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14 Janvier 2004

Ange

By the Sons of Mandrin

par Pierre Graffin

Petit cours d’histoire pour commencer : au faîte de sa carrière, en 1976, Ange sort Par les Fils de Mandrin qui s’impose rapidement comme l’un des tous meilleurs albums de la discographie du groupe, déjà bien fournie en « pépites ». Ce disque, qui voit l’arrivée de Jean-Pierre Guichard à la batterie, confirme le talent de ce groupe franc-comtois déjà installé. Trois ans plus tôt, juste avant la sortie du Cimetière des Arlequins, Ange s’était illustré en Angleterre au festival de Reading, où Genesis était en vedette.
Forte de ce succès, Philips, la maison de disque d’alors, décida de sortir une version anglaise des Fils de Mandrin en 1977. Hélas, ce « conte musical pour grands enfants » ainsi que le qualifiait Christian Décamps, n’eut pas d’impact outre-Manche quand bien même la version française, disque d’or, reçut le grand prix de l’académie Charles-Cros.

Soyons clair : il n’y a quasiment aucun changement musical sur cet album par rapport à sa version originale. La seule véritable différence vient des textes en anglais et du mixage très particulier de la voix de Décamps. L’histoire, sorte de quête initiatique du bonheur par une bande de malandrins, est d’ailleurs restituée fidèlement par le chanteur poète à l’intérieur du livret du CD, telle qu’elle figurait sur le vinyle de l’époque (NdRC : Louis Mandrin, qui a réellement existé peu avant la Révolution, est le héros d’une chanson populaire du XVIIIe. siècle. Révolté contre l’Administration - qui l’a filouté - mais fidèle au Roi, il devient un contrebandier extrêmement bien organisé et aimé du peuple mais meurt trahi par une femme. Il deviendra dans la mémoire collective « le gentil mauvais garçon » courageux, proche des gens, sorte de Robin des Bois de Savoie).
On retrouve donc avec bonheur ces hymnes progressifs que sont « Ainsi s’en Ira la Pluie » (devenu « And So The Rain Will Go Away »), « Hymne à La Vie » (« Hymn To Life ») et surtout l’immense classique « Les Yeux Couleur d’Enfant » (« Child-colored Eyes ») qui figurera en bonne place sur la compilation Memo parue en 1994.
On entendra également à nouveau les ambiances si propres au groupe, tour à tour bucoliques, moyenâgeuses, plus rock ou clairement planantes selon les titres. À l’instar de Genesis ou Jethro Tull, la flûte se fait traversière tout le long du disque.
Le rôle des claviers a crû depuis la version française, alors plutôt en retrait par rapport à la guitare de Jean-Michel Brézovar ou à la basse de Daniel Haas, qui martèle littéralement certains morceaux. Pourtant, malgré ces qualités musicales indéniables, les Anglais seront restés insensibles à cette poésie purement française, sans doute trop difficile à adapter dans une autre langue…

Malgré un vrai travail de remasterisation, By The Sons of Mandrin est donc avant tout une curiosité réservée aux fans collectionneurs. Il faut savoir également que cet album, en français comme en anglais, s’inscrit complètement dans la ligne musicale et artistique du groupe : c’est donc du rock progressif malgré tout très connoté « années 70 » et il est important d’en être averti ! Quoi qu’il en soit, mieux vaut, si ce n’est déjà fait, se précipiter sur la première version de cette œuvre majeure et essentielle.

  • Année: 1977
  • Label: Philips

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