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13 Octobre 2010

Dirty Projectors

Bitte Orca [Expanded Edition]

par Jérémy Bernadou
Il y a des disques qui ne payent pas de mine et qui parviennent malgré tout à se forger une identité unique. Avec Dirty Projectors, rien n’est évident au premier abord. Depuis de nombreuses années, la formation de Brooklyn défriche, se remet constamment en question tout en affirmant ce style si particulier. Rise Above persévérait déjà dans cette optique, mais Bitte Orca envisage (encore une fois) les choses sous un autre angle.

Les neuf titres se suivent sans temps mort et semblent passés à travers un filtre qui n’aurait conservé que quelques éléments ponctuels : une harmonie vocale par ci, une syncope par là... Une moulinette de luxe qui nous fait perdre nos repères, laissant l’auditeur dans une sorte de flou terriblement addictif. Comment sont-ils parvenus à mettre au point une mixture si décharnée, si étriquée, sans qu’il manque quoi que ce soit à l’ensemble ?

Cet assemblage hétérogène de sons résulte ainsi d'une logique quasi-miraculeuse. D’autant que certains détails presque imperceptibles semblent être également le fruit d’un travail acharné. Les arrangements sont millimétrés et permettent aux chanteuses Angel et Amber de jouer un rôle moteur. En plus de cette précision et de ce labeur proche de l'autisme, Bitte Orca possède cet aspect négligé propre à l'esprit indie. Le chant de Dave Longstreth fait mouche avec des lignes mélodiques qui s’engouffrent dans la moindre brèche tout en gardant un naturel saisissant. Son jeu de guitare suit le même procédé : les phrasés se superposent et se recoupent, à l’image du solo de « No Intention ».

La présente réédition comporte un disque bonus contenant cinq titres joués en concert dans une version acoustique. Les compositions s'offrent une nouvelle jeunesse mais tout en intimité, d’une douceur à faire pleurer un bûcheron savoyard... D’autres titres studio tels que la reprise du « As I Went Out One Morning » de Bob Dylan ne cessent de démontrer le talent de ces New-Yorkais pour s’approprier des éléments déjà existants pour en proposer du neuf.

Si le disque a fait couler beaucoup d’encre (ou plutôt fait chauffer beaucoup de claviers...) depuis sa sortie, génie absolu pour certains ou hype sans âme pour d’autres, le sujet divise. Toujours est-il que Bitte Orca marque à sa manière chaque auditeur et permet au groupe de continuer à gravir tranquillement les échelons, en solitaire.
  • Année: 2010
  • Label: Domino Records

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