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10 Mai 2010

Phlox

Talu

par Jean-Philippe Haas
Talu (« ferme », en estonien) succède au décapant Voltimine + Rebimine sorti en 2007. Après ce tour de force gorgé d’émotions brutes et d’immédiateté, Phlox se devait de confirmer une carrure d’acteur majeur de la scène jazz fusion. « Võib-olla dresiiniga » annonce d’emblée un disque dynamique, chaud et envoûtant. Il y a du John Zorn là-dedans (mais n’y a-t-il pas du Zorn dans tout ce que qui touche au jazz un tant soit peu non-conformiste ?), peut-être moins que sur le précédent effort, mais suffisamment pour que cette fusion frénétique satisfasse les plus exigeants.

Les boucles rythmiques sont entêtantes et laissent libre cours à des soli de claviers ou de guitare parfois torturés et hystériques. Plus structurée, peut-être un peu plus « dans le rang » qu’avant, la musique de Phlox gagne en lisibilité et en fluidité ce qu’elle perd en folie. De ce point de vue, elle se rapproche des grands maîtres que sont The Mahavishnu Orchestra et Return to Forever, sans perdre pour autant de sa personnalité.

Plus enjoué aussi que son prédécesseur, Talu abandonne en partie les climats tendus au profit de grooves puissants, d’une chaleur communicative, ou de passages plus reposants. Bien que les titres soient écrits par Madis Zilmer (batterie) et Pearu Helenurm (claviers), le saxo frénétique de Kalle Klein mène la danse, à tel point qu’en son absence, c’est tout un pan de Phlox qui semble manquer à l’appel malgré les apports bienvenus du violon, de la flûte ou encore du vibraphone.

Si Phlox semble s’être quelque peu assagi, sa musique n’a rien perdu de sa superbe. Tantôt transparent, tantôt surprenant, Talu tient en haleine de bout en bout. Mû par une rythmique redoutable, animé par des musiciens virtuoses, ce quatrième album des Estoniens a tout d’un passeport pour la reconnaissance.
  • Année: 2010
  • Label: MKDK Records

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