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24 Juin 2010

Faust

Faust Is Last

par Mathieu Carré
Derrière des airs froids et supérieurs, les Allemands donnent parfois de belles leçons et pas seulement en matière de déficits publics. Leurs grands anciens savent tirer leur révérence avec classe et distinction, annoncent leur départ, donnent rendez-vous au public et s'éclipsent ensuite. Faust (tout comme ses compatriotes en cuir Scorpions) prépare ainsi avec un dernier album sa retraite, et comme l'hôte embarrassé en Afrique demande la route une bonne demi-heure avant de mettre les voiles, prépare les inconditionnels à sa prochaine absence.

Avec Faust disparaîtra la quintessence de la musique populaire allemande, rigoureuse, aride, rêche mais incroyablement inspirée. A la croisée des chemins du krautrock de Can et des aspirations industrielles d'Einsturzenden Neubauten, leur discographie n'a jamais souffert d'aucun compromis. Sur le premier acte de cet ultime double album, le groupe fouille au fond de la part la plus accessible et populaire de ses entrailles. On y retrouve un riff de guitare rappelant trop « Interstellar Overdrive » pour que le clin d'œil soit fortuit, des basses grondantes, des rythmes entêtants aux effluves de space rock, et même quelques mélodies accrocheuses. Les thèmes sont courts, directs et les expérimentations presque absentes: rien de nouveau sous le soleil teuton, mais une vraie démonstration de savoir-faire.

Ce n'est qu'en découvrant la seconde moitié de Faust Is Last que l'on retrouve la face obscure du groupe. Pour mettre un terme définitif à leur production, les Allemands s'offrent une oraison funèbre à la hauteur de leur passé. Bruitages, cris et synthétiseurs en déroute s'associent en trois quarts d'heure d'intense introspection, où les musiciens exposent leur art singulier, parfois si dérangeant et délicat à s'approprier pour l'auditeur, et posent quelques dernières questions auxquelles ils n'auront pas le temps de répondre. Sans doute arrivé au bout de son envie, de son inspiration aussi, Faust laisse ses aficionados avec un dernier disque plus que convaincant. Vraiment, ces Teutons ont la classe.
  • Année: 2010
  • Label: Klangbad

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