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10 Août 2004

Ken’s Novel

Domain of Oblivion

par Djul
Auteur du remarqué The Guide en 1999 et écumant sans relâche sa terre natale, la Belgique, Ken’s Novel propose le second chapitre de l’histoire qu’il raconte depuis ses débuts. Comme son nom l’indique en effet, ce quintette se fonde sur une idée originale où paroles et musique sont indissociables, le premier n’étant pas le seul accessoire du second : pour preuve, un livret en français en forme de court roman apporte un éclairage complémentaire aux paroles de chaque titre. Domain of Oblivion traite de la quête de l’oubli et de la recherche de soi, de façon métaphorique et souvent poétique.

Mais entrons dans le vif du sujet, et commençons par le constat essentiel : Ken’s Novel vient de frapper un grand coup dans le domaine du progressif, et constitue l’une des meilleures surprises de l’année en la matière. Les trois premiers titres, à eux seuls, devraient convaincre l’amateur sans difficulté. Plus énergique et varié que The Guide, Domain of Oblivion est surtout l’affirmation d’une vraie personnalité musicale, à mille lieux des poncifs qui minent souvent les oeuvres des artistes “progressifs”. Certes, Ken’s Novel ne révolutionnera pas le genre, mais il se l’approprie avec intelligence, se rapprochant en premier lieu de sa branche américaine : on pense parfois à Rush pour l’efficacité et la précision du jeu, à Kansas pour les nombreuses harmonies vocales, l’ensemble faisant furieusement penser au premier et excellent album de l’Explorer’s Club, Age of Impact.
Plus puissant sur ce second album, grâce à une production plus mordante et aux rythmiques plus agressives d’Eric Vanderbemdem (« Empress of the Frozen Sea » n’est pas loin d’un Dream Theater), Ken’s Novel joue habilement avec les frontières qui séparent progressif et metal progressif, souvent au sein d’un même morceau, où se côtoient influences symphoniques et des passages bien plus âpres. L’exemple type de cette maîtrise est le pavé « Domain of Oblivion », avec ses guitares à la Lifeson, ses claviers ronflants et très années 70 et une improvisation bluesy en plein centre qui « s’envenime » imperceptiblement. Ajoutons à cette formule instrumentale séduisante que le groupe dispose en la personne de Patrick Muermans d’un excellent chanteur, perle rare dans le milieu avec un accent anglais quasi-irréprochable, une voix chaude qui monte sans difficulté (en témoigne sa superbe prestation sur le final de « Crowd On Sail »).

Mais cette technique et cette approche résolument professionnelles et carrés ne seraient rien sans le talent dans la composition, ingrédient essentiel dont ces Belges ne manquent pas. Les amateurs de musique épique seront servis avec Domain of Oblivion : introduction grandiloquente violons-voix sur « Sadfield », refrain puissant avec « Crowd on Sail », méandre instrumental illustré par « Empress of the Frozen Sea », Ken’s Novel n’est quasiment jamais pris en défaut lorsqu’il s’agit de trouver des mélodies accrocheuses et des ambiances sophistiquées. Bien que l’effet de surprise s’estompte à mi-parcours, les titres sont si travaillés et font preuve d’une telle épure malgré une moyenne de près de huit minutes, que l’on jubile pendant plus d’une heure et quart ! Même en s’aventurant vers des climats plus « FM » ou « Néo », sur le tryptique « Wisdom Peak », Ken’s Novel continue à séduire sans que se pose la question de l’originalité ou de la modernité de sa démarche : il s’agit juste de très bonne musique. Seul « The Hallucinogenic Lake », plus lourd et plus lent, dénote un peu, malgré une conclusion réussie.

Que dire de plus ? Amateurs de progressif mélodique et énergique, précipitez-vous sur Domain of Oblivion, une somme de travail et de talent, en bref, une réussite trop rare pour ne pas être signalée, encouragée et saluée comme il se doit !
  • Année: 2004
  • Label: Musea

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