferveur stakhanoviste des albums d’un rock symphonique outrancier au mépris du temps et des modes. Ils ont pour noms Pageant, Vermillon Sands, Outer Limits, Fromage. Cinema, dont quatre des membres faisaient partie de Fromage, est en quelque sorte l’héritier de cette mouvance.

Avec son troisième album, Mindscape, Cinema plonge l’auditeur dans un monde fait de rêverie et d’onirisme exacerbés. L’orchestration symphonique de nombreux passages de l’album liée à l’instrumentation très soignée - violon, violoncelle, ocarina, piano, flûte - explique ce climat. Le chant classicisant et en japonais de Hiromi Fujimoto, ajoute encore au lyrisme ambiant, le très enchanteur « A Gentle Scenery » en témoigne. « A Breeze », le court instrumental, enfonce le clou. Par ailleurs, ces deux morceaux se passent totalement des guitare électrique, basse et batterie habituels de la musique rock.

Quid de rock, qui plus est progressif ? Il est présent mais admirablement confiné, et par là même, évite que l’album se transforme en mièvrerie insipide. Certains passages claviers / guitares sont absolument succulents, même si très néo-prog dans la forme. La section rythmique n’en impose jamais, ce qui est bienvenu pour ce genre de musique. Et cette guitare, cette guitare ! Tohru Ohta est souvent plus Steve Rothery que Rothery lui-même ! Cinema ne présente pas une musique barrée et expérimentale, loin de là. Il privilégie plutôt les ambiances feutrées. Les morceaux de l’album coulent en un long fleuve tranquille à l’instar de l’instrumental « The Corridor of Time ».

Tout n’est pas parfait, néanmoins. Les sonorités de clavier - quelques soli en particulier - trop typées néo-progressif, ne sont parfois pas en adéquation avec la qualité sonore des instruments classiques et de la guitare. La chanteuse use abondamment du tremolo, ce qui s’avère parfois pesant comme dans « The Hill of Water ».

Ces menus détails mis à part, la musique de Cinema éblouit par sa beauté lyrique. Elle apporte aussi un cinglant démenti aux habituels détracteurs du rock progressif japonais. Amoureux du symphonisme torride, ces Nippons (et surtout pas mauvais) ont de quoi vous séduire !
  • Année: 2004
  • Label: Musea

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